Méditation de S.B. le Patriarche Pizzaballa: XX Dimanche du temps ordinaire, année C

Par: Pierbattista Pizzaballa - Publié le: August 11 Thu, 2022

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14 août 2022

XX Dimanche du Temps Ordinaire, année C

Luc 12,49-53

Dimanche dernier, Jésus nous a parlé des richesses et des biens, et il nous a dit que le cœur d’un homme est là où il a son trésor.

Aujourd’hui, il semble changer de discours, et parle de lui-même, de sa mission : il dit qu’il est venu apporter le feu sur la terre (Lc 12,49), et qu’il est impatient que sa mission soit accomplie. Comme pour dire que, au contraire, son cœur est là, son trésor est cette mission que le Père lui a confiée.

Mais que signifie cette expression, et pourquoi Jésus utilise-t-il cette image ?

Dans l’Ancien Testament, l’image du feu est utilisée pour dire la présence de Dieu au milieu des hommes. Dieu ne peut pas être vu, et par conséquent il devient présent et visible à travers certains symboles, comme le feu.

Pensons à Moïse, à son expérience du buisson ardent : Moïse voit un feu qui brûle sans se consumer, il s’approche et de ce buisson entend la voix de Dieu qui lui parle (Ex 3,2).

Mais pensons aussi à la sortie d’Israël du désert : le peuple en chemin était guidé par Dieu lui-même, qui marchait à sa tête. Et le peuple pouvait le voir comme une colonne de feu, pendant la nuit, et comme une nuée pendant le jour (Ex 13,21s).

Il y a d’autres très belles images qui décrivent l’œuvre de Dieu en nous, comme un feu que l’on ne peut éteindre. Pensons, par exemple, à l’expérience du prophète Jérémie : le prophète est fatigué, déçu, il voudrait oublier Dieu, mais il ne peut pas, parce que Dieu, en lui, est comme un feu, comme quelque chose auquel on ne peut pas résister, comme quelque chose qui brûle en lui (Jr 20,9).

Si l’image du feu indique la présence de Dieu, alors nous pouvons conclure qu’aujourd’hui Jésus dit qu’Il est venu pour amener Dieu parmi les hommes, pour être Sa présence sur terre.

Il est venu pour ne rien faire d’autre que cela, pour inaugurer le Royaume de Dieu, pour annuler la distance qui séparait l’homme de son Créateur.

Ce n’est pas une mission facile, et c’est pourquoi Jésus fait référence à sa Passion, qu’Il appelle « baptême », moment où Jésus sera plongé dans la mort : ce sera le moment décisif où le feu brillera dans toute sa splendeur.

En vérité, dans l’Ancien Testament, l’image du feu rappelle non seulement la présence de Dieu, mais aussi la purification, la décision et le jugement. La citation du prophète Malachie (3,2) est bien connue : « Qui pourra rester debout lorsqu’il se montrera ? Car il est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs ».

Jésus nous dit alors qu’il est bien sûr la présence de Dieu au milieu de nous, comme un feu, mais il est une présence devant laquelle, cependant, on doit prendre une décision, exprimer un jugement. La rencontre avec le feu, en effet, ne laisse pas les choses comme avant. Quand on fait entrer le Seigneur dans sa vie, tout est transformé. La rencontre avec le Seigneur ne peut que nous changer.

Nous pensons généralement que lorsque Dieu se fait connaître, tout va bien, qu’il résout tous les problèmes. En réalité, ce n’est pas le cas. Nous ne pouvons pas accueillir le Seigneur si nous ne consentons pas à son œuvre, qui est l’œuvre du feu qui purifie, qui brûle tous les attachements malades auxquels notre cœur est si attaché, toutes les fausses richesses et tous les faux trésors.

Quand le Seigneur vient, il purifie et divise, exactement comme fait le feu. Et les liens les plus chers et les plus intimes, les liens familiaux, sont aussi marqués. Là aussi, le feu travaille pour créer quelque chose de nouveau, où tout ce qui est ancien est amené à son accomplissement, à sa véritable signification. Même les liens familiaux, tribaux, nationaux… tous les liens, en somme, ont besoin d’être évangélisés, jugés, purifiés, sauvés par la présence de Jésus.

Comme il parle du feu, Jésus dit aussi quel est le feu qui brûle en Lui : lui aussi, comme Jérémie, a un feu qui brûle en lui, qui d’une certaine manière le consumera jusqu’à la fin, jusqu’à l’œuvre à laquelle Jésus ne se soustrait pas, et qui est l’amour du Père, sa volonté de bien pour chaque homme.

C’est le feu que Jésus est venu allumer.

+Pierbattista