Méditation du Patriarche Pizzaballa : 16ème dimanche du Temps Ordinaire, année B, 2021

Publié le: July 14 Wed, 2021

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18 juillet 2021

16ème dimanche du Temps Ordinaire, année B

Nous pourrions dire que l’Evangile d’aujourd’hui nous propose un épisode « inconfortable ». Il est inconfortable en particulier pour les disciples qui reviennent apparement fatigués de leur mission et qui, en dépit de l’invitation de Jésus à trouver un peu de repos, se retrouvent au contraire assaillis par les gens.

Mais cet épisode est également « inconfortable » à comprendre : comment concilier le besoin des disciples avec celui des gens ? Pourquoi Jésus offre t-il un temps d’intimité aux siens mais immédiatement après ne fait plus rien pour les soustraire, et se soustraire lui-même, à l’assaut de la foule ? Comment mettre ensemble ces deux choses ?

Si nous écoutons bien, nous nous apercevons qu’en réalité ces questions concernent de très près notre propre vie, nos besoins et nos désirs. En fait elles nous conduisent au désir du Seigneur, au besoin, qui n’est jamais complètement comblé, de demeurer avec Lui. Ce besoin doit nécessairement s’ouvrir à l’autre. Il n’existe pas de véritable rencontre avec le Seigneur qui ne fasse encore plus de place au besoin du frère.

Ainsi Jésus accueille les siens au retour de la mission ; ils les accueillent en les invitant à une expérience d’intimité. Pour caractériser cette expérience, Saint Marc utilise deux expressions.

La première est « à l’écart » (Mc 6,31). C’est un terme qui, chez Marc, revient plusieurs fois : lorsque Jésus explique aux siens le sens des paraboles (4,34), lorsqu’il emmène Pierre, Jacques et Jean sur le Tabor (9,2), lorsque les siens veulent lui poser des questions de taille et qu’ils ne veulent pas le faire devant tout le monde (9,28 ; 13,3). C’est donc au cœur de la relation personnelle et intime qui lie Jésus aux siens, que revient cet « à l’écart ». C’est un espace dans lequel l’amitié se nourrit et s’approfondit, un espace d’écoute et de partage, un espace de connaissance réciproque. Ce terme « à l’écart » est ainsi lié à une expérience de révélation que le Seigneur fait de lui-même aux disciples.

Le second terme est celui de « désert » (Mc 6,31). L’espace à l’écart où Jésus conduit ses disciples est un ermitage, un désert, un lieu de solitude. Cependant, le désert n’a jamais été pour personne un lieu de relaxation. C’est plutôt le lieu de la lutte, de la soif et de la faim, de la tentation et du chemin. C’est le lieu que Dieu choisit afin que son peuple apprenne l’art difficile de la confiance et du partage.

Mais ce qui peut surprendre aujourd’hui est que ce lieu désert et à l’écart n’est pas un espace isolé au point d’être inaccessible. C’est même tout le contraire. Il devient l’endroit où il est plus facile pour les gens de rejoindre Jésus et ses disciples, à tel point que ces derniers (et c’est l’unique fois chez Marc) en viennent à être devancés par les foules (6,33). Les gens savent qu’ils vont pouvoir les trouver là, en ce lieu isolé et à l’écart.

C’est en ce lieu que les disciples sont appelés simplement à se rendre compte des autres, à entendre la faim des gens et à se charger de leur recherche de vie. Ils sont appelés à trouver le repos, moins dans une tranquille solitude que dans un accueil « inconfortable » de l’autre.

On ne va pas dans le désert, à part, pour se relaxer mais bien pour s’ouvrir à une soif et à une faim plus profonde. C’est cette expérience qui donne sens, vigueur et force à la vie. Cette expérience se nomme la compassion (6,34).

Ainsi nous comprenons que le désir de Jésus d’être avec les siens est vrai. Tout comme est vraie l’intuition de Jésus qui voudrait pour les siens un temps de tranquillité.

Mais il est aussi vrai que Jésus sait bien que ce désir ne peut pas s’accomplir sans faire la place à une foule nombreuse et à sa faim. Seul ceci peut reposer véritablement.

Toute fuite de la réalité et de l’autre, n’est ainsi pas une source de repos mais au contraire occasion de fatigue, d’énervement et de frustration. Nous devons nous rendre compte combien nos fatigues sont souvent dûes à une recherche de repos qui n’est pas évangélique et à une recherche du Seigneur qui n’est pas correcte.

La lutte que les disciples sont appelés à mener dans le désert est justement ce passage, cette ouverture de l’espace à faire au Seigneur qui n’est pas leur propriété. Ils doivent apprendre à partager la passion que le Seigneur a pour l’homme.

Et la révélation liée à l’être « à l’écart », ne regarde cette fois pas tant le Seigneur que la mission des disciples : ils sont partis et ils sont revenus. Mais leur retour ne signifie pas que la mission soit terminée, ni même qu’ils puissent s’octroyer une pause. Car la faim de l’homme ne connait pas de pause, tout comme le désir de Dieu que son Règne advienne ne connait de répit.

+Pierbattista


Cover photo: ©Lawrence OP