Méditation de Mgr Pizzaballa : 5ème dimanche du Temps Ordinaire, année C 2022

Publié le: February 03 Thu, 2022

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Dimanche 6 février 2022

5ème dimanche du Temps Ordinaire, année C

Au début de l’évangile de ce jour (Lc 5,1-11), nous voyons Jésus s’approcher de deux barques sur la rive du lac de Tibériade. Une de ces barques, celle sur laquelle Jésus monte, appartient à Pierre. Et un peu plus loin, au verset 5, nous apprenons qu’avec ses compagnons ils ont travaillé toute la nuit sans rien prendre.

Ainsi Jésus s’approche et entre dans la vie de ce petit groupe d’hommes qui viennent de vivre une expérience d’échec et de frustration.

À la fin de cet épisode, nous retrouvons ce petit groupe. Et ils se trouvent de nouveau avec les mains vides. Or cette fois, ce n’est pas tant qu’ils n’auraient rien pris, mais bien au contraire, qu’ils se trouvent désormais face à une pêche trop abondante (Lc 5,6). Nous les trouvons donc avec des mains vides, non parce que leur travail aurait été infructueux, mais parce qu’ils ont abandonné tout ce qu’ils venaient de pêcher.

Nous les trouvons donc dans une situation qui, par certains aspects, est analogue à celle du début, et sous certains autres, complètement diverse.

Qu’est-il donc arrivé à ces hommes ?

Il me semble que Pierre et ses compagnons viennent de faire une expérience fondamentale : celle de faire confiance.

Ils n’avaient rien pris et étaient sur le point de s’en aller, fatigués et certainement un peu amers. Et pourtant ils acceptent de recommencer et d’essayer de nouveau, sans pour autant avoir la certitude qu’un élément nouveau leur garantirait la réussite que leurs efforts escomptaient. Ils ont choisi de faire confiance simplement à la parole de ce rabbi, ce maître (Lc 5,5), qui était en train d’enseigner là où ils se trouvaient. Jésus s’est fait proche d’eux et c’est là qu’il a transformé leur barque vide en un promontoire pour enseigner les gens.

Pierre et ses compagnons font l’expérience qu’il vaut la peine de s’abandonner dans la confiance à ce maître qui sait ce qu’il dit. La nouvelle pêche, en effet, est tellement fructueuse qu’une seule barque ne suffira pas pour ramener tous les poissons sur le rivage (Lc 5,7).

La réaction de Pierre est très importante. Il reconnaît qu’il vient d’arriver quelque chose d’exceptionnel, de miraculeux. Et ainsi il comprend qu’il a devant lui une personne spéciale, un prophète, un envoyé de Dieu. C’est pour cela qu’il prend ses distances.

Il fait ce que tout homme ferait devant Dieu qui s’approche. Il se sent indigne, il se reconnaît pécheur, il a peur. Il ne peut pas penser que le Seigneur lui-même puisse s’approcher de lui (Lc 5,8).

Mais c’est justement là que la transformation peut arriver. Car là où l’homme expérimente et reconnaît son propre éloignement de Dieu, sa propre indignité, alors là Il peut venir.

Jésus renverse la logique religieuse de séparation et d’éloignement selon laquelle les deux mondes, le sacré et le profane, restent distincts et éloignés l’un de l’autre. Il est justement venu pour abolir cette distance. C’est pour cela que non seulement il ne s’éloigne pas de Pierre pécheur, mais que justement, c’est bien parce que Pierre est un pécheur que Jésus s’approche de lui.

Et Pierre a confiance en cette parole de Jésus, comme il avait cru en celle qui l’invitait à retourner au labeur de la pêche. Il comprend en profondeur que cet acte de confiance sera pour toute sa vie, pour une vie pleine.

Celui qui, dans sa vie, a fait cette expérience est prêt à tous laisser et à devenir un évangéliste. Il a quelque chose à annoncer, quelque chose qu’il a vécu en premier dans sa chair. Il peut annoncer que Dieu s’est fait proche, qu’Il a aboli la distance, qu’Il est venu pour rencontrer tout homme pécheur.

De la même manière que Jésus est monté sur la barque vide de Pierre pour annoncer le salut à tous, Pierre et ses compagnons partirent de cet endroit pour partager aux hommes cette annonce du salut.

Alors on peut dire que Jésus s’approche de Pierre et de ses compagnons et que cela engendre chez eux une sorte de transformation. Ils passent d’un état d’échec à un état d’hommes libres, d’un état de personnes qui font quotidiennement l’expérience que les forces humaines ne suffisent pas pour avoir la vie, à un état de personnes qui ont rencontré la vraie vie. C’est pour cela qu’ils peuvent désormais tout laisser et demeurer avec le Seigneur.

Tous, personnes en état d’échec et hommes libres, ont les mains vides. Mais les seconds les ont car ils ont abandonné une logique de gain et de possession pour entrer dans une nouvelle optique, celle de la gratuité et du don.

Et nous pouvons aussi dire que, même si on ne sait pas très bien pourquoi, le meilleur moment pour connaître le Seigneur semble être celui de l’échec, de l’épreuve et des coups durs. C’est lorsque nos résistances et notre superbe tombent que le Seigneur peut alors s’approcher et nous dire que sa proximité est un don gratuit qui nous rejoint là où sa miséricorde peut nous être donnée.

+Pierbattista