Méditation de S.B. le Patriarche Pizzaballa: XVIII Dimanche du temps ordinaire, année C

Par: Pierbattista Pizzaballa - Publié le: July 28 Thu, 2022

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31 juillet 2022

XVIII Dimanche du temps ordinaire, année C

Lc 12,13-21

Dans le passage évangélique d’aujourd’hui (Lc 12,13-21), un homme s’approche de Jésus pour lui demander d’agir comme médiateur avec son frère, afin que l’héritage paternel soit partagé équitablement.

Quand il lui répond, Jésus déplace son attention et va plus loin, il va à l’essentiel : le problème de la relation entre les deux frères ne sera pas résolu lorsque l’héritage sera divisé équitablement, mais lorsque le cœur de chacun sera libre du besoin de posséder, et de posséder toujours plus. Sinon, la relation sera toujours menacée par l’avidité et la cupidité, qui n’est jamais satisfaite, qui n’en a jamais assez.

Il ne s’agit pas d’un enseignement moral à être pauvre, détaché, de donner aux autres, de s’entendre, d’être bon. Il s’agit d’une question de sens, de compréhension de ce qu’est la vie, de ce qu’est la vraie richesse, de ce qui donne la sécurité : on peut tout avoir, mais ce n’est pas pour cela que l’on possède la vie : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. » (Lc 12, 15).

Pour dire cela, Jésus utilise une parabole, et la raconte à la foule qui l’entoure, et pas seulement à celui qui l’a interpellé. Il fait cela parce qu’évidemment, c’est un problème qui ne concerne pas une seule personne : c’est celui de chacun d’entre nous.

Il y a un homme riche qui, en plus d’être riche, a aussi la chance d’avoir une moisson abondante.

C’est aussi un homme habile et astucieux : il se demande ce qu’il faut faire pour préserver cette richesse.

Et il fait ce que, probablement, nous aurions fait aussi : il construit des espaces pour tout rassembler, il y accumule tout ce qu’il a, dans le but de profiter de ses biens.

Pour Jésus, cet homme est insensé : pourquoi ?

Dans le Psaume responsorial, il y a une description de l’homme sage :

« Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse » (Ps 90, 12) ;

L’homme insensé compte ses biens et ses richesses, tandis que le sage est celui qui compte ses jours, c’est-à-dire qu’il est conscient que ses jours sont limités, que la vie est vanité. Est sage celui qui connaît les limites, la petitesse, sa faiblesse.

Celui qui compte ses biens, mais ne compte pas ses jours, est un insensé, comme le riche dans la parabole, qui, après avoir accumulé tant de richesses, croit s’être affranchi des limites, et avoir chassé la mort : « Alors je me dirai à moi-même : ‘Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence’. » (Lc 12, 19).

Mais, évidemment, ce n’est pas le cas : la mort ne disparaît pas, la mort se vainc.

Au contraire, ceux qui accumulent avec l’illusion de l’éloigner s’en approchent : l’homme dans la parabole en a déjà fini avec sa vie, il ne parle qu’à lui-même, tire ses rames dans le bateau, n’investit plus rien. Pour lui, le temps s’arrête, il n’est plus un homme en chemin.

De plus, il n’est pas nécessaire d’accumuler : cela vient en effet parfois tout seul.

Jésus, quelques lignes plus loin, devient paradoxal, quand, au v. 33, il dit de donner, de vendre tout ce qu’on a pour le donner ensuite en aumône, afin de trouver la vraie richesse : c’est l’espace de la confiance et du don, le lieu de la vraie richesse, qui rend la vie éternelle.

Tout l’Evangile est traversé par deux mouvements : le mouvement de ceux qui gardent pour eux-mêmes (le mauvais riche, le jeune homme riche, Juda…), et c’est toujours un mouvement de mort. Et le mouvement de ceux qui donnent sans calculer (la pauvre veuve, la pécheresse pardonnée, Zachée…), qui est toujours un mouvement de vie.

Mais le premier à entrer dans ce mouvement, c’est Jésus lui-même : il est le riche qui se fait pauvre, qui s’anéantit (Ph 2), pour donner tout ce qu’il a. Ce mouvement d’anéantissement est suivi de la gloire d’un nom éternel, le nom du « seigneur » qui a vaincu la mort.

C’est là qu’est recomposée la vraie fraternité : non pas la fraternité qui se contente de la justice, pour partager équitablement ses biens, comme l’aurait voulu l’homme qui se tourne vers Jésus ; mais la fraternité qui fait du don gratuit le chemin vers une vie éternelle, donnée à tous.

+ Pierbattista