Méditation de S.B. le Patriarche Pizzaballa : I Dimanche de l'Avent, année A

Par: Pierbattista Pizzaballa - Publié le: November 24 Thu, 2022

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27 novembre 2022

I Dimanche de l’Avent, année A

Mt 24, 37-44

 

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle année liturgique, pendant laquelle nous serons accompagnés par la lecture de l’Evangile de Matthieu.

En ce premier dimanche de l’Avent, le passage de l’Evangile (Mt 24, 37-44) est tiré du chapitre 24 qui, avec le chapitre 25, rapporte le dernier des cinq discours que l’évangéliste recueille dans son récit.

Il s’agit du discours « eschatologique » : face aux événements dramatiques qui s’annoncent, Jésus met en garde ses disciples pour qu’ils soient vigilants et sachent traverser l’histoire sans s’accrocher à quoi que ce soit, si ce n’est à la certitude du retour du Seigneur.

Il est en effet certain que le Seigneur reviendra,  mais il est également certain que personne ne peut connaître les temps : le passage d’aujourd’hui est précédé d’un verset (Mt 24,36), dans lequel Jésus affirme que personne ne connaît l’heure de l’accomplissement de l’histoire, sinon le Père. La même idée conclut le passage (Mt 24, 44), formant une inclusion et offrant ainsi la clé de l’interprétation : le Fils de l’homme va venir, mais d’une manière et à un moment que personne ne connaît ; et pour cela nous devons être préparés à sa venue, à tout moment.

L’important n’est donc pas de connaître les temps, mais plutôt d’être vigilants, de savoir attendre.

Au lieu de cela, il semble que le grand risque soit celui d’oublier cette vérité.

Jésus donne l’exemple en repensant et en relisant l’événement du déluge. Les contemporains de Noé sont décrits en train de faire les choses normales de la vie : manger, boire, se marier (Mt 24,38). Ils ne font rien de mal, évidemment, mais ils ne font que cela. Ils sont tous en train de faire ces choses comme si la vie n’était que cela, comme s’il n’y avait rien d’autre, alors ils ne réalisent pas (Mt 24,39) qu’au contraire, quelque chose d’autre est en train de se passer.

Il en est ainsi pour le retour du Seigneur (Mt 24,39).

Et là, Jésus est encore plus explicite, quand il dit que deux hommes seront dans un champ, et l’un sera pris et l’autre laissé ; deux femmes seront au moulin en train de moudre, l’une sera prise et l’autre laissée (Mt 24,40-41). C’est une façon de dire qu’ils faisaient exactement la même chose, pas des choses différentes ou des choses qui pourraient justifier un jugement différent. Ce n’est pas que l’un était en train de faire une mauvaise chose, ni même pire que l’autre.

Mais l’un d’eux est laissé là, parce que pour lui il n’y avait que ça, la vie s’est terminée là, il ne connaissait rien d’autre, il n’attendait rien d’autre que ce qu’il vivait.

Alors oui, il s’agit vraiment de faire les mêmes choses, les choses normales de la vie, rien de plus. Mais, évidemment, de les faire différemment. Il s’agit de les faire en sachant qu’elles ne sont pas tout, qu’elles ne dévorent pas la vie, qu’elles ne ferment pas l’horizon ; ainsi, quand le Seigneur vient, on peut aussi les délaisser, parce qu’elles ne sont pas toute notre vie.

Il s’agit de vivre les choses normales de la vie en les considérant comme le lieu où le Seigneur vient, où il se manifeste, où on peut le rencontrer.

Ce sont toutes de bonnes choses, les choses de la vie. Mais si elles forment l’essentiel de notre vie, si rien d’autre n’est attendu, ces mêmes choses deviennent notre ruine. S’il ne manque rien à ce que nous faisons, si nous sommes convaincus qu’il suffit de les faire et peut-être de bien le faire, ces mêmes choses sont notre mort.

L’Evangile d’aujourd’hui nous met aussi en garde contre l’excès inverse, quand il dit que le Seigneur va venir, tel un voleur dans une maison, sans aucun préavis (Mt 24:43). Pourquoi ne nous prévient-il pas ? Ne serait-ce pas mieux, ne nous aiderait-il pas à être plus prêts ?

En réalité, si nous savions quand le Seigneur viendra, nous cesserions de faire les choses que nous faisons tous les jours, pour L’attendre. Nous pourrions tomber dans l’erreur en pensant qu’être prêt signifie cesser de faire les choses dont nous avons parlé, celles d’une vie normale : manger, boire, travailler, se marier… Au lieu de cela, le Seigneur vient justement là, il se manifeste dans l’ordinaire, dans la normalité, dans la fatigue de chaque jour.

L’Avent commence donc : un temps où il ne faut rien faire de plus que ce que nous faisons déjà, mais rien de moins non plus. Nous ne devons pas cesser de faire les choses de la vie, pour attendre le Seigneur, mais simplement les vivre comme le lieu de sa venue, le lieu de notre rencontre avec Lui.

+ Pierbattista