Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 17ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B, 2021

Publié le: July 19 Mon, 2021

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25 juillet 2021

17ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B

La lecture de l’Evangile selon Saint Marc s’interrompt ce dimanche et laisse la place à Saint Jean. En effet, dans le passage qui suivrait celui de dimanche dernier, Marc raconte le miracle de la multiplication des pains et des poissons (Mc 6,34-44). La liturgie d’aujourd’hui nous présente ce même miracle mais, cette fois-ci, tel qu’il est rapporté dans le quatrième Evangile. D’ailleurs nous entendrons tout le chapitre 6 de cet Evangile au cours des dimanches qui viendront. Ce chapitre constitue une longue réflexion de Jésus sur le thème du pain de vie.

Dans le passage d’aujourd’hui nous pouvons distinguer deux parties. Il y a, bien sûr, le miracle de la multiplication des pains et des poissons, mais ce n’est pas lui qui occupe la plus grande part du récit. C’est plutôt le dialogue entre Jésus et Philippe qui requiert le plus de place. C’est un dialogue très important car Jésus y offre le cadre de ce qu’il va faire et ainsi la signification de son geste. Nous comprenons alors qu’il ne sera pas seulement important de manger ce pain, mais aussi de comprendre ce que l’on est en train de manger. L’enjeu est de comprendre d’où vient ce pain et de quelle vie il nous nourrit.

Le premier élément de ce cadre est donné par la Pâque.

La fête est explicitement citée au verset 4 et constitue l’arrière-plan de tout le passage. Les gestes de Jésus renvoient ainsi de manière évidente à la figure de Moïse et aux 40 années d’Israel dans le désert.

De la même manière que Moïse avait gravit la montagne et reçut de Dieu la Loi qui fait vivre Israel, Jésus monte sur la montagne, s’assoie (Jn 6,3) et donne à la foule une nourriture de vie.

Comme au temps de l’exode, ici aussi nous trouvons une foule en marche. Et comme jadis dans le désert, la question du pain se pose : sans pain, il est impossible de marcher et impossible de vivre.

La question du pain a accompagné tout le chemin dans le désert, de l’Egypte jusqu’à l’entrée dans la terre de la liberté. Dieu peut-il nourrir son peuple ? Et comment pourra t-il le faire, dans une terre aussi inhospitalière ?

Dans le passage d’aujourd’hui nous rencontrons également une question, celle que Jésus fait à Philippe. Et c’est une question fondamentale. Jésus en effet, demande à Philippe de quel endroit pourra venir ce pain capable de nourrir tant de personnes (Jn 6,5).

“D’où” est un adverbe que Jean utilise souvent. Et lorsqu’il l’emploie, c’est souvent pour signifier que la provenance sera diverses de celle à laquelle on pense immédiatement. “D’où” indique toujours la provenance de Jésus même et donc du Père.

Cet adverbe, par exemple, nous le retrouvons au chapitre 2 lorsque le maître de maison, à Cana, ne sait pas d’où vient le vin ; au chapitre 3, lorsque Jésus parle à Nicodème d’un souffle de vie dont on ne sait d’où il vient ni où il va. Puis au chapitre 4, nous retrouvons cet adverbe lorsque la Samaritaine demande à Jésus où prendre l’eau vive.

Dans la rencontre entre Jésus et les chefs du peuple, plusieurs fois ceux-ci se demandent d’où vient Jésus ; et s’ils le demandent parfois, le plus souvent ils pensent le savoir (Jn 7,27).

Le maître de maison de Cana, Nicodème et la Samaritaine ont tous ce point commun de ne “pas savoir”. Personne d’eux ne sait d’où vient le don qu’ils ont pourtant devant les yeux. Et ceci arrive car, en définitive, l’homme ignore d’où vient la vie. Il ne la possède pas, il ne l’a pas créée et ne peut pas se la donner à lui-même.

C’est sont justement à ces moments que Jésus en profite pour se révéler. Il se révèle comme celui qui vient du Père et apporte la vie du Père.

Lorsqu’au contraire, l’homme pense savoir la provenance de cette vie, alors il se ferme au don, comme l’ont fait les chefs du peuple. Ils savaient déjà tout et n’avaient plus rien à accueillir.

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, c’est Philippe qui “ne sait pas”. Il ignore où il pourra prendre le pain. À vrai dire, Philippe sait une seule chose, fondamentale : ce qu’il a ne suffira pas pour acquérir la nourriture nécessaire à la foule (Jn 6,7).

Nous pourrions dire que Philippe sait déjà que ce pain dont parle Jésus ne peut s’acheter et qu’on ne peut pas se le procurer par de l’argent. Le pain que Jésus est sur le point de donner, celui qui vient du Père, ne s’achète pas mais s’accueille. Et pour le recevoir, il est nécessaire d’entrer dans une logique de gratuité et de don.

Mais pour que ceci puisse arriver, pour que la route du don puisse s’ouvrir de nouveau sur le chemin des hommes, deux choses sont nécessaires.

Avant tout, il faut un enfant (Jn 6,9) qui mette à disposition le peu qu’il a avec lui, le peu qu’est sa vie. Le don vient de Dieu, c’est vrai, mais il ne peut nous rejoindre si ce n’est à l’intérieur de ce que nous avons et de ce que nous sommes. C’est la logique de l’incarnation.

Et puis il est nécessaire que ce “peu” puisse passer dans les mains de Jésus. Ces mains ne s’ouvrent pas pour prendre et ensuite se refermer et posséder : ce sont des mains qui ne retiennent pas. Si le geste d’Adam et Ève fut celui d’étendre la main pour prendre, le geste de Jésus est contraire. C’est le geste de celui qui prend pour offrir.

La différence se trouve dans la parole eucharistie, action de grâce : Jésus prend la vie de cette manière, comme un don qui est une occasion de remerciement et de partage avec les frères.

C’est pour cela que son pain suffit à tous et qu’il peut tous les nourrir en surabondance.

+Pierbattista