Méditation de S.B. le Patriarche Pizzaballa : 7ème dimanche du Temps Ordinaire, année C 2022

Par: Pierbattista Pizzaballa - Publié le: February 15 Tue, 2022

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20 février 2022

7ème dimanche du Temps Ordinaire, année C

 

Le passage de l’Evangile d’aujourd’hui (Lc 6,27-38) est strictement lié et consécutif à celui de dimanche dernier. Nous avions alors entendu le récit des béatitudes selon leur version lucanienne.

En écoutant les béatitudes nous avons commencé à regarder la vie avec le regard même de Jésus. Et nous avons vu comme lui voit que, de manière mystérieuse, le Royaume de Dieu est présent dans les pauvres, les derniers et les affligés. Cette manière pauvre de vivre est en réalité une participation à la vie même de Dieu et à son style de relation.

En quoi consiste ce Royaume ? Quelle est le style de vie de Dieu ? Tout ceci est décrit dans ce que nous venons d’entendre aujourd’hui. Et nous pourrions sans doute le résumer dans l’expérience simple de pouvoir aimer l’autre plus que soi-même.

Mais comment arriver à cette synthèse ?

Les versets 27-30 nous racontent des épisodes concrets de vie, c’est-à-dire des choses ordinaires qui marquent la vie quotidienne. Et il peut arriver dans nos journées, que quelqu’un emporte une chose qui est notre, ou qu’il nous soit fait du mal, ou encore qu’il nous soit demandé de donner quelque chose d’important pour nous. Mais alors que faire ?

Il me semble que deux éventualités se présentent.

La première est celle d’aimer l’autre en se prenant soi-même comme mesure de cet amour. Nous aimons alors dans la mesure ou l’autre ne me retire rien de ce que je tiens pour vital pour moi. Et si aimer me retire quelque chose, alors je m’arrête car ce qui est mien est plus important que l’autre. Cependant, si j’aime de cette manière alors je n’aime en fait personne. Je n’aime que moi et ce que je fais pour moi.

Mais il a une autre manière d’aimer, une autre mesure. Elle est celle d’aimer l’autre plus que je ne peux m’aimer. De l’aimer au-delà de ma douleur, de mon besoin de justice, de mon droit à être dédommagé, de mes blessures. Aimer selon cette mesure signifie placer l’autre avant tout cela, même lorsque ce dernier m’a fait du mal.

Alors je n’accepte pas que ce que l’autre puisse me retirer ou me demander, qu’aucune des blessures qu’il puisse m’infliger, ne puisse m’empêcher de rester en relation avec lui. Car je ne peux pas vivre sans aimer l’autre, comme il est.

Ainsi la mesure de l’amour véritable ne peut pas être nous-mêmes.

Mais alors qui est cette mesure ? Nous trouvons la réponse au verset 36 : « soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux ».

Dans le Règne de Dieu, que Jésus révèle dans les pauvres et les petits, il n’y a qu’une manière d’aimer. Et elle est celle du Père. Non seulement nous sommes bien tous appelés à aimer ainsi, mais nous ne pouvons aimer ainsi que parce que l’amour du Père vit en nous et reste présent par la grâce de l’Esprit. Ceci est le Règne des Cieux.

Tant que chacun essaie d’aimer avec ses propres forces, alors on ne peut pas sortir d’un amour autoréférencé. Nous restons dans un amour dont nous sommes la mesure. Il peut être grand et beau, mais il est incapable d’aller au-delà de nous-mêmes.

Or qu’arrive t-il lorsqu’on aime comme le Père aime ?

Les derniers versets de l’Evangile d’aujourd’hui nous présentent le résultat d’une vie vécue ainsi, le résultat de ce qui arrive à celui qui choisit le Père comme mesure de son propre amour.

Il est intéressant de noter que dimanche dernier nous étions justement introduits dans cette manière d’aimer avec le regard sur les pauvres, sur ceux qui dans la vie se trouvent en dernier et peinent à vivre. Et aujourd’hui nous concluons ce parcours par une image qui parle d’abondance, de quelque chose qui déborde et dépasse toute attente et toute espérance. Celui qui s’ouvre à une mesure de l’amour selon le style du Règne, devient véritablement riche, d’une richesse qui comble la vie en vérité. Mais pour le monde, cette personne apparaît pour un perdant, quelqu’un qui semble incapable de revendiquer ses propres droits, de se faire justice comme il serait normal et légitime de le faire.

En réalité, c’est une mesure de vie tout à fait spéciale et unique qui sera donnée à cette personne. Et seul celui qui aime ainsi la connait.

Non seulement il ne perd rien, mais en sauvant à tout prix sa relation avec l’ami et avec l’ennemi, il se retrouve riche d’une possibilité d’aimer qui rend la vie vraie et déjà éternelle.

+ Pierbattista