Méditation de S.B. le Patriarche Pizzaballa : Solennité de l’Immaculée Conception

Par: Pierbattista Pizzaballa - Publié le: December 05 Mon, 2022

Méditation de S.B. le Patriarche Pizzaballa : Solennité de l’Immaculée Conception Available in the following languages:

8 décembre 2022

Solennité de l’Immaculée Conception

 Lc 1,26-38

 

Un mot-clé de l’Évangile de l’Annonciation (Lc 1,26-38), que nous lisons en cette fête de l’Immaculée Conception, est le mot « grâce ».

Nous le trouvons pour la première fois au verset 28, quand l’ange appelle Marie « pleine de grâce ».

Et il ne le fait pas parce qu’il ne connaît pas son nom : tout de suite après, il l’appelle par son nom, Marie. Mais ici, dans ses premiers mots, il semble presque que le nom de Marie soit justement cela : « pleine de grâce ».

Et nous le retrouvons au verset 30 : « Ne crains pas, Marie, parce que tu as trouvé grâce à Dieu ».

Marie est une femme touchée par la grâce du Seigneur ; elle n’a pas d’autres prérogatives, d’autres capacités ou possibilités, ni titres ou mérites. En effet, tout en elle est sous le signe de la précarité et de l’impuissance : c’est une femme, d’un village inconnu et périphérique, et elle n’est pas même pas mariée.

En réalité, dans l’histoire du salut, tout événement d’élection est toujours allé dans cette direction : celui qui a été choisi pour servir le peuple élu, ne l’a pas été en vertu d’une qualité ou d’un don particulier, mais au contraire, précisément en raison de l’absence de mérite ; il en a toujours été ainsi, par la grâce seule.

Nous pouvons dire alors que, entrant dans le monde pour commencer l’étape nouvelle et définitive de l’histoire du salut, Dieu repositionne les fondations, remet en place des bases solides. Et celles-ci reposent sur une seule, sa seule grâce.

La grâce crée d’abord la confusion et des interrogations, nous remplit de questions et nous donne le vertige (Lc 1, 29 : « À cette parole, elle fut toute bouleversée,

et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. »).

Marie n’entre pas dans l’histoire comme une personne qui connaît son affaire, convaincue de pouvoir répondre à la demande. Elle entre dans l’histoire comme quelqu’un qui est conscient que l’élection est toujours quelque chose de disproportionné, d’excessif, d’impossible pour l’homme seul, quelque chose qui va au-delà de notre mesure. C’est pourquoi la grâce inquiète, et exige toujours de ceux qui la reçoivent un exode, un passage.  La grâce surprend toujours.

De plus, la grâce divine collabore : elle ne fait pas tout par elle-même, elle ne se remplace pas, elle ne se limite pas à donner des ordres. Elle choisit la voie du dialogue, parce que la grâce se fie et se fait confiance. Au fond, la grâce est quelque chose d’extrêmement fragile, parce qu’elle accepte de s’abandonner à l’acceptation de l’autre, elle accepte de dépendre du « oui » de la jeune femme de Nazareth.

La grâce rend donc l’homme capable de générer quelque chose d’éternel. L’ange le répète plusieurs fois, lorsqu’il dit que ce qui va arriver en Marie sera quelque chose de grand, quelque chose qui n’aura pas de fin (Lc 1,32 : « Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père »).

Enfin, la grâce suscite un désir. Elle ne contraint, n’impose ou ne force personne, mais elle ne laisse pas non plus la liberté de rester enfermé dans les petites mesures de son propre moi. Elle suscite un désir infini. La réponse de Marie exprime d’une manière particulière ce désir qui s’est immédiatement épanoui en elle : « que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Elle utilise un temps verbal rare, que nous sommes incapables de traduire dans nos langues et qui exprime clairement sa participation, son désir que tout cela se produise.

Elle éveille ce désir face auquel tout autre désir pâlit et disparaît, et quand quelqu’un trouve ce désir en lui, il ne peut plus reculer, il ne peut qu’obéir à ce qui est dans son cœur.

C’est exactement ce que Jésus fera : Il tendra librement la main à de nombreuses personnes perdues, et il éveillera ce désir capable de transformer la vie.

Nous avons commencé par le mot « grâce », nous terminons à présent par le mot « désir ».

Eh bien, nous pourrions dire que les piliers de la nouvelle vie, qui commence avec cet événement mystérieux dans la ville reculée de Nazareth, sont précisément ces deux mots. D’un côté, Dieu, avec son amour gratuit et préventif. D’autre part, l’homme, éveillé par la grâce à une capacité nouvelle et plus profonde de désir, d’attente, de réponse, de don.

+ Pierbattista