Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 24ème dimanche du Temps Ordinaire, année B, 2021

Publié le: September 08 Wed, 2021

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12 septembre 2021

24ème dimanche du Temps Ordinaire, année B

Nous pourrions dire que l’attention de Jésus dans le passage de l’Evangile de ce dimanche est tournée vers ce que pensent ceux qui lui sont proches.

C’est Jésus lui-même qui demande à ses disciples ce que les gens pensent de lui (Mc 8,27) ; puis il demande ce que eux-mêmes pensent (Mc 8,29) ; Pierre se trouve également corrigé car il ne pense pas selon la pensée de Dieu (Mc 8,33). Puis une exhortation de Jésus suit cette remontrance : il s’agit alors de laisser de coté toute pensée sur sa propre vie pour en assumer une autre, complètement nouvelle.

C’est à ce moment de l’Evangile qu’il y a un basculement. Dans tous les synoptiques, l’épisode de la confession de Pierre à Césarée de Philippe marque un passage fondamental : à partir de là, Jésus se met en chemin vers Jérusalem, où il aura à vivre sa Passion. C’est justement à ce moment que, pour la première fois, Jésus parle de ce qui l’attend dans la cité sainte. Et, face à cette perspective, émerge toute la résistance à entrer dans cette logique d’amour qui implique d’offrir sa propre vie.

Nous pourrions dire que, à ce moment de l’Evangile, chacun s’est déjà fait une idée sur Jésus. Chacun lui a déjà donné un visage. Et c’est de cela que Jésus part pour conduire avec lui ses disciples sur le chemin de Jérusalem. Ils seront appelés à faire de la place, non au Jésus qu’ils ont “pensé”, mais au Jésus qui se révèle sur la croix, celui qui va au-delà de toute pensée humaine.

En effet, il y a un premier visage de Jésus, qui est celui que donnent les gens (Mc 8,28).

Il est interessant car c’est un Jésus tout à fait “minimal” ! Les gens identifient Jésus avec le Baptiste ou avec Elie ou encore avec un des prophètes.

Dans la liste des prophètes, semble particulièrement manquer le nom de Moïse, auquel était pourtant fortement lié l’attente messianique d’Israel. Elie était considéré comme celui qui aurait préparé la route au Messie, comme le fera Jean-Baptiste. En comparant donc Jésus à ces deux figures, le désir de retenir Jésus à l’intérieur de ce noyau des précurseurs semble évident. Il n’y a rien au-delà. Il ne semble être évident pour personne que Jésus soit le Messie.

Mais alors pourquoi ? Ses œuvres avaient pourtant de forts accents messianiques. Il avait guéri des lépreux, redonné la vue à des aveugles, des sourds s’étaient mis à entendre, tout cela comme les grands prophètes avaient décrit l’ère messianique.

Il semble donc y avoir en Jésus comme une note dissonante. C’est la note selon laquelle ce salut n’est pas réservé seulement à Israël mais s’adresse à tous ; C’est encore la note selon laquelle le banquet est bien préparé aussi pour les païens et où les opprimés et les oppresseurs sont appelés à s’asseoir à la même table. C’est finalement la note selon laquelle tout semble aller au-delà du mérite venant de l’observance des lois et des traditions. Il y a en Jésus une tonalité nouvelle, celle de la gratuité universelle.

Ainsi, ce que la foule ne réussit pas à faire, penser Jésus comme étant le Messie attendu, c’est Pierre qui le fait dans la seconde partie de l’Evangile que nous entendons aujourd’hui. Pour Pierre, qui semble s’exprimer au nom de tous, Jésus n’est pas un parmi tous les précurseurs, mais le Messie lui-même.

Il est ici intéressant de remarquer que, à la différence de Matthieu, il n’y a aucune appréciation pour la réponse de Pierre dans l’Evangile de Marc. Jésus impose seulement de ne révéler à personne la vérité de son identité.

Et la raison de tout cela se comprend ensuite : Jésus ne s’arrête pas à l’affirmation de Pierre. Mais il annonce ce que personne, ni parmi la foule, ni parmi les disciples, ne pourrait imaginer : sa manière d’être le Messie sera celle du Fils de l’homme. Ce titre messianique revient 14 fois chez Marc. Il est pratiquement toujours lié au mystère pascal et au style de celui qui est venu pour “servir et donner sa vie en rançon pour la multitude” (Mc 10,45).

Face à cette annonce, Pierre montre en premier qu’il n’a rien compris.

Nous arrivons ainsi au troisième passage de l’Evangile de ce jour. En effet, Jésus élargit son discours en délimitant l’identité même du disciple. Tout se passe comme si il était impossible de comprendre qui Il est sans faire en même temps un saut dans la compréhension de nous-mêmes : les deux choses sont étroitement liées.

Je connais le Seigneur seulement si j’accepte de le suivre dans le don de lui-même et son offrande de vie.

Toute autre connaissance, comme celle de la foule, comme celle de Pierre et des apôtres, ne peut être que partielle et donc fausse.

Mais si, comme Lui et avec Lui, j’entre dans une logique nouvelle du don, alors je peux le connaître comme Seigneur qui donne la vie et le fait en acceptant que sa vie soit perdue pour ses frères.

Ceci constitue le défi qu’il faut accepter dans ce dernier épisode de vie du Seigneur avec les siens. Et ce défi est un chemin.

Les deux dernières rencontres que Jésus fera avant de rejoindre Jérusalem seront tout à fait emblématiques de deux possibles issues à ce défi. Il s’agit de l’homme riche (Mc 10,17-22) et de Bartimée, l’aveugle de Jéricho (Mc 10,46-52). Le premier n’est pas disposé à perdre quelque chose de ce qu’il possède, et reste ainsi en dehors de la connaissance de Jésus, mais aussi de la plénitude de vie que le Seigneur lui avait proposée (Mc 10,21). Le second, en revanche, est entièrement disposé à la rencontre, rien ne réussit à l’arrêter et il jettera jusqu’à son manteau pour courir vers Jésus qui l’appelle.

Et puisque nous avons parlé de l’identité – celle de Jésus et celle du disciples – il serait interessant de remarquer que, à la différence de Bartimée, l’homme riche n’a pas de nom. Et seul Bartimée a trouvé son rôle dans la vie et est devenu celui qui suit Jésus le long de la route (Mc 10,52). Voilà une belle définition du disciple du Seigneur : celui qui est en chemin avec Lui vers Jérusalem.

+Pierbattista