Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 26ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B

Publié le: September 23 Thu, 2021

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26 septembre 2021

26ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B

Dimanche dernier nous avions vu de près une des tentations qui habitent le cœur des disciples : la tentation du pouvoir, la tentation de vouloir être considérés comme importants, d’être les premier (Mc 9,34). Dans le passage de l’Evangile de ce jour, nous en retrouvons une autre. C’est la tentation non seulement d’être les premiers, mais aussi d’être les seuls et uniques.

Dans le voyage vers Jérusalem, alors que Jésus instruit les siens sur le mystère de sa passion et de sa mort, les disciples voient que quelqu’un exerce un pouvoir au nom de Jésus et veulent l’en empêcher. Leur motivation est très importante : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent » (Mc 9,38).

Ainsi, ce qui semble déranger les disciples est que cet homme, qui chassait les démons, ne les suivait pas. Cela signifie que, pour eux, cet homme ne reconnaît pas leur autorité car, effectivement, il ne leur demande pas d’autorisation.

Lorsqu’il répond, Jésus déplace immédiatement le barycentre de ce que signifie « marcher à sa suite » et le remet à sa jute place. Marcher à la suite du Christ ce n’est pas suivre les disciples mais, avec eux, suivre l’unique Maître. Personne ne peut prendre sa place, pas même ceux qui prétendent être arrivés les premiers. Ainsi tout le monde est le bienvenu et l’unique porte d’entrée pour appartenir au groupe des disciples est celle de vivre au nom de Jésus. C’est là l’unique raison d’être et l’unique référence pour celui qui le suit. Et c’est seulement autour de lui que le groupe des disciples peut trouver unité et cohésion.

La péricope d’aujourd’hui continue avec deux autres éléments : le premier est lié à l’accueil (Mc 9,41) et le second au scandale (Mc 9,42-48).

La question que l’on peut se poser serait de savoir si il existe une articulation entre ces trois parties ou si elles correspondent à trois discours de Jésus mis bout à bout par l’évangéliste Marc.

Un indice pourrait bien venir de la parole « empêcher ». Dans la premier partie elle revient deux fois : les disciples se sentent en droit d’empêcher, c’est-à-dire de mettre une barrière, un obstacle. C’est un comportement qui rappelle de près le reproche que Jésus fait aux pharisiens : « Malheureux êtes vous scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clés le royaume des Cieux devant les hommes ; vous-mêmes, en effet, n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui veulent entrer ! » (Mg 23,13). Il arrive parfois que celui qui devrait pourtant faire le guide, c’est-à-dire favoriser le chemin pour entrer dans le Royaume, soit au contraire celui qui empêche cet accès.

Or le terme de scandale, que nous retrouvons répété plusieurs fois dans la troisième partie de l’Evangile, illustre exactement cette attitude. Le scandale est l’empêchement, l’obstacle, ce qui fait trébucher. C’est ce qui est placé sur ma route et qui m’empêche de la parcourir.

Et ce qui risque de faire obstacle au chemin des plus petits, de ceux qui s’approchent de la communauté des disciples, n’est pas tellement la limite que l’on trouve à l’intérieur de la communauté, pas même le péché, mais cet abus de pouvoir, cette présomption de pouvoir affirmer qui peut en faire partie et en revanche, qui en est exclu.

En fait, les disciples sont scandalisés et choqués par ces personnes qui, de l’extérieur de la communauté, utilisent le nom de Jésus. Mais ils ne s’aperçoivent pas qu’en réagissant ainsi, ils deviennent eux-mêmes un scandale pour ceux qui, du dehors, voudraient entrer, en espérant trouver accueil et égalité de traitement.

C’est pourquoi il est nécessaire que le disciple ait un regard nouveau : le regard de celui qui sait aussi voir dans un petit geste d’accueil – comme le don d’un verre d’eau à celui qui appartient au Christ – la présence du Règne (Mc 9,41) : il suffit de peu pour être du Christ.

Il faudra donc veiller sur ses propres yeux, sur ses propres mains et sur ses propres pieds (Mc 9,43-47). C’est-à-dire de veiller sur toute sa vie pour que celle-ci soit loin du scandale, guérie de l’incapacité de voir la présence du Règne et de la tentation d’en empêcher le chemin.

Main, pied et œil…n’ont de sens que s’ils indiquent Jésus comme unique maitre à suivre et à aimer. Ils n’ont autrement aucune raison d’exister et il est même préférable qu’ils ne soient pas. Il y a quelque chose qui vient avant toute autre chose. Et ce n’est pas nous.

A l’inverse, la tentation d’utiliser le nom de Jésus pour usurper le pouvoir de décider qui serait digne de Son Nom, met paradoxalement en dehors du groupe. Elle rend étranger au Seigneur et éloigne de ce style de vie nouvelle que le Christ a apporté au milieu de nous. Cette vie nouvelle est celle de celui qui accepte de ne pas avoir d’autre pouvoir sinon celui d’abandonner sa vie par amour de la vie des plus petits.

Pour monter à Jérusalem avec le Seigneur, il faut alors faire un dernier pas : commencer à se considérer frères aux côtés des autres frères, tous en chemin par la seule grâce et la seule miséricorde de Celui qui, sur la croix, donnera sa vie pour tous. Et il faut laisser à chacun la place qui lui est propre dans la communauté, pour qu’il puisse vivre dans le Nom du Seigneur.

+Pierbattista