Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : Corpus Christi, année B, 2021

Publié le: June 04 Fri, 2021

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6 juin 2021

Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ

En la solennité de ce jour, nous lisons le même Evangile que l’Eglise proclame le soir du Jeudi Saint, lorsqu’elle fait mémoire de la Cène. Nous sommes ainsi replongés dans les jours de la Passion et dans l’offrande que Jésus fait de son Corps, de son Sang et donc de sa vie. Il s’offre lui-même dans un geste d’amour extrême, comme signe d’Alliance, comme nourriture du salut et comme principe de vie nouvelle pour tous.

Cependant, puisque nous lisons cet Evangile après l’Ascension et la Pentecôte, et donc à la lumière de la plénitude du mystère pascal, ce récit reçoit un éclairage et une signification nouvelle. D’une certaine manière, cet Evangile est comme dilaté à l’infini.

En effet, grâce à l’Esprit et dans cet Esprit, le geste de Jésus devient éternel, infini et toujours ouvert afin que chacun puisse y accéder et s’en nourrir.

Dans notre passage, Jésus apporte beaucoup d’attention aux préparatifs (Mc 14,12-16) : ils sont soignés. Quelque part, c’est Jésus lui-même qui prépare et rend possible ce repas. Bien que l’initiative semble venir des disciples (« Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » Mc 14,12), il n’en est pas ainsi. Ces derniers découvrent en effet qu’il y a déjà une pièce préparée, un endroit que quelqu’un semble avoir à l’avance apprêté (Mc 14,15). Les disciples n’auront  qu’à apporter le nécessaire pour le repas, c’est-à-dire l’agneau, les herbes amères, le pain et le vin pour faire mémoire de la sortie d’Israel de l’Egypte.

Tout ce qu’ils apporteront sera remis entre les mains du Seigneur et deviendra Eucharistie.

D’ailleurs, les disciples demandent bien à Jésus où faire les préparatifs afin que Luipuisse manger la Pâque (Mc 14,12). En réalité, même ceci n’arrivera pas selon leurs attentes. Car ce ne sera pas Lui qui mangera cette Pâque, mais Lui qui s’offrira en nourriture pour que les disciples puissent manger une nourriture de vie éternelle, une nourriture complètement nouvelle.

Finalement, les disciples sont simplement appelés à accueillir l’accomplissement d’un don préparer depuis toujours. Mais c’est également un don auquel ils doivent eux-mêmes se préparer. C’est un don si grand qu’il demande du temps et de la préparation afin de pouvoir être compris. Ce don a besoin d’un chemin qui puisse petit à petit faire prendre conscience de la grandeur d’un tel mystère. C’est pour cette raison que l’Eglise, même si il existe différentes traditions selon les lieux, fait accéder au don de l’Eucharistie seulement après une certaine préparation et lorsqu’une certaine compréhension de ce don a été manifestée. Et encore aujourd’hui, à l’heure où l’immédiat et le “tout, tout de suite” sont apparement des conquêtes  sociales, l’Eucharistie demeure un mystère qui a besoin de temps, d’accueil et de compréhension.

L’Eucharistie est avant tout une expérience de communion. Ce que les disciples sont sur le point de vivre n’est pas seulement un moment convivial, ni même le rappel d’une nuit de salut, mais c’est le don de la vie qui rend l’amour possible. C’est la source de laquelle provient toute possibilité de communion. Et ceci est l’accomplissement de l’Alliance. Dans l’eucharistie, l’amour est la nourriture véritable.

Sans ce don il n’y a pas de communion possible car c’est dans le mystère de ce repas que l’homme retrouve le pardon qui le fait vivre et le rend de nouveau capable d’aimer. La communion n’est pas possible sans la participation à ce corps partagé et donné, sans ce corps qui nous unit à lui en un unique corps.

Avec le geste de prendre dans ses mains le pain et le vin, qui représentent toute la vie de l’homme, et de l’offrir au Père, Jésus restitue notre vie à Celui qui nous l’a donnée. Par là il en fait don à nos frères.

De cette manière, l’Eucharistie n’est pas seulement un geste occasionnel ni même un simple moment de la vie de Jésus. Il constitue plutôt le style de cette vie, le mode habituel de l’habiter. L’Eucharistie devient une manière d’être et de se rapporter à la vie, en la prenant entre les mains, telle qu’elle est, pour ensuite l’offrir en don et pour le restituer.

Nous revenons ainsi, encore aujourd’hui, à ce verset initiale de l’Evangile selon Saint Marc, aux premières paroles de Jésus par lesquelles le règne est proche (Mc 1,15).

Nous sommes ainsi portés, aujourd’hui, à mieux comprendre ce que signifient ces paroles et commentle règne de Dieu s’est fait proche. Il est proche, il est présent dans l’Eglise qui vit l’Eucharistie ; il est présent lorsque l’Eglise vit de l’Eucharistie, c’est-à-dire lorsqu’elle s’en laisse imprégner au point de devenir son style de vie, sa manière d’aimer et de servir.

+Pierbattista