Conférence du Jeudi à l’Ecole Biblique (EBAF) : Le rouleau de cuivre de Qumrân

Par: Florence Budry/lpj.org - Publié le: November 12 Fri, 2021

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JERUSALEM - Ce jeudi 29 octobre, les Conférences du Jeudi de l’Ebaf accueillaient une présentation très attendue, celle consacrée à la découverte, au déchiffrement et à l’interprétation du rouleau de cuivre de Qumrân, par le P. Emile PUECH, professeur émérite à l’Ecole Biblique à Jérusalem, directeur de recherches émérite au CNRS (Paris), et directeur de la Revue de Qumrân.

Revenant en introduction sur la découverte du rouleau de cuivre de Qumrân en 1952, le père Emile Puech a brièvement évoqué cet épisode, l’un des plus fascinants de l’aventure archéologique en Terre Sainte et des plus marquants pour l’Ecole Biblique.

Ce rouleau métallique, composé de deux parties, une petite, une grande, posées l’une au-dessus de l’autre dans la « grotte 3 », a immédiatement suscité un intérêt majeur. Avant même de savoir ce qu’il contenait, l’originalité de ce support de cuivre presque pur, et le défi que représentait son déchiffrement, ont octroyé à cette découverte une publicité encore plus grande que les rouleaux de Qumrân précédemment mis au jour.

D’une longueur totale estimée à 2,30 m et comptant 28 cm de large, il est composé de feuilles de cuivre martelé, rivetées, d’une épaisseur de 0.5 à 0.2 mm. Très corrodé, le métal, extrêmement fragile, est impossible à manipuler et ne permet pas l’ouverture des rouleaux.

La parfaite maîtrise de l’imagerie 3D aurait sans doute résolu autrement le problème aujourd’hui, mais après bien des suggestions, parfois fantaisistes rappelées avec humour par le P. Emile Puech, c’est finalement le Pr Henry Wright Baker, de l’Université de Manchester, qui procèdera, en 1955, au découpage des rouleaux en 23 segments, après les avoir recouverts d’un enduit pour éviter leur effritement au passage de la scie.

Malgré toutes les précautions prises, cette technique n’a pas toujours permis de conserver l’intégralité de certaines lettres ou jambages, en outre, la forme très bombée des segments ne permet pas une exploitation optimale du texte par les épigraphistes.

Une première transcription est effectuée par le Pr Josef Milik, suivie par un déchiffrement qui confirmera le caractère unique et mystérieux du rouleau de cuivre de Qumran.

En hébreu de la période hérodienne, avec parfois une écriture cursive et composée de caractères de plus en plus petits, raturé, corrigé par la main même du graveur, ce texte semble à la fois bien prosaïque, puisqu’il s’agit de l’inventaire assez répétitif de 60 cachettes, et bien fantaisiste, compte tenu de la valeur exceptionnelle des objets qu’elles contiendraient.

Le P. Emile Puech rappelle à cette occasion qu’une des premières interprétations ne donnait à ce texte qu’une valeur littéraire ; une exagération mythique et nostalgique des richesses du Temple de Jérusalem après sa destruction par les Romains en 70 de notre ère.

Au fil des ans, les 23 fragments, conservés au Musée d’Amman, se sont malheureusement encore beaucoup dégradés, aussi, en 1993, le Royaume de Jordanie fait appel à la Fondation EDF pour leur restauration.

Le laboratoire EDF-Valectra radiographie sous trois angles différents chacun des segments, ôte la couche d’enduit déposée par le Pr Baker puis la remplace par une solution plus efficace pour empêcher leur corrosion et leur effritement.

Certains exigent alors la mise à plat des fragments afin de mieux voir le texte. Malheureusement cette opération semble toujours impossible compte tenu de leur fragilité.

Cependant, l’équipe parvient à effectuer des moulages en latex et en plâtre, puis utilisant la galvanoplastie, produit 4 tirages en cuivre moderne de 2 à 3 mm d’épaisseur, d’une précision de l’ordre du dixième de micron.

Travaillant sur un texte, cette fois exposé dans sa continuité, le P. Emile Puech, est chargé de le déchiffrer à nouveau. Il a ainsi pu rectifier quelques erreurs mais aussi compléter certaines parties manquantes, tout en affinant l’interprétation du texte.

Ces prouesses techniques et les nouvelles interprétations du texte qu’elles ont permises, sont fidèlement relatées dans un ouvrage en deux volumes, magnifiquement illustré, reprenant en détail ces érudits et méticuleux travaux.

Le P. Emile Puech confirme qu’il s’agit bien du travail d’un seul graveur, d’origine essénienne, datant d’avant la destruction de Qumrân. En outre, cette nouvelle exposition du texte permet de mieux comprendre la façon dont l’auteur a riveté, roulé puis disposé les rouleaux de cuivre, dans un ordre précis, afin qu’ils soient consultés dans un ordre logique, malgré l’impression de hâte qu’a pu donner le caractère un peu bâclé de la fin du texte. Enfin, l’inscription de ces informations sur un métal précieux, démontre avant tout la volonté de l’auteur de les voir conservées pour une longue durée, ce qui tendrait à confirmer leur importance et leur véracité.

Les richesse décrites, fabuleuses, semblent liées à un culte pratiqué par un groupe (vêtements et instruments liturgiques, offrandes) et d’après le P. Emile Puech, ces richesses seraient vraisemblablement le trésor des Esseniens, auquel s’ajouteraient des objets provenant du Temple de Jérusalem emportés par les Lévites lors de leur exil au milieu du IIe s. av. JC, alors qu’ils en étaient chassés par les Asmonéens.

Selon le P. Emile Puech, même si la valeur réelle des biens décrits reste contestable, la configuration des lieux lors de la découverte du rouleau, le style et l’écriture, les détails donnés par le texte, la nature même du document, démontrent que cet inventaire n’est, en tout état de cause, pas un genre littéraire.

Ainsi, dans la continuité des Pères fondateurs de l’Ecole Biblique, le P. Emile Puech, patiemment, continue à séparer mythe et réalité et à transformer l’archéologie en une passionnante aventure humaine et scientifique.

Très applaudi à l’issue de cette présentation, le P. Emile Puech, prêtre diocésain, vivant en Terre Sainte depuis 50 ans, et professeur à l’EBAF, a reçu de la part des Dominicains du couvent Saint Etienne, à l’occasion de son 80e anniversaire, un recueil de textes composés en son honneur, intitulé « Mélanges ».

L’intégralité de la conférence est disponible ici.