Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : Assomption de la Sainte Vierge Marie 2021

Publié le: August 13 Fri, 2021

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Assomption de la Sainte Vierge Marie

15 août 2021

L'Évangile d'aujourd'hui, à l'occasion de la solennité de l'Assomption, nous présente à nouveau le Magnificat.

Je voudrais m'arrêter un peu sur ce cantique et en souligner deux aspects.

Le premier aspect concerne sa relation avec ce qui s'est passé à Nazareth. Nous ne pouvons pas comprendre le chant de Marie si nous ne partons pas du moment de son appel, de sa vocation.

À Nazareth, Marie s'est rendue entièrement disponible pour l'œuvre de Dieu, elle a fait confiance. Et faire confiance, dans ce cas, signifie jouer sa vie sur la Parole d'un Autre, n'avoir aucun projet, aucune vie, sinon celle que Dieu modèle. 

Marie était là, elle a cru, elle a lié sa vie à cette œuvre, elle l'a choisie, elle en a pris la responsabilité et elle a renoncé à tout le reste.

Ainsi, de Nazareth, Marie part, elle arrive chez sa cousine Élisabeth, et elle a immédiatement la confirmation que cette confiance " fonctionne " en quelque sorte, que l'œuvre de Dieu est vraie et que Dieu est vraiment à l'œuvre.

Et c'est de là que jaillit le Magnificat de Marie. La prière de louange, la vie comme louange, ce n'est pas simplement dire que le Seigneur est bon, qu'il est fidèle, qu'il est miséricordieux. La louange n'est pas un poème.

La louange, c'est l'abandon total à la volonté de Dieu, c'est le consentement profond à son œuvre, c'est l'accord avec lui. 

La louange naît d'une expérience de salut qui nous a touchés dans la chair : les psaumes de louange naissent pour la plupart après un événement dramatique, dans lequel nous avons fait confiance et expérimenté que le Seigneur est effectivement intervenu en notre faveur, nous tirant d'une situation dont, avec nos seules forces, nous n'aurions jamais pu nous sortir...

Ainsi, concrètement, la louange naît lorsqu'une personne prend simplement conscience de la présence et de l'œuvre de Dieu en elle.

Le deuxième aspect concerne le contenu du Magnificat, qui est le contenu de l'œuvre de Dieu, la manière dont il décide d'agir. Si nous voulions le résumer en un mot, nous pourrions utiliser le verbe "renverser".

Marie voit que lorsque Dieu entre dans l'histoire, il " renverse " la vie : ceux qui sont en haut se retrouvent en bas, ceux qui sont en bas se retrouvent en haut. Ceux qui sont riches deviennent pauvres, et ceux qui sont pauvres deviennent riches. Les petits deviennent grands et les grands deviennent petits. Les stériles donnent naissance, les aveugles voient, et ainsi de suite.

C'est un texte qui a de profonds échos dans d'autres passages du Nouveau Testament (en plus des nombreux de l'Ancien), comme les Béatitudes, ou pensons aussi au chapitre 4 de l'Évangile de Luc, lorsque Jésus, dans la synagogue de Nazareth, lit le prophète Isaïe et dit qu'il a été envoyé précisément pour cela : pour renverser le cours de l'histoire.

Le Seigneur fait cela simplement parce qu'il est lui-même le premier à renverser sa propre situation, et il se met du côté de l'homme. Plus encore, il se place du côté du pauvre, des petits. Lui, qui est Dieu, se fait homme.

Et lorsqu'il entre dans l'histoire, il bouleverse généralement la situation, et ce jusqu'à Pâques, où même le royaume de la mort est renversé, où le pécheur est justifié, où la vie naît de la mort...

Ce passage nous apprend tout d'abord que le voyage de la vie, à la lumière du voyage de Marie, peut être pensé comme un voyage de Nazareth à Ain Karem.

Toute la vie est appelée à devenir un tel hymne, non pas au sens poétique du terme, mais, comme nous l'avons dit, dans un affinement quotidien de ses sentiments sur ceux du Christ, dans un abandon - parfois dramatique, marqué par l'expérience de la croix - à la volonté du Père. C'est une vie qui loue Dieu.

Il nous apprend également à nous laisser "renverser". 

Le Seigneur travaille de cette manière avec tout le monde : il entre et renverse. Il se sert de nos limites, il va habiter notre faiblesse, il choisit les zones les plus sombres pour apporter une nouveauté de vie, et ainsi de suite... Il n'est pas évident de " se laisser renverser ", de se laisser faire, de se laisser transformer. Il est beaucoup plus facile de devenir parfaitement observant, plutôt que des personnes capables de se laisser "renverser" par le Seigneur, c'est-à-dire des personnes libres. Il est beaucoup plus facile d'être des gens qui réussissent, qui s'en sortent, plutôt que des gens qui se laissent faire. Et nous ne pouvons éduquer les autres à cette liberté que si nous l'avons nous-mêmes en nous.

La solennité de l'Assomption est la célébration de l'accomplissement de ce dessein de Dieu, que Marie a anticipé en sa propre personne. Du oui de Nazareth, à la louange d'Ain Karem, à la croix et ensuite à la rencontre avec le Ressuscité, Marie est le premier témoin de la pleine participation à la Vie Pascale. Elle est la figure de l'Église, qui conserve et célèbre dans la louange l'Œuvre de Dieu, le salut, et témoigne dans le monde de la liberté des Fils de Dieu, c'est-à-dire des personnes "renversées" mais heureuses.

Que le Seigneur nous donne la grâce de faire, comme Marie, ce voyage de Nazareth à Ain Karem, et que, pas à pas, notre louange et notre liberté grandissent en chemin.

+Pierbattista