Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 10ème Dimanche du Temps Ordinaire, Année B

Publié le: June 10 Thu, 2021

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13 juin 2021

11e Dimanche du Temps Ordinaire, année B

Nous continuons aujourd’hui la lecture de l’Evangile de Marc. Nous nous trouvons ainsi au chapitre 4, un chapitre dans lequel l’évangéliste rassemble certaines paraboles. Nous en entendons deux aujourd’hui : celle du grain de blé jeté en terre (Mc 4,26-29) et celle du grain de moutarde qui, après avoir grandi, devient un grand arbre (Mc 4,30-32).

Nous nous arrêterons en particulier sur la première.

Il me semble que les protagonistes sont au nombre de trois : il y a une semence, il y a un terrain et il y a quelqu’un, un homme qui jette la semence en terre. Et pour qu’il puisse y avoir une bonne récolte, chacun doit faire ce qui lui revient.

Il y a ce qui revient à l’homme de faire. Il entre en scène au début et à la fin du parcours : au début pour semer et à la fin pour récolter.

Ce sont deux actions fondamentales, mais qui ne suffisent pas.

La parabole dit que celui qui sème doit avoir deux autres attitudes afin que le grain puisse porter du fruit. La première est d’attendre. La parabole semble même donner le rythme de cette attente, spécialement lorsqu’elle énumère les différentes étapes de la croissance : “la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin le blé plein l’épi”(4,28).

Dans ce cas, attendresignifie fondamentalement avoir confiance. Il s’agit d’abord d’avoir confiance dans le grain et dans la force qu’il contient. Le grain est le don de Dieu et, à ce titre, il ne peut pas ne pas porter de fruit.

Mais le semeur est aussi appelé à avoir confiance dans la terre. C’est cette terre qui me semble le véritable protagoniste de la parabole de ce jour. En effet, c’est elle qui produit spontanément “l’herbe, puis l’épi, enfin le blé plein l’épi”(4,28).

L’autre attitude est donnée dans ces quelques mots : “il ne sait comment” (4,27). L’homme ne sait pas comment arrive ce mystère de maturation et de vie. Le grain germe et croît mais il le fait sans révéler le secret de sa force, sans montrer à personne son développement, lent mais assuré.

Ainsi il ne s’agit pas seulement de savoir attendre, mais il faut aussi attendre en acceptant de ne pas savoir, de ne pas contrôler, de ne pas posséder le destin du grain.

Chez Marc, on trouve un autre passage dans lequel cette absence de connaissance a une certaine importance. Ainsi au chapitre 13 (Mc 13,33-37), Jésus invite les siens à la vigilance, précisément parce que qu’ils ne “connaissent pas”. Un homme part et laisse sa maison aux serviteurs, chacun à son rôle, et ordonne à chacun de veiller car ils ne savent pas quand leur maitre reviendra.

Ces deux passages de l’Evangile s’éclairent mutuellement. Le semeur ne sait pas, ne connait pas le mystère du rythme de la vie, mais il peut faire une chose et il est appelé à la faire : à veiller, comme les serviteurs de Mc 13. Il est appelé à veiller, à faire attention, à regarder avec confiance la croissance du grain, car il arrivera un moment – qu’il ne connait pas – où le fruit sera mûr. Alors ce sera à lui de le récolter.

Il ne contrôle pas le grain et ne peut rien faire pour qu’il mûrisse. En revanche, si, pendant la croissance du grain, il n’est pas attentif, alors il ne le récoltera pas le fruit au temps opportun et alors toute la croissance aura été inutile.

Il y a une grande responsabilité de l’homme, celle de savoir observer et de faire attention. Chez Marc cet aspect a une grande importance, à tel point que certains exégètes parlent de cet Evangile comme d’une grande parabole de la vision. L’homme renfermé et replié dans son propre péché est un homme essentiellement incapable de voir, de voir que le règne de Dieu est proche (Mc 1,14), et ainsi incapable de s’ouvrir au salut.

Et ce n’est pas un hasard si, chez Marc, un des miracles plus important et plus significatif est la guérison de l’aveugle de Bethsaïde (Mc 8,22-26). On ne trouve d’ailleurs ce miracle que chez Marc. C’est un miracle particulier car Jésus doit imposer les mains deux fois pour que la guérison soit complète.

Enfin, il y a un autre protagoniste dans le récit : le temps.

Le temps est un allié du terrain et c’est un bon allié. En effet, c’est le temps qui permet au grain de croître.

En réalité, le temps est un bon allié non seulement pour le terrain, mais également pour le semeur. Car lui aussi, comme l’aveugle de Bethsaïde, a besoin de temps. A vrai dire, il a besoin de deux temps, de deux étapes. Il a, lui aussi, besoin de croître et de devenir mature pour pouvoir apprendre à voir que le terrain est un bon terrain, capable de produire du fruit.

Finalement, l’Evangile de ce jour nous fait voir le terrain que nous sommes nous. Le terrain qui est notre vie. Il nous le fait voir comme une terre faite pour accueillir une semence de vie nouvelle, d’éternité, capable de générer quelque chose qui va au-delà d’elle-même et qui n’est pas seulement pour elle-même. Mais ceci demande de notre part de savoir attendre avec confiance et sans vouloir posséder la vie qui est semée en nous.

+ Pierbattista