Méditation de S.B. le Patriarche Pizzaballa : XIV Dimanche du temps ordinaire, année C

Par: Pierbattista Pizzaballa - Publié le: June 30 Thu, 2022

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3 juillet 2022

XIV Dimanche du temps ordinaire, année C

Luc 10,1-12.17-20

L’Évangile de Luc est le seul à raconter deux fois l’envoi en mission des disciples : la première fois, au début du chapitre 9, concerne les Douze et est réservée au peuple d’Israël ; la seconde fois – que nous lisons aujourd’hui et qui se trouve au chapitre 10 – est étendue à un plus grand nombre, aux 72 disciples, et s’adresse à tous, même aux païens.

Il est particulièrement important pour l’évangéliste d’affirmer que la vie du disciple est de partager la même mission que Jésus : Jésus est l’envoyé du Père (cf. v. 16 ainsi que Jn 9) pour amener tous les hommes à une rencontre avec Lui, à une vie de fils ; et quiconque accepte le salut, à son tour, se met en chemin à sa suite pour transmettre aux autres la même expérience de vie : ce n’est pas quelque chose de facultatif, ce n’est pas optionnel, c’est essentiel. Le message chrétien, s’il est gardé pour lui-même, meurt.

En envoyant les siens, Jésus ne fait pas de plans, n’enseigne pas de stratégies, ne planifie pas le chemin : il éduque simplement à un style, et c’est un style qui a le goût pour la nouveauté de l’Evangile. Il ne fait donc pas de projets, mais « jette » les siens dans la vie, les fait entrer dans les maisons et les places, là où vit l’homme. Il leur demande de manger avec les gens, de prendre soin de leurs malades, de partager leurs souffrances.

Le message chrétien n’est pas une idée, mais il a besoin d’une maison, d’une ville, où entrer et façonner la vie.

Ce style paradoxal, on le retrouve dans certaines expressions du discours de Jésus à ses missionnaires.

« Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » (Lc 10,3) : le « programme » de la mission est un programme pascal, parce qu’il devra certainement prendre en charge le mal présent dans la réalité rencontrée. Le Seigneur n’envoie pas les siens se promener, pour raconter les choses intéressantes qui seront accueillies avec facilité et disponibilité. Il ne promet pas des résultats faciles, il ne trompe personne. Le Seigneur envoie les siens pour entrer dans la mort du monde, pour annoncer que c’est justement là – par la grâce – que le salut arrive. Et ce message va certainement accueillir les obstacles et les rejets, comme ce fut le cas pour Jésus lui-même.

Mais Jésus les envoie, sachant que partir signifie donner sa vie ; et il leur demande de le faire dans le style de l’agneau docile, car seule cette attitude de douceur peut vaincre le mal. Non par la force, non par le pouvoir, non par ses propres moyens, mais par l’humble témoignage de l’amour.

« Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales » (Lc 10,4).

Lorsque l’on part en voyage, on essaie de prévoir et d’emporter avec soi tout ce dont on peut avoir besoin. Jésus fait le contraire, et demande de ne rien porter. Pourquoi ?

Parce que le succès de la mission ne dépendra pas des moyens ou de l’équipement, mais de l’humble témoignage de vie, qui annonce un Dieu qui s’est fait pauvre et solidaire.

Les disciples partent pauvres pour apprendre à avoir besoin de l’autre, à faire de la place à l’autre en eux, à savoir avant tout demander. Aimer l’autre, ce n’est pas seulement lui donner quelque chose, mais aussi avoir besoin de lui.

Ils partent pauvres pour pouvoir faire confiance à Celui qui les a envoyés et à ceux qui les recevront.

Les missionnaires ne sont pas des gens qui ont tout, qui savent tout, qui pensent avoir tout ce dont les autres ont besoin. Ils partent humbles, parce que ce n’est que s’ils ont appris à avoir besoin qu’ils peuvent vraiment rencontrer l’autre : comme cela ils se laisseront évangéliser en premier, et précisément par les personnes qu’ils rencontreront.

« Ne saluez personne en chemin » (Lc 10,4). C’est aussi très étrange. Cela fait référence à un épisode de l’Ancien Testament (2 Rois 4,29), dans lequel le prophète Elisée envoie son serviteur Guéhazi pour redonner la vie au fils de la Sunamite : il n’y avait pas de temps à perdre, le voyage était urgent, il n’y avait pas besoin de se perdre en civilités. C’est donc comme si Jésus disait à ses disciples : regardez cela comme une question de vie ou de mort, vous apportez la vie aux morts. Ne perdez pas de temps, parce que c’est le temps favorable, c’est l’heure du salut.

« S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. » (Lc 10,6). La paix est la grande annonce de Jésus : la paix entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes, la paix entre ceux qui sont proches et ceux qui sont loin, la paix entre les hommes qui redeviennent des frères. C’est la paix du Ressuscité, la paix qui a vaincu la mort, qui a réconcilié l’homme avec Dieu, qui l’a libéré de la mort. Et c’est une paix qui ne se perd pas : les apôtres sont appelés à la donner, mais si elle n’est pas reçue, l’apôtre ne perd pas sa paix, elle lui revient.

La vraie paix est celle du Ressuscité, qui est déjà passé par le rejet, par la mort : c’est donc une paix douce, qui ne peut être perdue.

« Mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux » (Lc 10,20). Les disciples partent, et l’Evangile nous les décrit déjà à leur retour, heureux de leurs résultats pastoraux. Le Seigneur ne diminue pas leur joie, mais l’interprète comme un signe du Royaume qui vient sur terre.

Et puis il ne laisse pas ses disciples s’arrêter à ces résultats.

Le disciple est un homme libre : libre des succès pastoraux, et donc aussi des échecs.

Sa vraie joie est celle de ceux qui savent que leur propre vie (et celle de tous ceux à qui Il a apporté la bonne nouvelle) est écrite dans le ciel, c’est-à-dire qu’elle est gardée en Dieu.

+ Pierbattista