Des familles de Gaza autorisées à sortir pour Noël

Par: Cécile Leca/ lpj.org - Publié le: December 17 Fri, 2021

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JERUSALEM – À l’occasion des célébrations de Noël, des familles de Gaza ont été autorisées à sortir pour une période de quatre jours.

C’est une occasion unique – ou presque. Jeudi 9 décembre, plusieurs familles de Gaza ont pu quitter le territoire régi par le Hamas afin de découvrir Jérusalem et ses alentours. C’est grâce à l’Institut Français de Gaza que cette initiative a pu aboutir : chaque année, à Noël et lors de la fête nationale française du 14 juillet, certains de leurs employés Gazaouis peuvent faire une demande d’autorisation de sortie provisoire pour eux-mêmes et leurs familles.

Parmi ces agents et leurs proches, il n’y a aucun non-musulman. Tous fêtent néanmoins Noël avec autant d’enthousiasme que les chrétiens, car pour eux, il s’agit d’une période qui s’accompagne d’un vent de liberté et d’espoir. « Noël, c’est l’occasion pour nous de sortir de Gaza, » explique Jannat Mussabeh, mère de famille et agent administratif à l’Institut. Si sa langue maternelle est l’arabe, elle s’exprime dans un français impeccable. « On vient à Jérusalem pour participer à la fête de Noël du consulat. Les enfants y rencontrent le Père Noël et reçoivent des cadeaux. C’est vraiment super pour eux. »

Il faut pourtant faire de nombreuses démarches très chronophages pour pouvoir obtenir cette fameuse autorisation de sortie, et évidemment, la pandémie ne facilite en rien les choses. 

« En 2020, on n’a pas pu sortir du tout à cause du COVID-19, donc les enfants ont reçu leurs cadeaux directement à Gaza, » raconte Jannat. « Je devais d’ailleurs aller en France pour la première fois de ma vie à l’occasion d’une formation, mais la pandémie a mis un terme à tout ça. »

Un des jeunes enfants ayant pu sortir de Gaza cette année.

En règle générale, les Gazaouis qui travaillent dans les affaires, les ambassades ou les ONG sont les seuls ayant la possibilité de sortir provisoirement du territoire. Des autorisations spéciales peuvent toutefois être accordées pour les malades qui doivent se faire soigner ailleurs. 

Ici, loin de Gaza, la vie paraît incroyable pour les enfants des familles, qui découvrent les merveilles de la Vieille ville et de Jérusalem. Chez eux, la vie est rythmée par les coupures d’eau et d’électricité, souvent longues d’une vingtaine d’heures. « On achète notre eau potable et on la stocke dans des citernes, parce que de toute façon, on ne peut pas boire l’eau du robinet. Et pour le reste – la cuisine, la vaisselle, le linge – on s’organise. » Parfois, il y a aussi des pénuries de vivres à cause des blocus. « Une année, le plus beau cadeau de Noël qu’on a reçu, c’étaient des bouteilles de coca et du chocolat. Il n’y avait plus rien dans les supérettes, » se rappelle Jannat en souriant.

Vers 19h, les familles qui ont pu quitter Ramallah arrivent à la Maison d’Abraham. Une maman et ses enfants se sont fait voler leurs bagages pendant le trajet. Ils n’ont plus rien, et pourtant, ils affichent un grand sourire. Devant l’étonnement général, la jeune femme dit quelque chose en arabe, et Jannat traduit : « J’ai beaucoup pleuré quand c’est arrivé, mais c’est bon, mes larmes ont séché ». Sa bonne humeur malgré la situation est impressionnante.

Les familles savourant un dîner bien mérité à la Maison d'Abraham.

Demain, tout le groupe ira fêter Noël au consulat de France avec leurs enfants. L’occasion de partager un moment de joie et de fête, qui symbolise pour eux l’union et le partage, et ce peu importe la religion à laquelle ils adhèrent. Pour ces familles de Gaza, samedi 11 décembre, Noël sera la fête de tous.