La force de l’Église à Gaza : faire vivre l’espérance au milieu du chaos

Publié le: July 20 Fri, 2018

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GAZA – La situation dans la bande de Gaza a empiré depuis le début de la « Grande Marche du Retour » et les affrontements à la frontière ont fait plus de 120 morts et blessé des milliers de Palestiniens. M. Sami El-Yousef, Administrateur général du Patriarcat latin, revient tout juste d’une de ses visites bimestrielles là-bas. Il met en lumière le rôle de l’Église dans ce marasme et nous donne des raisons d’espérer.

Une situation de crise humanitaire

« Les petites choses que l’on tient pour acquises prennent ici l’allure de véritables défis », c’est ainsi que M. El-Yousef décrit le quotidien des Gazaouis et se dit frappé par la dégradation de la situation humanitaire depuis sa dernière visite. Il n’y a que trois heures d’électricité par jour, seulement 5% des maisons ont accès à l’eau courante. Il faut parfois attendre une demi-heure que la pompe à eau soit alimentée en électricité pour se rincer les cheveux. Quant à regarder un match de foot d’une traite, il s’agit d’une utopie. La situation hygiénique est catastrophique et les traces des bombardements israéliens de l’été 2014 sont toujours présentes : nombreuses sont les infrastructures à ne pas avoir été reconstruites.

Depuis quelque temps, la situation s’est aggravée. Les habitants n’ont plus d’argent car ni l’Autorité palestinienne ni le Hamas ne paient plus les salaires – ou en partie et en retard – par manque de liquidités. Les hôpitaux comme le Al Ahli Arab Hospital sont dépassés, débordés par la répression armée des manifestations à la frontière : plus de mille Palestiniens ont été amputés depuis le début de la « Grande Marche du Retour ». Les Israéliens renforcent le blocus, interdisant l’entrée de nouvelles marchandises. Face à cette situation désespérée, les tensions croissent vite – l’insécurité aussi. En effet, l’absence de projection politique et sociale dans l’avenir conduit à la montée des tensions. De quoi sera fait l’avenir ? D’une guerre brutale, de la poursuite du blocus, d’une dégradation de la situation à petit feu ? Le chômage continue aussi à grimper. Touchant 55% des actifs dans la bande et 70% des jeunes, c’est un véritable fléau social qui empêche les jeunes de construire leur vie et de fonder une famille qu’il faudra nourrir. Les chrétiens, qui souffrent tout autant de la situation économique et du blocus que leurs concitoyens musulmans, pâtissent aussi de ce fléau.

Jeune, chrétien, gazaoui : quand on cumule

S’il y a de moins en moins de chrétiens à Gaza – mille seulement dont 138 latins, nombreux sont les jeunes chrétiens résolus à rester auprès de leur famille, sur leur terre. Pour eux, la priorité est une stabilité et un développement économiques.  Diplômés, voire surdiplômés, de prestigieuses universités pour la plupart, ils peinent à trouver du travail dans leur domaine – le chômage croissant est la répercussion directe du blocus. Si de nombreuses bourses ont permis l’avènement d’une classe d’âge jeune, éduquée, diplômée, après être sortis de l’université, 90% des jeunes ne trouvent pas de premier emploi. Leur condition de chrétien ne les aide guère, bien au contraire.

Voilà pourquoi l’Église a décidé de s’attaquer au problème du chômage. Aux grands maux les grands remèdes. Le Patriarcat latin de Jérusalem met en place à l’automne prochain un programme d’embauche et de formation pour vingt jeunes chrétiens. Il s’agit de leur permettre d’exercer leur activité, revenu à la clé, et tous les bénéfices sociaux qui s’y ajoutent. L’objectif est de faire embaucher ces jeunes dans des organisations ou des entreprises à des postes qui correspondent à leur qualification. Aussi un commercial sera-t-il engagé par la Banque de Palestine, un enseignant dans une école, etc. Leur salaire est versé par le Patriarcat latin pendant un an. Au terme de cette année, les jeunes disposent de compétences nouvelles et d’une expérience professionnelle, ce qui accroît leurs chances d’embauche. Financé par les chevaliers allemands du Saint-Sépulcre, le programme peut être reconduit selon les fonds disponibles.

Si un programme similaire, financé par la Mission pontificale et administré par le Patriarcat latin, avait été mis en œuvre l’année dernière pour seize jeunes – avec succès –, ce nouveau projet diffère en ce qu’il s’aligne sur les besoins, les compétences et les aspirations des jeunes et non plus sur la dynamisation des organisations chrétiennes. Il élargit l’offre à l’ensemble des secteurs privés ou non-gouvernementaux comme les hôpitaux, les banques, les usines, etc. Parmi les conditions requises, chaque jeune doit fournir une heure de travail bénévole pour l’Eglise afin de les encourager à s’engager localement dans les paroisses. Quant aux entreprises, elles s’impliquent en payant les transports des jeunes et peuvent choisir de les embaucher à leurs frais au bout d’un an.

Toujours pour combattre la plaie qu’est le chômage, le père Mario da Silva, curé de la paroisse latine, va ouvrir un Centre culturel chrétien pour les jeunes afin de les aider à gagner confiance en eux, à acquérir de nouvelles compétences pour entrer plus sereinement sur le marché du travail. Au programme : cours d’anglais, informatique, communication mais aussi leadership et gestion d’une équipe. Ce programme permet de redonner les rênes de leur avenir aux jeunes, futur de la société.

Lueurs d’espoir dans le marasme

La présence chrétienne adoucit quelque peu cette amère réalité. Quoique les chrétiens soient nombreux à émigrer, la présence des institutions demeure. Il y a cinq écoles chrétiennes dans la bande de Gaza dont trois catholiques, qui accueillent trois mille élèves dont cent soixante-dix chrétiens. Les Missionnaires de la Charité (les sœurs de Mère Theresa) œuvrent au quotidien pour les plus faibles, notamment les personnes handicapées. Le Patriarcat latin continue à construire pour rendre l’avenir possible. Dans l’école latine de la Sainte Famille, la cour intérieure et le terrain de jeu sont rénovés, la construction d’un préau pour ombrager la cour est en prévision. Les Missionnaires de la Charité ont construit un nouveau bâtiment pour accueillir des personnes âgées et les sœurs du Rosaire agrandissent aussi leurs locaux.

La paroisse latine est également en proie à un bouillonnement d’activités. Après avoir mené à bien un camp d’été de deux cents jeunes, l’infatigable père Mario da Silva organise chaque après-midi des sessions pour chaque classe d’âge : étude de la Bible, rencontre des jeunes, pratique du sport. Cette présence chrétienne est appréciée et sa valeur reconnue – comme lors de la guerre de 2014 où les églises avaient accueilli des personnes en danger dans le locaux. Elle contribue à encourager la résilience (soumoud) qui caractérise les Palestiniens. Les chrétiens sont alors en vérité « le sel de la terre ».

Vinciane J.