Méditation du Patriarche Pizzaballa : 15ème dimanche du Temps Ordinaire, Année B, 2021

Publié le: July 08 Thu, 2021

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11 juillet 2021

15ème dimanche du Temps Ordinaire, année B

« Qui m’a vu a vu le Père ». Ces paroles de l’Evangile selon Saint Jean (14,9) résument à elles seules le style de la mission de Jésus parmi les hommes. Ces paroles nous disent que Jésus n’est pas venu pour s’annoncer lui-même ou porter à tous un message – quand bien même nouveau et intéressant – qui serait uniquement centré sur sa personne. Jésus est venu apporter aux homme quelque chose « de plus » que lui-même : il a apporté le Père. Mais comment a-t-il pu le faire?

Jésus est tellement uni à Lui, il est tellement en relation avec le Père, il est élément obéissant et recevant de Lui sa propre vie, que quiconque le voit ne voit pas seulement Jésus : il voit l’amour du Père, sa tendresse et sa miséricorde. Celui qui voit Jésus rencontre le Règne de Dieu qui s’est fait proche (Mc 1,15).

Si Jésus n’était pas venu, l’homme aurait bien pu construire sa propre idée sur Dieu, plus ou moins proche de la vérité. Mais il n’aurait pas pu le rencontrer. En revanche, en Jésus, Dieu donne la possibilité d’être rencontré.

Cette prémisse nous aide à entrer dans le passage de l’Evangile de ce jour.

Jésus envoie ses disciples en mission et ainsi à faire exactement ce que lui-même à fait : rendre accessible le Père et porter son Règne en tout lieu.

Marc nous avait déjà raconté leur appel. En Mc 3,13 il est dit que Jésus monte sur une montagne, appelle à lui les siens et les constitue en un groupe de douze. Et il fait cela pour deux raisons. La première est que les disciples puissent se tenir près de lui. La seconde raison est qu’ils puissent aller prêcher, avec le pouvoir de chasser le mal.

Voilà la dynamique : se tenir près de Jésus et ensuite aller l’annoncer. C’est le cœur de la vie chrétienne.

Le disciple se tient avec le Seigneur. Il vit dans l’intimité avec lui et dans sa connaissance. Ce n’est jamais une connaissance superficielle, comme l’était celle des habitants de Nazareth que nous avons rencontrés dimanche dernier. Mais c’est une connaissance « existentielle », celle qui advient dans la vie de ceux qui ont été sauvés, qui ont appris à l’intérieur de leurs blessures qu’il est possible de placer son espérance dans le Seigneur.

Ainsi, lorsqu’il est ensuite appelé à annoncer l’Evangile aux autres, le disciple ne s’annonce pas lui-même mais bien le Seigneur. Il témoigne de la relation qui le fait vivre. Celui qui voit le disciple, d’une certaine manière, perçoit quelque chose du Seigneur qui l’a envoyé.

Cela n’aurait aucun sens qu’un disciple vive seulement le premier mouvement, celui d’être et de demeurer avec le Seigneur. À la différence d’autres écoles religieuses ou philosophiques, la la « suite du Christ » ne conduit pas à la sécurité de la maison du maître, ni ne se termine dans la relation avec lui. Au contraire, elle ouvre vers un envoi à l’autre, au monde et donc à l’insécurité et à la précarité.

Mais à vrai dire, la vie d’un disciple qui vivrait seulement le second mouvement n’aurait pas de sens non plus. Celui qui partirait en mission sans être resté avec le Seigneur, sans avoir le cœur tourné vers le Maître, finirait par s’annoncer lui-même. En faisant ainsi il ne sauvera personne car il n’a pas été revêtu de l’autorité même du Seigneur.

Ainsi, celui qui choisit d’annoncer le Seigneur s’expose à des épreuves usantes, des insécurités et des incompréhensions. Il ne doit rien faire pour les trouver, mais rien non plus pour les éviter. C’est pour cela que les seules instructions que Jésus se permet de donner aux disciples regardent ce qu’ils ne doivent pas emporter et donc ce dont-ils n’ont pas besoin. C’est par ce qu’ils vivent de la relation avec Lui qu’ils n’ont besoin de rien d’autre. Jésus les laisse dans une situation d’incertitude afin qu’ils puissent, en premier lieu, faire l’expérience de la providence qui les accompagne.

À ce propos, il est intéressant de remarquer que selon plusieurs exégètes, le passage de l’Evangile de ce jour introduit une section de l’Evangile de Marc que l’on appelle « section des pains ». Elle porte ce nom car le thème du pain reviendra plusieurs fois au cours de ces chapitres. Et la première occurence se trouve justement là, au cœur de l’envoi en mission. Mais elle apparaît en négatif puisque le pain est justement ce qu’il ne faut pas prendre avec soi. À l’inverse, au cours des chapitres suivants, le pain sera surabondant et Jésus le multipliera au moins deux fois. Il le fera pour tous, juifs et païens.

Celui qui part sans pain découvre que ce pain ne lui manquera pas, comme ne manqueront jamais le refuge et l’aide du Seigneur.

C’est ainsi que les disciples pourront annoncer que Dieu, qui s’est proche en Jésus, est un Dieu qui subvient à tout, un Dieu qui se fait pain. Et les disciples ne se contenteront pas de le dire. Ils en témoigneront par leur propre attitude d’attente et de précarité. C’est en elle-même un témoignage qui parlent de Celui en qui ils ont placé leur confiance.

Alors nous percevons que les instructions de Jésus sur le fait de ne pas emporter avec soi, ni pain, ni sac, ni argent, ne sont pas simplement une exigence ascétique, ni même un choix de pauvreté. Elles sont le style naturel et conséquent de ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur et qui ne cherchent pas en vain toutes les manières possibles de se garantir la vie par soi-même. Ces instructions sont destinées à ceux-ci reçoivent véritablement leur vie.

Ils la reçoivent du Père, certes, mais aussi des destinataires de leur annonce, de la part de ceux qui les accueilleront chez eux et partageront avec eux le pain. Ce sera dans ce partage réciproque de vie que l’Evangile pourra s’accomplir véritablement.

Enfin, les disciples sont envoyés deux à deux. Le missionnaire, en effet, n’est pas un héros solitaire mais un homme de communion. Et la proclamation du Règne n’est pas un acte individuel mais fraternel et communautaire, qui témoigne de cette vie nouvelle qui n’existe pas en dehors de la communion.

+ Pierbattista