Entretien avec le P. Gabriel Romanelli, curé de Gaza

Par: Cécile Leca/ lpj.org - Publié le: June 27 Mon, 2022

Entretien avec le P. Gabriel Romanelli, curé de Gaza Available in the following languages:

GAZA – Depuis trois ans, le P. Gabriel Romanelli, IVE, sert la paroisse latine de la Sainte Famille, située en plein cœur de la bande de Gaza. Rencontre.

  • Pouvez-vous nous décrire un peu votre parcours ? Depuis combien de temps êtes-vous ici à Gaza ? 

Depuis trois ans. Mais je suis au Moyen-Orient depuis plus de 27 ans : après avoir rejoint l’Institut du Verbe Incarné[1] en 1988, j’ai été ordonné diacre en Egypte en 1996, puis j’ai passé quatre ans en Jordanie comme vicaire. J’ai ensuite fait une licence de philosophie à Rome afin de rejoindre le Patriarcat latin en tant que professeur au séminaire et chez les Franciscains. Pendant quatorze ans, j’y ai enseigné la philosophie en parallèle d’autres missions pour ma congrégation : nous avons notamment ouvert une maison pour les enfants handicapés à Bethléem. En 2005, j’ai commencé à participer à l’aide fournie à Gaza. J’ai aussi été supérieur provincial pour le Moyen-Orient et l’Afrique, avant d’être nommé curé de Gaza en 2019.

  • Concrètement, qu'est-ce qui change ici par rapport aux autres territoires dont vous vous êtes occupé ? 

Comme la communauté chrétienne de Gaza est toute petite (1077 chrétiens dont 133 catholiques latins sur 2 300 000 personnes[2]), et que les déplacements y sont difficiles, l’engagement des paroissiens est très fort. La participation aux activités multiples que nous proposons – camps d’été, journées pour les familles, temps d’adoration, formations spirituelles, scouts… – est énorme. Bien sûr, c’est une tendance que l’on retrouve un peu partout au Moyen-Orient, car l’Eglise fait office de centre non seulement spirituel mais aussi social. A Gaza, c’est néanmoins particulièrement flagrant. Ainsi, à Pâques, 87 % des fidèles catholiques ont participé à tous le Triduum Pascal… plus 250 orthodoxes ! Comme nous vivons sur un territoire musulman, notre communauté se serre les coudes, participe, et fait preuve d’une solidarité que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.

  • Quand est-il de la situation politique et économique du territoire ?

C’est un aspect que nous devons prendre en compte en tant que paroisse. Le taux de chômage de la bande de Gaza est très élevé : entre 50 et 70 % des jeunes n’ont pas d’emploi, et la plupart de la population vit dans la pauvreté. Nous avons donc mis en place plusieurs initiatives pour faire face à ces situations : centre de formation Saint Thomas d’Aquin pour les chrétiens, formations universitaires, groupe Saint Antoine pour fournir une aide matérielle aux familles, aide aux enfants handicapés… Sans parler des trois écoles catholiques de Gaza, qui emploient une centaine de professeurs. Notre paroisse n’agit donc pas seulement sur le plan spirituel et social, mais également sur le plan éducatif, sanitaire et matériel.

  • Comment avez-vous vécu la crise du COVID ?

En 2020, la bande de Gaza a recensé plus de 60 000 cas de COVID. L’Eglise a agi pour environ 60 % de ces cas. Tout en respectant les consignes sanitaires des autorités, nous avons pu maintenir la paroisse ouverte, organiser des groupes d’intervention véhiculés, mettre en place des initiatives de solidarité et d’agissements sanitaires. Bien que la période était compliquée et parfois difficile, c’était aussi un moment de partage et de soutien extraordinaire.

  • J'ai entendu parler d'un jeune séminariste originaire de Gaza. Vous pouvez nous en dire plus ?

Il s’appelle Abdallah Nasser Jildeh. D’origine grec-orthodoxe, il était – comme beaucoup – très actif ici dans notre paroisse. Il a pendant un temps dirigé notre groupe de servants d’autel, avant de manifester le désir d’être consacré dans l’Eglise catholique. Après y avoir fait son entrée formelle, il est devenu postulant, puis novice. Malheureusement, il n’a pas pu obtenir tout de suite un permis pour sortir de Gaza ; il a donc fait son noviciat ici, dans notre paroisse, avant de prononcer ses vœux au sein de la communauté du Verbe Incarné. C’est finalement grâce au Patriarcat latin qu’il a pu avoir un laisser-passer lui permettant d’aller de Eretz jusqu’à la frontière jordanienne. De là-bas, il a pu partir à Rome et commencer ses études. Son désir est de devenir prêtre missionnaire ; il a exprimé le vœu de « devenir un défenseur de la vie », d’amener le Christ au monde entier.  


[1] Congrégation missionnaire née en Argentine en 1984, dont le charisme est l’évangélisation des cultures à travers la spiritualité de l’incarnation.

[2] Selon les dernières statistiques.