Conférence sur la vie et l’œuvre du père Roland de Vaux par le P. Jean-Jacques Pérennès

Par: Florence Budry/lpj.org - Publié le: October 20 Wed, 2021

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JERUSALEM - Jeudi 14 octobre dernier, à 18h, au sein du couvent Saint Etienne des Pères Dominicains de Jérusalem avait lieu une des conférences bi-mensuelles de l’Ecole biblique et archéologique française (EBAF). Le P. Jean-Jacques Pérennès, son actuel directeur, dévoilait la première partie de la vie du père Roland de Vaux, lui aussi dominicain et ancien directeur de l’Ecole, sous le titre « comment devient-on Roland de Vaux ».

Le P. Pérennès consacrera son prochain ouvrage au père Roland de Vaux alors qu’il est déjà l’auteur de quatre magnifiques biographies, toutes dédiées à des religieux catholiques vivant leur mission et leur sacerdoce en pays à majorité musulmane.

Pouvant consacrer des mois de recherches et d’études à l’écriture d’un chapitre, n’hésitant pas à aller lui-même jusqu’en Afghanistan recueillir les témoignages nécessaires, le P. Pérennès partage avec nous les quêtes scientifiques mais aussi spirituelles de ces vies extraordinaires données avec succès.

Homme d’église béatifié, islamologue, ethnographe, archéologue, orientaliste, chacun avait un charisme particulier qu’il a exercé à sa manière dans un univers culturel et géographique différent au sein du monde arabo-musulman. 

Roland de Vaux nait en 1903 dans une famille parisienne aisée de grands serviteurs de l’Etat; il reçoit une éducation classique des plus solides avant d’être ordonné prêtre à l’âge de 26 ans et d'entrer au Noviciat. Sujet brillant il rejoint ensuite le Grand Couvent dominicain du Saulchoir en Belgique. Parmi 80 religieux étudiants eux-aussi il se distingue par une grande capacité de travail et très tôt, deux publications, une sur Averroès, une sur l’avicennisme latin, auraient pu faire de lui un médiéviste reconnu.

C’est finalement l’étude biblique et l’archéologie qui vont devenir ses domaines de prédilection suite à son envoi en Terre Sainte à l’Ecole biblique de Jérusalem en 1933. Les Pères dominicains fondateurs de l’Ecole, explorateurs et pionniers de l’archéologie, vieillissent : il est important de former une nouvelle génération dont le père de Vaux sera la figure emblématique.

Méticuleux, acharné au travail, polyvalent, assoiffé de découvertes et de connaissances, il n’aura finalement de cesse de ressembler au père Lagrange, qu’il admirait tant pour cette capacité à être un « érudit complet ».

Poursuivant selon ses mots « une grande ambition humble », il se place dans la continuité de la vocation des pionniers de l’Ecole biblique qu’il est venu rejoindre et dont il a toute la confiance : confronter les textes bibliques avec la réalité historique et archéologique de la Terre Sainte, ce qu’il fera dès 1946 dans une série d’articles remarquables sur Les Patriarches hébreux et les découvertes modernes, anticipant la grande Histoire ancienne d’Israël, publiée à la fin de sa vie.

Participant aux nombreuses campagnes de fouilles dirigées par l’Ecole biblique, il dispense également des cours d’Histoire ancienne d’Israël (en changeant de thème chaque année, il ne donnera jamais le même cours) ainsi qu’un cours d’archéologie sur les institutions de l’Ancien Testament et des cours de langue assyro-babylonienne, tout en contribuant au lancement et à la réalisation de la Bible de Jérusalem.

Alors qu’il prend de plus en plus de responsabilités au sein de l’Ecole, le contexte politique change, enterrant à jamais l’âge d’or de l’archéologie orientale menée sur un territoire unifié par l’Empire ottoman. La Seconde guerre mondiale et ses conséquences vont bouleverser la vie de l’Ecole en même temps que toute la région. En outre, à partir de 1947, la découverte des rouleaux de la Mer morte à Qumrân, tout en lui apportant une notoriété mondiale, sera un fardeau lourd à porter.

Jusqu’à son décès à l’âge de 68 ans, le père de Vaux devra s’adapter à une réalité chaque jour différente, accomplissant des tâches administratives et matérielles lourdes, parfois au beau milieu des nombreux conflits armés qui jalonneront son mandat, sans cesser ses recherches de savant reconnu universellement, tout en restant un religieux très simple, amical, assistant aux offices parmi ses frères. 

Sa ténacité à maintenir le fonctionnement de l’Ecole et son niveau d’excellence malgré des contextes politiques et sécuritaires très troublés paie encore aujourd’hui puisque l’EBAF continue en 2021 à accueillir de jeunes générations de frères, eux aussi considérés comme de grands spécialistes en exégèse, archéologie et orientalisme (langues anciennes, épigraphie).

Dans le contexte particulier de la Terre Sainte, les travaux archéologiques de l’EBAF se poursuivent dans le Nord de la Jordanie (mise au jour d’églises byzantines), mais aussi avec la publication et la préservation des fouilles du monastère Saint Hilarion de Gaza dont le classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO est espéré prochainement.

Accueil d’étudiants, publications, conférences, visites du samedi, animation de groupes bibliques, l’esprit du père de Vaux et de ses prédécesseurs est bien présent parmi les pères dominicains d’aujourd’hui qui ne pensent qu’à partager auprès du grand public, une érudition acquise au prix de tant d’efforts personnels.

La prochaine conférence du Jeudi à l’Ecole biblique sera donnée le 28 octobre par le P. Emile Puech, épigraphiste, directeur de recherches du CNRS / EBAF et consacrée au plus mystérieux des épisodes des fouilles de Qumrân, la découverte du rouleau de cuivre.

Toutes les conférences sont enregistrées et accessibles ici.


Biographies rédigées par le P. JJ Pérennès et déjà parues :

  1. Pierre Claverie, un Algérien par alliance, Paris, Le Cerf, 2000, 391 pages, traduit en italien (Citta nuova) ; arabe (Paulistes, Beyrouth), anglais (Orbis book), allemand (Benno Verlag) et tchèque (Ed. Crystal) ; version résumée en espagnol (Editirial San Esteban)
  2. Georges Anawati, un chrétien égyptien devant le mystère de l’islam, Paris, le Cerf, 2008, 367p., traduit en allemand (Herder)
  3. Le père Antonin Jaussen, op (1871-1962), une passion pour l’Orient musulman, Paris, Le Cerf, 2012, 144 p.
  4. Passion Kaboul, le père Serge de Beaurecueil, Paris, Le Cerf, 2014, 362 p.