Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 4ème Dimanche de Pâques, année B, 2021

Publié le: April 20 Tue, 2021

Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 4ème Dimanche de Pâques, année B, 2021 Available in the following languages:

25 avril 2021

4ème Dimanche de Pâques, année B

La figure du pasteur, dans l’Ancien Testament, se réfère en premier lieu à Dieu. C’est Lui qui a conduit Israel en dehors de l’Egypte, qui a marché devant lui, qui l’a nourri et soigné et qui l’a fait grandir. Cette attitude est également vraie pour les rois, les guides d’Israel, les chefs et les prêtres, qui sont souvent comparés à des pasteurs. Ils sont censés avoir envers le peuple la même sollicitude, le même soin que celui que Dieu a eu pour Israel.

Mais il n’en est pas toujours ainsi. Et souvent, Israel fait l’expérience de trouver sur son propre chemin de mauvais pasteurs, qui, au lieu de faire paître le troupeau, se paissent eux-mêmes.

Et Dieu Lui-même les réprouve et les juge : “Quel malheur pour les bergers d’Israël qui sont bergers pour eux-mêmes ! N’est-ce pas pour les brebis qu’ils sont bergers ? Vous, au contraire, vous buvez leur lait, vous vous êtes habillés avec leur laine, vous égorgez les brebis grasses, vous n’êtes pas bergers pour le troupeau. Vous n’avez pas rendu des forces à la brebis chétive, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n’avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue. Mais vous les avez gouvernées avec violence et dureté. Elles se sont dispersées, faute de berger, pour devenir la proie de toutes les bêtes sauvages” (Ez 34,2-5).

Ceux-ci sont de mauvais pasteurs, et Dieu annonce qu’Il reprendra Lui-même la conduite de son peuple. C’est Lui, qui de nouveau, le guidera et lui donnera vie : “Car ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles” (Ez 34,11).

Au chapitre 10 de l’Evangile selon Saint Jean – dont nous lisons les versets 11 à 18 – Jésus se révèle le bon pasteur et même le “beau” pasteur, comme le texte l’affirme littéralement.

Pourquoi Jésus est-il le bon pasteur ?

En premier lieu, parce qu’Il empêche le loup de s’emparer des brebis et de les disperser (Jn 10,12).

Ce sont les deux grands dangers qui menacent le troupeau : que les brebis soient enlevées et dispersées.

Le verbe enlever apparaît deux autres fois dans ce même chapitre : aux versets 28 et 29. Jésus affirme alors que les brebis sont entre ses mains et entre celles de son Père et que personne ne pourra les ravir.

Le loup veut les enlever, c’est-à-dire en faire sa propriété, les dévier de leur relation avec le pasteur et les arracher de ses mains. Il veut interrompre cette relation bonne qui existe entre le troupeau et son pasteur. En fin de compte, il veut les disperser. Le loup vise cela : disperser le troupeau et le diviser. Alors le troupeau n’en sera plus vraiment un, mais plutôt un amas de brebis séparées, qui suivent chacune une route différente.

Là où la relation avec le pasteur est plus fragile, alors inévitablement la relation entre les membres du troupeau est aussi plus fragile. Car, effectivement, plus rien ne les tient unis.

Un peu plus loin, dans les discours d’adieu, Jésus réutilisera ce verbe et dira que durant la Passion, les disciples se disperseront, chacun pour soi-même, et qu’ils le laisseront seul (Jn 16,32). Pendant un instant, le loup semblera atteindre son objectif.

Or un simple mercenaire ne suffit pas pour sauver le troupeau de ces deux dangers. Le mercenaire ne s’intéresse pas vraiment au troupeau, il n’a pas une relation d’appartenance aux brebis et d’amitié avec elles. Devant le danger le mercenaire ne risquera jamais sa propre vie.

Si le loup enlève et disperse, si le mercenaire abandonne le troupeau et fuit, le bon pasteur, lui, connaît et rassemble (Jn 10,14.16).

Connaître est un synonyme de aimer. Ce verbe traduit une relation proche et d’intimité profonde : on ne connaît que ce qu’on aime.

Et bien Jésus affirme vouloir, avec les disciples, cette même relation d’intimité et d’amour qu’Il a avec le Père. Il est le bon pasteur car il veut les conduire là, jusqu’à cette vie belle de relation avec son Père. Il sait bien que rien d’autre ne pourra nourrir véritablement et faire vivre sinon ceci.

Mais Il est également le bon pasteur parce qu’Il ne prend pas seulement soin d’un petit nombre, des plus proches ou des meilleurs. Il est celui qui a toujours “d’autres brebis” (Jn 10,16) qu’il faut soigner et rassembler pour, qu’ensemble elles puissent former un seul troupeau.

Le salut qu’Il offre tient justement à ce “rassemblement ensemble”. Ce n’est pas une relation individuelle et exclusive avec Lui, mais une communion qui circule, qui veut repousser les frontières, élargir l’amitié et attirer tout le monde. Il est interessant de remarquer que Jésus ne parle jamais d’un unique animalmais d’un unique troupeau. Il s’agit donc d’être tous à l’écoute de l’unique Parole du salut (Jn 10,16). C’est ceci qui unit et qui rassemble.

Pour que tout ceci puisse arriver, Jésus donne sa vie (Jn 10,17).

Il tient à clarifier que c’est bien Lui-même qui la donne. Personne ne lui enlève, mais c’est Lui qui l’offre, sans aucune autre raison si ce n’est l’amour qui l’unit au Père, si ce n’est le partage avec Lui de ce grand désir que leur relation ouverte puisse accueillir l’homme en elle.

Et c’est justement à travers ce geste, cette perte de soi-même par amour, que Jésus peut réellement retrouver de nouveau la vie. Il retrouvera sa relation avec le Père qui l’aime justement parce qu’Il a donné sa vie (Jn 10,17). Il nous retrouvera nous, ses frères, sauvés et arrachés aux mains de l’ennemi qui voulait nous enlever, Nous serons alors reconduits à marcher vers une vie toujours plus profonde et à cheminer vers une vraie communion avec le Père, derrière Lui et comme Lui.

+Pierbattista