Méditation de Mgr Pizzaballa : 18e dimanche du temps ordinaire, année A, 2020

Publié le: August 02 Sun, 2020

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2 août 2020

18e dimanche du temps ordinaire, année A

Après le chapitre qui rassemble les paraboles du Royaume, entendues ces derniers dimanches, le récit évangélique de Matthieu reprend avec l'épisode de l'emprisonnement et du meurtre de Jean-Baptiste par Hérode (Mt 14, 1-12), puis celui de la multiplication des pains et des poissons (Mt 14, 13-21), que nous écoutons aujourd'hui.

C'est précisément la nouvelle de la mort du Baptiste qui est présentée par l'évangéliste comme la raison du choix de Jésus de se retirer dans un lieu désert, pour vivre un moment de solitude. Jésus voit dans cette mort une annonce prophétique de ce qui sera aussi son destin, et de façon plus évidente il est placé devant le mystère de la douleur et de la mort qui l'attend.

Mais sa recherche d'un lieu et d'un moment où s'arrêter dans la solitude, sans même les disciples, est vouée à l'échec : la foule, en effet, pressentant son désir, le précède à pied. Alors Jésus, descendant de la barque, se retrouve devant une foule nombreuse.

Une fois descendu, Jésus voit (Mt 14,14), tout d'abord, une foule dans le besoin, à laquelle il manque plusieurs choses : il lui manque en premier lieu la santé, alors Jésus prend soin des malades qui sont présents, il se consacre à eux. C'est une foule qui a besoin de soins, d'attention, de miséricorde.

C'est aussi une foule qui a besoin d'être nourrie. Tous ces gens doivent comprendre où chercher du pain, où trouver Celui qui va vraiment les rassasier, découvrir qu'il n'y a aucun autre endroit où trouver le pain.

Les disciples pensaient plus opportun de les faire partir sans se charger de leurs besoins.

C'est la grande tentation de l'homme, de chacun de nous, de penser que le besoin de l'autre ne nous concerne pas, que ce n'est pas notre affaire. Celle de penser que nous ne pouvons rien faire pour nourrir la faim de notre frère, que nous n’en avons pas la possibilité.

Au contraire, Jésus voit. Il a vu les besoins de cette foule, et à présent il voit ce qui est là, ces cinq pains et ces deux poissons qui, s'ils étaient partagés, ne sembleraient suffire à personne.

Mais pourquoi au contraire suffisent-ils à nourrir la foule et en reste-t-il par la suite douze paniers ?

Je crois que le secret est précisément le regard de Jésus.

Aujourd'hui, l'Évangile nous suggère de mettre sous le regard de Jésus à la fois ce qui est là et ce qui n'est pas là, de se laisser regarder par Lui avec tout ce que nous sommes, avec nos besoins, nos attentes, nos petites possibilités.

Si nous restons là, sans chercher à fuir, alors il se passe quelque chose, et nous pouvons voir avec ce même regard que celui de Jésus, qui sait, Lui, comment voir ces choses qu’habituellement nous ne voyons pas.

Jésus voit que le peu, s'il est partagé, suffit à nourrir le plus grand nombre, en suivant cette même logique que les paraboles du chapitre XIII nous ont appris à voir.

Parce que le Royaume commence et passe par de petites choses, des choses qui n'attirent généralement pas notre regard et sur lesquelles nous n'appuierions pas notre sécurité, sur ce qui, à première vue, nous semblerait insuffisant, voire inadapté.

Tout cela trouvera son apogée dans la mort du Seigneur Jésus, dont la mort du Baptiste était une annonce prophétique : là où il semble ne plus rien y avoir, la où la semence ne fait que pourrir, sous la terre, et dans le silence et la solitude, comme celle que Jésus a cherchée en vain aujourd'hui, se prépare la récolte qui nourrira les foules, et non pour un jour seulement.

+Pierbattista

Traduit de l’italien