Méditation de S.B. le Patriarche Pierbattista Pizzaballa: 4ème dimanche de Carême, année C 2022

Par: Pierbattista Pizzaballa - Publié le: March 18 Fri, 2022

Méditation de S.B. le Patriarche Pierbattista Pizzaballa: 4ème dimanche de Carême, année C 2022 Available in the following languages:

27 mars 2022

4ème dimanche de Carême, année C

 

Nous pouvons lire le passage d’Evangile d’aujourd’hui (Lc 15,1-3.11-32) à partir des deux lieux où la scène se déroule. C’est un passage biblique relativement connu et d’ailleurs utilisé dans plusieurs circonstances. Arrêtons-nous donc sur quelques brèves considérations. Une clé de lecture qui peut nous aider à entrer dans le texte se trouve liée au fait que, dans les deux situations, il est question de nourriture, même si cette symbolique apparaît de manière différente.

Le premier lieu est la maison du père, fondamentalement décrite comme une maison où la nourriture se trouve en abondance. Lorsque le fils cadet s’est éloigné de la maison, et lorsqu’il se trouve dans le besoin, il pense à cette maison et s’en rappelle comme d’un lieu où l’on mange, où le pain de manque pas et est proposé à tous : même les serviteurs l’ont en abondance (Lc 15,17).

Et lorsqu’il revient chez son père, ce dernier, tout content, organise immédiatement un banquet : « allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons » (Lc 15,23). Ce banquet est d’ailleurs évoqué plusieurs fois (Lc 15,23.27.30), et revient toujours dans le récit pour dire la manière d’agir du père. Le père nourrit, donne à manger, fait la fête en mangeant. Il y a très certainement un écho vétérotestamentaire dans ce détail pourtant mis en valeur. Dans l’Ancien Testament, la vie avec Dieu est présentée comme un banquet.

Le second lieu est celui dans lequel nous trouvons le fils cadet quand il s’est éloigné de la maison, qu’il a dépensé tout son héritage. Ici la symbolique est toujours liée à la nourriture, mais de manière diamétralement opposée. En effet, il y a une grande famine (Lc 15,14) et le fils affirme qu’il est sur le point de mourir de faim (Lc 15,17). Les seuls qui mangent sont en fait les porcs (Lc 15,16), alors que le fils serait même très heureux de pouvoir manger leur nourriture : mais «  personne ne lui en donnait ».

D’une part il y a donc un père qui donne à manger à tous avec abondance, aussi aux serviteurs. Et de l’autre, on trouve un fils devenu serviteur, à qui personne ne donne rien, pas même la nourriture des porcs.

Nous pouvons nous arrêter et relire ces éléments de la parabole. Ils semblent indiquer que la vocation de l’homme est celle de participer au banquet que le Père prépare pour tous ses fils. Dans ce banquet il nous nourrit de lui-même et de sa vie, de la vie qui « circule » à l’intérieur de sa maison. C’est une nourriture abondante, bonne, gratuite, que le Père désire nous donner (Cf. Is 25,6).

Et le péché de l’homme n’est rien d’autre si ce n’est cet éloignement du banquet, cette chute de la condition privilégiée selon laquelle la vie nous est donnée, pour nous nourrir d’une nourriture qui ne rassasie pas, et qui va jusqu’à, paradoxalement, nous faire mourir de faim. Le fils cadet s’éloigne de la maison où il est fils et arrive à un endroit où, au contraire, il est serviteur. Dans ce dernier lieu il est même traité plus mal qu’un animal, il perd toute dignité, sa vie ne compte pour personne : c’est un lieu de solitude et de mort.

Mais le père et le fils prodigue, nous le savons, ne sont pas les seuls protagonistes de la parabole. Il y a aussi un autre fils, l’ainé, qui reste à la maison. Cependant, malgré la possibilité d’une vie dans l’abondance, il ne semble pas manger une nourriture qui le rassasie. Il ne vit pas des choses de la vie comme d’un signe et d’un sacrement de l’amour du père. Il ne comprend pas que tout ce qu’il reçoit, il le reçoit de l’amour du père. C’est comme si il n’avait rien eu. En réalité, lui aussi meurt de faim.

Le chemin du Carême, aujourd’hui, nous conduit à cette maison, où nous sommes fils, où nous est préparée la possibilité d’une vie pleine. Mais il nous faut en retour reconnaitre que tout vient du Père et que tout nous est donné gratuitement. Ce n’est pas le fruit de notre travail ou une récompense que nous méritons.

Et c’est la relation même que nous avons avec lui qui nous nourrit. Cette relation s’ouvre ensuite au dialogue avec le frère, avec lequel nous partageons le même pain.

C’est une maison que nous ne sommes pas capables d’habiter de manière stable. Nous nous éloignons si souvent de cette maison, mais il est toujours possible d’y revenir.

 

+Pierbattista