Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 30ème Dimanche du temps ordinaire, année B, 2021

Publié le: October 21 Thu, 2021

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24 octobre 2021

30ème Dimanche du temps ordinaire, année B

Dans le récit de la Genèse qui raconte le péché de Adam et Ève (Gn3), une place particulière est donnée à la vue. Il est dit que le serpent promet à Ève que ses « yeux s’ouvriront » (Gn 3,5) ; Et immédiatement après, Ève voit que le fruit était bon, elle en prit et en mangea (Gn 3,6). Et en effet, les yeux de l’homme et de la femme se sont ouverts, mais pour voir leur propre nudité et en éprouver de la honte (Gn 3,7). Les yeux sont bel et bien ouverts mais ils voient de manière biaisée. Ils voient à partir d’eux-mêmes et non plus à partir de la relation avec le Seigneur. C’est désormais une vue partielle qui ne contemple plus la réalité dans son intégralité. La relation avec le Seigneur est blessée, et, lorsqu’Il se présente, l’homme se cache. Il ne réussit plus à voir le Seigneur et à supporter sa présence.

Il est interessant de noter que, à l’inverse, dans les rencontres de Jésus ressuscité, ce sont les yeux qui sont les premiers concernés. Dans beaucoup d’épisodes en effet on trouve une expression de ce type : « leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent » (Cf. Lc 24,31). Il y a donc une guérison du regard. Les disciples apprennent à voir de nouveau le Seigneur et à voir la réalité dans son intégralité. Car cette réalité est désormais la Pâques, le mystère de la mort et de la résurrection.

Ainsi il est très significatif que le dernier miracle de Jésus, accompli lors de l’ultime étape de son chemin vers Jérusalem, lorsque la cité sainte est alors proche, soit justement la guérison d’un aveugle.

C’est le seul miraculé dont nous connaissons le nom, comme nous connaissons celui des douze disciples choisis par Jésus. Et ceci, sans doute parce que Bartimée est la figure du disciple. Et dans les quelques versets qui le regardent, nous pouvons trouver tout le chemin que le disciple est appelé à faire pour arriver à voir.

Avant toute chose, Bartimée entend (Mc 10,47) : il est décrit comme un mendiant, assis au bord de la route comme un homme sans dignité. Mais c’est un homme vivant, qui désire continuer à vivre et qui, pour cette raison, espère encore.

Et puisqu’il entend, alors il peut crier. Et son cri est une prière. Chez Marc, en effet, Bartimée est le seul à invoquer Jésus selon le mode du vocatif. Ceci traduit une certaine confiance et une attente sûre.

Bartimée exprime ensuite un désir. Et c’est Jésus lui-même qui, avec sa question (« Que veux-tu que je fasse pour toi » Mc 10,51), le met devant son propre désir le plus vrai. Jésus lui donne la possibilité de l’exprimer : « que je retrouve la vue ». Dans les paroles de Jésus il y a un renvoi très clair au passage de dimanche dernier, qui se trouve dans l’Evangile juste avant celui d’aujourd’hui. Jacques et Jean demandaient alors à Jésus de faire pour eux ce qu’ils désiraient. Mais Jésus leur faisait alors remarquer que, en réalité, ils ne savaient pas ce qu’ils désiraient vraiment. En revanche, Bartimée le sait clairement et le demande avec confiance. À la différence des disciples, sa demande ne comporte aucune prétention. Elle prend place à l’intérieur d’une relation qui, pas à pas, devient intime, jusqu’à appeler Jésus du terme de « Rabbouni », « mon maître ».  Ce terme ne se trouve que deux fois dans tous les Evangiles : ici et en Jean 20,16 sur les lèvres de Marie-Madeleine.

Ainsi, après ce parcours de confiance, de désir, d’intimité et de prière, Bartimée retrouve la vue. Il voit ce qu’il désire voir le plus : le visage de celui qui l’a guéri.

Mais le chemin n’est pas fini pour autant. À vrai dire, c’est maintenant qu’il commence. Bartimée, qui était alors assis le long de la route, comme un homme sans but et sans personne à suivre, se met en chemin à la suite de Jésus. Marc utilise pour lui le verbe qui caractérise la suite du Christ : Bartimée devient celui qui suit Jésus le long de la route (Mc 10,52). Il est devenu un disciple.

Il est interessant de confronter ici ce miracle (le dernier donc) avec le premier que Marc nous avait raconté. Nous étions alors au chapitre premier (Mc 1,21-28), dans la synagogue de Capharnaüm, où Jésus libérait un homme d’un esprit impur. Ce dernier se tenait tranquillement dans la synagogue et s’est senti menacé uniquement lorsque Jésus fut entré. Il ne peut effectivement pas y avoir de relation entre celui qui est toute sainteté et l’impur. Comme le fait le mendiant, l’esprit impur lui aussi avait crié. Mais il ne l’a évidement pas fait pour être guéri. Il dit qui est Jésus, mais il le fait trop tôt. D’une certaine manière il ne dit pas la vérité et ne la voit pas, puisque la vérité toute entière se manifestera seulement après Pâques, lorsqu’il sera véritablement visible que Jésus est le Christ, au prix de la croix.

C’est là, au pied de la croix, que Marc place un autre personnage capable de voir. C’est le centurion qui, en voyant Jésus mourir de cette manière (Mc 15,38), reconnaît que cet homme est vraiment le Fils de Dieu. Il voit un Dieu qui vit sa sainteté non comme une séparation, mais comme un partage, comme l’assomption de notre impureté pour que nous puissions être sauvés.

Il est alors possible de dire que ce dernier miracle est symbolique de ce qui est sur le point de se passer à Jérusalem. C’est le symbole de notre guérison qui nous sera offerte dans la ville sainte et qui deviendra par le don du Baptême, sacrement de la lumière, de l’illumination et de la guérison de ce péché qui nous empêche de voir la gloire de la croix et la vie de l’amour.

+Pierbattista