Méditation de S.B. le Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 2e Dimanche de Carême, année C 2022

Par: Pierbattista Pizzaballa - Publié le: March 10 Thu, 2022

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13 mars 2022

2ème Dimanche de Carême, année C

 

Le passage de l’Evangile qui raconte l’épisode de la transfiguration de Jésus est encadré par les annonces de la Passion. Jésus commence donc à dire aux disciples que son chemin vers Jérusalem s’accomplira avec la Pâque. Et juste après la première de ces annonces, Jésus monte sur une haute montagne que la tradition identifie avec le Mont Thabor. C’est ici qu’a lieu l’épisode de la transfiguration que la Liturgie du Carême nous propose chaque année pour le deuxième dimanche, après celui des tentations.

Et nous pouvons lire cette transfiguration comme une véritable annonce.

Sur le Thabor, Jésus annonce quel est le but de toute vie humaine, quelle est la vocation à laquelle l’homme est appelé : vivre une pleine expérience de gloire, de plénitude, de relation avec Dieu. Tout homme est appelé à devenir, avec tout ce qu’il est, révélation du Père et entière ouverture à Lui.

Nous découvrons ainsi que tout cela est habituellement invisible au regard humain. En effet, si nous regardons avec les yeux de notre corps, nous ne pouvons pas voir autre chose que la réalité finie et mortelle, incapable de vivre l’éternité.

En revanche, si nous regardons avec les yeux de la foi, nous pouvons contempler la vision à laquelle Pierre, Jacques et Jean ont assisté. Cette vision montrait que dès maintenant, avant le passage par la mort, l’homme est appelé à vivre l’expérience de la résurrection.

L’Evangile nous dit comment cela devient possible.

Avant tout, il faut prier. Si la référence à la prière est bien explicite au début du passage (Lc 9,29), elle revient continuellement, cachée dans tout le texte. Car tout ce moment de lumière est un dialogue continuel, dans lequel chacun parle, chacun écoute, chacun se sent écouté. Jésus dialogue avec le Père et il le fait en se mettant à l’écoute de la Loi et des Prophètes, dans les personnes de Moïse et de Elie. Les disciples entendent la Parole du Père, qui invite avant tout à écouter la Bonne Nouvelle du Fils bien aimé, en chemin vers Jérusalem où il donnera sa vie pour tous.

La prière est cette ouverture réciproque, faite essentiellement d’écoute, et dans laquelle chacun, en écoutant, accueille la révélation de ce qu’il est, en relation à l’autre. L’humanité nouvelle est donc une humanité en écoute et en dialogue.

Mais qu’est-ce que Jésus écoute ? Quelle est cette Parole du Père qui, entendue, est capable de transfigurer l’existence et de la porter jusqu’à sa plénitude ?

C’est celle que nous trouvons au verset 35. « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! ». Prier est justement apprendre à écouter, parmi tant de voix, celle du Père qui veut nous communiquer sa volonté de nous choisir, de nous aimer et de nous avoir pour fils. Écouter fait résonner toujours plus profondément cette Parole, permet qu’elle transforme notre vie, notre perception de nous-mêmes et nos relations.

Après l’écoute et la prière, les disciples sont invités à entrer dans une nuée (Lc 9,34). C’est là qu’ils éprouvent la peur. Ils ont devant eux la face lumineuse du Seigneur et ils doivent, d’une certaine manière, la quitter pour entrer dans l’obscurité de la nuée, pour un lieu où les contours sont flous, où l’on perd le contrôle des choses.

Les disciples, au moment de la Passion du Seigneur, seront effectivement appelés à entrer dans cette nuée, dans cette obscurité. Ils le feront avec leurs capacités limitées et vivront dans leur chair l’expérience de l’échec, de l’incrédulité et de la fuite.

La vie nouvelle n’arrivera pas par leurs forces mais par la force de Celui qui réussira à entrer dans les ténèbres de la Passion et en sortira vivant et victorieux sur la mort, capable de donner à tous la vie de manière définitive.

La Pâque, la vie nouvelle, n’arrive donc pas en dehors de cette confiance, de cette expérience d’abandon dans une Parole qui dit l’amour unilatéral et gratuit de Dieu. Et le temps du Carême nous est donné pour nous rendre à l’évidence de cet amour, le seul qui transfigure toute existence et la libère des ténèbres.

+Pierbattista