Méditation de S.B. le Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 3e Dimanche de Carême, année C 2022

Par: Pierbattista Pizzaballa - Publié le: March 15 Tue, 2022

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20 mars 2022

Troisième dimanche de Carême, Année C

 

Le passage de l'Évangile d'aujourd'hui (Lc 13,1-9) est composé de deux parties, qui tournent toutes deux autour du thème de la conversion et qui, à la première lecture, semblent être discordantes l'une par rapport à l'autre.

Dans la première partie (Lc 13,1-5), nous voyons des gens aller vers Jésus pour lui raconter un fait douloureux : des Galiléens, qui étaient venus à Jérusalem, avaient été tués par des soldats romains alors qu'ils accomplissaient leurs sacrifices dans le temple.

C'était un fait troublant, qui pouvait se prêter à une interprétation religieuse : la mort violente, en effet, était le signe d'une punition de Dieu pour un quelconque péché commis.

Jésus part de ce fait et en raconte un autre de la même veine : dix-huit personnes sont mortes lors de l'effondrement de la tour de Siloé.

La pensée religieuse commune était que ces personnes s'étaient rendues particulièrement odieuses à Dieu parce qu'elles avaient commis une faute pour laquelle elles méritaient justement ce sort. On pouvait donc légitimement penser que ceux qui n'avaient pas subi un tel sort pouvaient être considérés comme justes et acceptables par Dieu.

Jésus se distancie de cette pensée, et il le fait par deux questions auxquelles il donne lui-même une réponse : ceux-ci étaient-ils plus pécheurs que les autres ? Non, dit Jésus, car Dieu n'est pas un Dieu qui punit et élimine le mal de cette manière violente. Et s'ils ne sont pas plus pécheurs que les autres, cela signifie que le mal habite le cœur de tous, de la même manière, et que personne ne peut se considérer comme exclu de la nécessité de se convertir.

Voici pour la première partie.

Dans la deuxième partie (Lc 13, 6-9), Jésus raconte une parabole qui, à certains égards, est très étrange.

Un homme avait planté un figuier dans sa vigne, mais ce figuier ne produisait aucun fruit. Il a demandé à son vigneron de le couper pour qu'il n'encombre pas inutilement le terrain. Le vigneron hésite et promet de faire des choses en soi assez inhabituelles pour un figuier, comme de biner la terre autour de lui ou de mettre du fumier dessus (Lc 13, 8). Le propriétaire de la vigne se laisse convaincre et accepte de laisser l'arbre pour voir s'il portera du fruit.

Au centre de cette parabole se trouvent deux verbes, à l'impératif : le premier, "Coupe-le !". (Lc 13, 7), dit par le maître au vigneron ; le second "laisse" (Lc 13, 8) dit par le vigneron au maître.

La première, en réalité, est l'expression de cette pensée religieuse commune dont parle la première partie du passage : si l'on est infidèle à ses devoirs religieux, le Seigneur Dieu intervient et élimine le pécheur. En fait, nous trouvons aussi cette image au début de l'Évangile, sur les lèvres de Jean le Baptiste, qui dit que tout arbre qui ne porte pas de fruit sera coupé et jeté au feu à l'arrivée du Messie (Lc 3,9).

Le deuxième verbe, "Laisse", est l'expression du cœur et de la pensée de Jésus : toute l'histoire du Salut n'est rien d'autre qu'une offre continue de l'amour de Dieu pour son peuple, offre à laquelle le peuple répond toujours de manière insuffisante et inadéquate (le figuier qui ne porte pas de fruit). Mais la réponse de l'homme ne conditionne en rien le don de Dieu, qui répond, au contraire, avec un excès de cœur et de soin, un excès en quelque sorte excessif, tout comme il est excessif de biner et de fertiliser le sol autour d'un figuier.

Il réagit également en donnant du temps. Non pas, donc, une mort soudaine et tragique, qui interrompt le temps d'une possible conversion, mais le don d'un nouvel espace de temps. Et ici, alors que certaines traductions disent : " laissez-le une autre année ", d'autres préfèrent : " laissez-le cette année aussi ".

Et cette deuxième traduction est particulièrement significative, car elle rappelle le début de la prédication de Jésus, lorsqu'il annonce une année de grâce et de miséricorde (Lc 4,19) : c'est donc le moment où l'homme peut enfin connaître l'amour du Seigneur, l'année qui nous est donnée maintenant, et qui a été inaugurée dans les derniers temps, nos temps. Aucun fruit n'était possible en dehors de cette année, car le fruit n'est rien d'autre qu'une réponse étonnée au don ultime et définitif que le Père a fait à l'homme, celui de son Fils. Le temps est donc donné à nouveau, et le fruit est attendu.

Il est donc important de lire attentivement ces deux textes ensemble. La première partie est une invitation pressante et urgente à la conversion, tandis que la seconde est une contemplation de la miséricorde et de la patience de Dieu, comme pour dire que la vraie conversion est celle de ceux qui font l'expérience de la bonté du Seigneur. Ceux qui ne se convertissent pas à cette image de Dieu périront tous de la même manière (Lc 13,3.5), c'est-à-dire en croyant inutilement à un Dieu qui punit ou qui récompense.

 

+Pierbattista Pizzaballa