Les Patriarches latins de Jérusalem - dix anecdotes sur Luigi Barlassina

Par: Cécile Leca/ lpj.org - Publié le: May 09 Mon, 2022

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JERUSALEM – Depuis le rétablissement du Patriarcat latin de Jérusalem en 1847, lors de la publication de la lettre Apostolique Nulla Celebrior du souverain pontife Pie IX, dix Patriarches se sont succédé à la tête de cette institution. De Giuseppe Valerga à l’actuel Patriarche du diocèse, Pierbattista Pizzaballa, en passant par Filippo Camassei et Michel Sabbah, tous ont apporté leur touche personnelle à cette Eglise catholique particulière qu’est le Patriarcat latin. Aujourd’hui, lpj.org vous propose de redécouvrir les premiers Patriarches en partageant dix anecdotes sur la vie de chacun d’entre eux.

V/ Mgr Luigi Barlassina – Patriarche de 1920 à 1947

Les dates clés :

  • 30 avril 1872 :  naissance à Turin
  • 22 décembre 1894 :  ordination sacerdotale à Turin reçue du cardinal Ricardi
  • 4 août 1918 :  élu évêque de Capharnaüm et auxiliaire du Patriarche de Jérusalem
  • 8 septembre 1918 : consacré évêque par le cardinal Pompili
  • 28 octobre 1918 : entrée à Jérusalem
  • 29 octobre 1918 :  nommé vicaire général
  • 16 décembre 1919 : nommé administrateur apostolique après le départ du Patriarche S.B. Mgr Camassei
  • 1919 :  fondation de la mission de Tulkarem
  • 8 mars 1920 :  élu Patriarche à 48 ans
  • 17 avril 1921 :  rouvre le séminaire de Beit Jala
  • Octobre 1921 :  confie le séminaire aux PP. Bénédictins
  • Mai 1927 : le séminaire de Beit Jala est ramené à Jérusalem
  • 2 octobre 1932 :  confie le séminaire aux PP. de Bétharram
  • 7 juillet 1936 :  retransfère le séminaire à Beit Jala
  • 8 septembre 1943 : fête de son jubilé épiscopal (jubilé d’argent)
  • 23 décembre 1944 : fête de son jubilé sacerdotal (jubilé d’or)
  • 13 mars 1945 :  victime d’un grave infarctus à Rafat
  • 27 septembre 1947 : décès des suites d’une angine de poitrine à l’âge de 75 ans

Les anecdotes :

  • Orphelin de père, il hérita de sa mère une admiration profonde pour la Sainte Vierge

Luigi Barlassina naît le 30 avril 1872 à Turin, dans la région italienne du Piémont. Il perd son père très tôt, alors qu’il est encore un petit garçon ; c’est donc sa mère qui l’élève, dans une atmosphère de grande piété et surtout de grande dévotion à la Vierge. Comme nous le verrons à plusieurs reprises plus bas, cette dévotion le caractérisera toute sa vie : il récitera notamment l’Acte de consécration à Marie lors de sa première messe et, lorsqu’il est nommé Patriarche, il ne manquera pas d’honorer spécialement la mère du Christ en érigeant le très fameux sanctuaire marial de Deir Rafat.

  • Il fit la promesse de ne jamais confier la célébration de ses messes à quelqu’un d’autre

À peine ordonné prêtre, Mgr Barlassina se promet « de célébrer toutes les messes de sa vie, dans une gratuité absolue, aux intentions de la Très Sainte Vierge. Il a tenu parole. » (Moniteur diocésain, septembre-octobre 1957).

  • Il était un excellent prédicateur

Alors qu’il étudie à l’Ecole de Liturgie et de cérémonies des Pères Oratoriens de la paroisse Saint-Philippe (où il développera une grande passion pour la sainte liturgie), le futur Patriarche s’interroge sur le futur de sa vocation. Il se voit vite confier la direction de l’école Alfieri-Carrú des Filles de la Charité, mais ces nouvelles responsabilités ne suffisent pas à assouvir son énergie. Ainsi, en 1900, sollicité par le P. Carlo Olivero à l’occasion de l’ouverture de l’église Notre-Dame du Cœur Immaculé de Marie, il commence à y prêcher sous forme de « sermons dialogués ». Le succès est immédiat ; ainsi, quand il est nommé recteur de Sainte-Pélagie en 1901, l’église devient une de plus fréquentées de la ville.

  • Il proclama la Vierge Marie « Reine de la Palestine »

Dans les années 1920, Mgr Barlassina décide d’honorer la Vierge Marie en lui accordant le titre de « Reine de la Palestine » (titre reconnu officiellement en 1933 par la Congrégation des rites). Il rédige à son sujet une prière à réciter après le Salut du Saint-Sacrement, et érige à Deir Rafat un sanctuaire en son honneur. On y trouve aujourd’hui une statue de la Sainte Vierge, sur laquelle figure l’inscription Reginae Palestinae, ainsi que le salut de l’ange (« Je te salue, ô Marie »), en 280 langues, peint sur la voûte de l’église. Une peinture de la Vierge veillant sur la Palestine est exposée dans la nef gauche du sanctuaire.

  • Il remit sur pied le Séminaire de Beit Jala

Particulièrement touché lors de la Première Guerre mondiale, le séminaire du Patriarcat latin, situé à Beit Jala, affichait un état déplorable en 1921. Mgr Barlassina, alors Patriarche depuis un an, entreprit donc de le faire renaître de ses cendres. Il commença par faire entièrement rénover les lieux, très endommagés par la présence turque ; il reconstitua le corps professoral en confiant aux Bénédictins de la Dormition la direction du séminaire (son propre clergé, réduit par la guerre, ne pouvait assumer cette tâche) ; et il fit venir de jeunes séminaristes de Turin, son lieu de naissance. Ses initiatives ne s’arrêtèrent pas là : il continua de prendre grand soin de son séminaire même après sa renaissance. Ainsi, en 1932, il fit appel aux Prêtres du Sacré Coeur de Jésus de Bétharram pour qu’ils prennent la suite des Bénédictins à la tête du séminaire, puis, toujours pendant l’entre-deux-guerres, il créa pour ses séminaristes un ouvrage de politesse ecclésiastique et un manuel de liturgie. Il prit également toujours soin de leur rendre visite régulièrement, et donna ainsi de nombreuses conférences au sein de séminaire.

  • Il refusait toujours tout titre honorifique

Décrit comme pourvu d’un caractère généreux et bon, Mgr Barlassina refusait catégoriquement que l’on s’adresse à lui en utilisant le titre « Votre Béatitude » ou « Monseigneur », et ce peu importe le contexte. Il préférait qu’on l’appelle « Père », tout simplement parce qu’il se voulait être, selon un de ses proches, un « père des âmes ».

  • Il reconstitua le cortège des Rameaux

À l’occasion du dix-neuvième centenaire de la Rédemption, le pape Pie XI proclame une Année sainte spéciale en 1934. C’est pour Mgr Barlassina l’occasion d’organiser de grandes cérémonies religieuses, et notamment la reconstitution du cortège des Rameaux, de Bethphagé à Jérusalem. Portant de grandes palmes haut au-dessus de leurs têtes, les participants gravirent ainsi le Mont des Oliviers, marchèrent jusqu’à la vallée du Cédron et terminèrent dans la cour du Séminaire Sainte-Anne.

  • Il fut à l’origine de nombreuses initiatives pour la jeunesse

Dès ses premières années en tant que prêtre, Mgr Barlassina démontra un véritable intérêt pour la formation et l’encadrement des jeunes. Ainsi, en 1904, il fonde Fides et Robur, une société réservée à la jeunesse et mêlant cours de gymnastique et cours de religion. Il créa aussi une école de langues et une chorale. Plus tard, particulièrement préoccupé par le manque d’enseignement supérieur proposé dans son diocèse, Mgr Barlassina eut l’idée de fonder un ensemble d’établissements catholiques destinés à proposer aux élèves une formation adéquate et de qualité. Toutefois, l’idée fut peu à peu abandonnée.

  • Il consacrait beaucoup de temps à l’écriture

Nul ne connaît vraiment les détails de ses nombreuses correspondances, auxquelles Mgr Barlassina consacrait de nombreuses heures. Il ne cessait en effet d’envoyer de multiples documents, souvent rédigés en plusieurs langues (car il parlait italien, français, anglais et allemand), aux quatre coins de la planète. Il pouvait s’agir de lettres, de missives, de requêtes, de pétitions, de sollicitations… Sa machine à écrire, souvent sollicitée dès l’aube, l’accompagnait d’ailleurs partout, y compris lors de ses trajets en voiture (qu’il effectuait souvent fort rapidement ; son chauffeur avait toujours l’ordre « d’aller plus vite »).

  • Il fonda une institution consacrée à la conversion des non-chrétiens

Fondée en 1927, la congrégation fut baptisée Les Ancelles de Notre-Dame de Palestine. Elle fusionna plus tard, en 1936, avec la congrégation de Notre-Dame de Sion. Composé de sœurs de différents horizons, l’objectif de cette institution religieuse fut de jeter les bases de la conversion chez les non-chrétiens, particulièrement chez les Juifs de Palestine lorsqu’elle se trouvait sous mandat britannique. Petit à petit, la mission des sœurs a perdu de vue son objectif premier, notamment après le concile Vatican II (1962-1965) pour devenir une institution consacrée au dialogue et aux relations judéo-chrétiennes.

A suivre...