Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 25ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B

Publié le: September 14 Tue, 2021

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19 septembre 2021

25ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B

Le voyage de Jésus vers Jérusalem devient l’occasion d’instruire les disciples sur le sens de ce chemin et l’issue qui se dessine.

Ainsi Jésus, à trois reprises, parle aux siens de la passion qu’il devra vivre dans la cité sainte. Et à chaque fois la réaction des disciples trahit la distance qu’ils auront à parcourir pour entrer dans l’optique de leur Maître. Si la première fois ce fut bien Pierre à s’exposer pour chercher à « sauver » Jésus de son destin (Mc 8,32) – c’est ce que nous avons vu dimanche dernier – c’est désormais tout le groupe des disciples qui révèle sa propre difficulté à comprendre les paroles de Jésus. Mais cela va plus loin puisque l’épisode nous dévoile également ce qui habite le cœur des disciples : aspirer à des situations de prestige et de pouvoir.

Le récit se développe en deux parties :

La première se déroule le long du chemin. Jésus créé tout d’abord les conditions pour parler avec les siens, en évitant toute autre présence ou interférence.

Mais ceci ne suffit pas à garantir la réussite de la communication : les paroles du Seigneur ne trouvent pas de place dans le cœur des disciples. Ces derniers ne réussissent pas à en recueillir la signification.

Marc précise que les disciples ne comprennent pas. Mais le problème n’est pas seulement celui-ci. Le problème est qu’ils ont en fait peur de demander des explications à Jésus (Mc 9,32). Ils restent muets.

Le terme de « peur » revient plusieurs fois chez Marc. Il est souvent suivit d’une attitude de fermeture et de repli sur soi. Un exemple de ceci se trouve au chapitre 11,28 lorsque, dans le temple, les chefs interrogent Jésus sur l’autorité avec laquelle il accomplit ses œuvres. Et face à la réaction de Jésus, qui à son tour les interroge sur le baptême de Jean, l’Evangéliste Marc précise qu’ils eurent peur de dire la vérité (11,32) et qu’ils restèrent bloqués par leurs conditionnements. Au lieu de s’ouvrir au dialogue, ils s’enferment, comme les disciples, dans leurs discours privés et défensifs.

Nous trouverons également cette peur à la fin de l’Evangile (Mc 16,8) et c’est une peur – celle des femmes face à l’annonce de la résurrection du Seigneur – qui encore une fois ferme la bouche et le cœur dans un silence pesant et effrayant (« Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur »). Ainsi la peur semble apparaitre dans l’Evangile à chaque fois qu’une nouveauté appelle une ouverture, une transformation et un élargissement du cœur.

Dans le cas de l’Evangile d’aujourd’hui, le cœur des disciples est appelé à s’ouvrir à la dimension de la douleur de Jésus et à sa capacité à porter dans la chair le mystère de la souffrance de tout homme. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner de cette peur, qui a dû être très forte, devant la perspective inouïe de prendre part à la souffrance du Seigneur.

C’est pourtant ceci, et rien d’autre, qui forme le chrétien en élargissant les dimensions de son cœur.

L’alternative à cette logique est finalement quelque chose de très triste. Ceci nous est dépeint dans la seconde partie de notre passage. Cette alternative est le vain recourt à l’illusion de grandeur et de pouvoir. Quel écart assourdissant il y a avec la profondeur du don qui leur était proposé. Cela semble vouloir dire que si il manque une tension réelle à ce qui rend la vie authentique, alors l’homme ne peut que se perdre dans une recherche égoïste de l’apparence : c’est le péché de toujours.

Ainsi apparaît, non sans une certaine ironie, toute la petitesse de cœur de celui qui à l’ambition de la grandeur.

Mais celui qui est véritablement grand, c’est Jésus lui-même qui le dira avec geste significatif. Est grand celui qui est capable d’accueillir le petit, selon la logique évangélique de la gratuité.

En effet, tout le monde est capable d’accueillir les grands, car cela comporte un peu de cette gloire humaine dans laquelle nous avons placé notre espérance.

En revanche, l’accueil des petits est avant tout le geste caché de celui qui ne se cherche pas lui-même mais désir le bien de l’autre. C’est le geste de celui qui aime sans rien attendre en retour. C’est d’ailleurs la même logique que celle de celui qui n’invite pas voisins et parents mais les pauvres et les estropiés (Lc14,12-14), qui fait l’aumône sans faire sonner la trompette (Mt 6,2) qui prie pour ses ennemis (Mt 5,44), qui ferme la porte et prie dans le secret (Mt 6,6).

Ainsi, à la tête de la communauté chrétienne ne sont pas appelés les meilleurs, les plus intelligents ou les plus puissants. Sont appelés ceux qui ont fait leur cette logique de l’accueil gratuit et savent en porter le prix, qui est la croix.

C’est seulement ainsi que leur vie pourra être un véritable service pour les frères et non pas une recherche de soi ; comme le bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis (Jn 10,11).

Et il faudra toujours recommencer par là pour que notre renouvellement soit authentique.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que Marc spécifie que cet enseignement de Jésus a lieu à Capharnaüm. En effet, c’est en Galilée que le chemin des disciples recommence (Mc 16,7), après la grande peur de la croix qui les avait dispersés loin du Seigneur. Ils étaient alors incapables d’accueillir l’annonce de la résurrection : « Mais allez, dites à ses disciples et à Pierre :  “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit” ».

Lorsque toute ambition est brisée, alors il est possible de recommencer à suivre le Seigneur. Alors on commence à remettre en Lui, crucifié et ressuscité, notre propre gloire.

+Pierbattista