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« Ô Bethléem ! Tu es devenue une ville fantôme »

Par: Saher Kawas / LPJ - Publié le: March 09 Mon, 2020

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BETHLEEM - Le 5 mars, le président palestinien Mahmoud Abbas a décrété l'état d'urgence dans la ville de Bethléem pour 30 jours, une procédure qui a été mise en place pour lutter contre la propagation du nouveau Coronavirus. La ville a également été placée sous embargo par Israël, qui a empêché les Palestiniens d'en sortir et d'y entrer, pour les mêmes motifs.

Il est 10h30 ce samedi 7 mars dans la vieille ville de Bethléem. Quiconque a eu la chance d’y vivre un certain temps sait que le samedi est le jour le plus achalandé de la semaine sur le marché de la Ville sainte. Un samedi ordinaire, des centaines de marchands et de fermiers des villages voisins se rendent à Bethléem pour vendre leurs marchandises et leurs produits frais. En ce jour de la semaine, pour se frayer un chemin dans le marché, il faut faire preuve de patience, car il est parfois impossible de se déplacer.

Pourtant, ce samedi 7 mars, la réalité était tout autre. Depuis l'annonce des cas de coronavirus à Bethléem et l'état d'urgence qui a été décrété, la panique s'est intensifiée de façon spectaculaire de sorte qu'elle semble désormais avoir eu le dernier mot.

"Le samedi (à Bethléem) était plutôt un jour de fête", a écrit l'auteur bethléémite Jabra Ibrahim Jabra dans son autobiographie de 1986 "le Premier Puit", "et les rues de la ville étaient bondées de gens venant acheter et vendre". Il poursuit : "Beaucoup de clients et de commerçants étaient des femmes... et leurs cris et leurs rires emplissaient l'air, ajoutant un rayonnement particulier à ce festival hebdomadaire". Le samedi était le jour de "l'épicier, du barbier, du blanchisseur, du ferblantier, du vendeur de halawa et du tanneur".

En me promenant dans les rues qui mènent au marché, j'ai pu rapidement constater qu'elles avaient été quasiment vidées de leurs habitants. "Ô Bethléem ! Tu es devenue une ville fantôme", se lamentait un commerçant. La plupart des magasins étaient fermés et ceux qui étaient ouverts étaient vides. Les quelques personnes qui marchaient dans les rues n’avaient qu’un seul sujet sur les lèvres, couvertes d’un masque : le nouveau Coronavirus.

Je me suis promené un peu dans le marché, je suis entré dans une quincaillerie et la première chose que j'ai vue, c'était des boîtes de désinfectant pour les mains sur le bureau du caissier. Je me suis promené un peu dans le magasin, curieux de savoir de quoi parlaient les autres clients et j'ai fini par acheter. Un client s'est enquis du prix des désinfectants pour les mains, tandis qu'un autre se demandait si le magasin vendait du liquide désinfectant pour les microbes.

Après avoir marché un moment, je suis arrivé à la Place de la Mangeoire et comme on pouvait s’y attendre, elle était déserte et il y régnait un calme inhabituel. Je me tenais devant l'église de la Nativité et de loin, j'ai vu sa « porte de l'humilité » fermée. Le décret de fermeture de l'église a pris effet il y a deux jours.

Il n'y avait pas non plus de touristes à l’horizon. Le décret du président palestinien stipule l'annulation de toutes les réservations effectuées par les touristes internationaux à Bethléem et la fermeture de toutes les zones touristiques et religieuses. Par ailleurs, le vendredi 6 mars, le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a annoncé de nouvelles précautions, dont l'une a étendu l'annulation des réservations à tous les hôtels palestiniens.

Vendredi, le Patriarcat latin de Jérusalem a également étendu ses nouvelles directives de précaution non seulement à "toutes les paroisses, églises, chapelles, maisons religieuses et tout autre lieu de culte dans le territoire de Bethléem, Beit Jala, Beit Sahour et Jéricho" mais à également à l'ensemble du territoire palestinien.

Le nombre de cas confirmés de Coronavirus a atteint samedi soir les 19 (et 20 aujourd’hui) dans le gouvernorat de Bethléem. Les premiers cas ont été découverts jeudi au Angel Hotel dans la ville de Beit Jala (gouvernorat de Bethléem), où 32 personnes sont actuellement en quarantaine. Plus tôt dans la journée, en signe de solidarité et pour remonter du moral des personnes en quarantaine à l'hôtel, un groupe de jeunes a livré de la nourriture, des boissons et des désinfectants à l'hôtel.

Samedi soir, la police palestinienne a fermé les portes d'un autre hôtel à Bethléem, où 15 personnes sont en quarantaine.

On peut facilement prévoir l'impact négatif de la situation actuelle sur la vie des habitants de Bethléem, dont la bouée de sauvetage est le secteur du tourisme.  Les personnes travaillant dans les hôtels, les agences de tourisme, ainsi que les guides touristiques, les employés des boutiques de souvenirs et des restaurants se retrouvent désormais au chômage.