Méditation de Mgr Pizzaballa : 1er Dimanche de Carême, année C

Publié le: March 08 Fri, 2019

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10 mars 2019

1er Dimanche de Carême, année C

Le temps du Carême a débuté. Et aujourd’hui, le récit des tentations (Lc 4,1-13) marque la première étape de ce chemin qui nous conduira jusqu’à la Pâques du Seigneur.

Soulignons certains éléments qui pourraient nous aider à entrer dans le thème de ce jour et dans ce temps liturgique si particulier qui vient de commencer.

L’évangéliste Luc, tout comme les autres synoptiques, place le récit des tentations de Jésus avant le début de sa vie publique.

Ceci est une manière de dire qu’avant même de commencer sa mission, Jésus doit faire un choix. Il doit prendre une direction sur ce chemin, il doit choisir le style messianique qu’il désire donner à son ministère.

La tentation entre dans le monde depuis le début de l’histoire, comme nous pouvons le lire dans le livre de la Genèse au chapitre 3. La tentation est avant tout la possibilité d’un choix autre que celui du projet originel de Dieu, différent de la manière selon laquelle Dieu a pensé et créé l’homme à son image et à sa ressemblance.

Jésus aussi doit choisir et donc le diable ne lui épargne pas cette épreuve. Mais à la différence des autres synoptiques, Luc conclut ce passage en précisant que “après avoir épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigne de Jésus jusqu’au moment fixé” (Lc 4,13).

Et c’est aussi Luc qui nous suggère la nature de ce moment fixé. Alors que Matthieu, après la première tentation dans le désert, rapporte que le diable conduit Jésus “dans la cité sainte” (Mt 4,5), Luc  inverse les deux dernières tentations. Chez lui, le point culminant de l’épreuve se trouve à Jérusalem. C’est là que le diable place Jésus au sommet du temple (Lc 4,9).

Tout le chemin de Jésus dans le troisième Evangile, comme nous le verrons plusieurs fois pendant l’année, n’est rien d’autre qu’un chemin vers Jérusalem. C’est là que Jésus est attendu et qu’il a rendez-vous.

Sur la croix, comme aujourd’hui dans le désert, il sera proposé à Jésus de se sauver lui-même, de ne pas être un homme comme tout autre homme, de préférer, au moins cette fois, le chemin du pouvoir, du sensationnel, du miracle. Il lui sera ainsi proposé de descendre de la croix, à trois reprises (Lc 23,35-39), tout comme il fut par trois fois tenté dans le désert par le diable.

A Jérusalem Jésus affronte l’épreuve définitive et il confirme de vouloir ce qu’aujourd’hui il choisit : une vie qui n’est pas centrée sur lui, une vie qu’il ne construit pas lui-même, mais une vie qu’il reçoit du Père et qu’il lui remet.

Et à Jérusalem l’épreuve sera terrible, car le prix de la fidélité à ces choix originaux sera justement la mort sur la croix. C’est là que Jésus jugera que cette fidélité vaut plus que sa propre vie, et il inversera complètement la logique du démon.

Car si le diable, dans les tentations d’aujourd’hui, invite Jésus à utiliser le pouvoir qui lui vient de son être de Fils de Dieu pour se sauver lui-même et éviter la limite et la fatigue de l’être humain, à Jérusalem Jésus choisira justement la voie de la limite, de la faiblesse et de la mort comme manière d’exprimer pleinement son obéissance au Père et sa confiance illimitée en Lui. Il choisit librement et véritablement cette voie pour exprimer entièrement le sens ultime d’une humanité qui se réalise, non par elle-même, mais dans un rapport humble et confiant de filiation avec le Père.

Mais d’où vient à Jésus cette conscience particulière qui donne consistance à ses choix ? Luc nous suggère deux réponses.

La première est la mention de l’Esprit Saint, qui revient deux fois dans ce passage (Lc 4,1). Jésus n’est pas seul, mais il est constamment tourné vers le Père grâce à l’Esprit Saint qui habite en lui. La solitude du désert et le lieu où Jésus expérimente avec force la présence du Père, la force de la relation avec Lui.

La seconde réponse est évidement liée à la Parole. Jésus répond au diable non pas avec des paroles qui seraient uniquement siennes : il répond avec l’Ecriture. Ainsi ses paroles sont en fait des citations du livre du Deutéronome. Jésus ne répond pas avec ses paroles, mais avec la Parole de Dieu le Père.

La tentation qui voudrait pousser l’homme à écouter et à mettre sa confiance dans une voix qui ne serait pas celle du Père, ne se gagne pas avec la force, avec l’astuce ou avec une simple intelligence. Ces moyens sont en fait voués à l’échec et nous perdrions si nous les utilisions car nous serions une nouvelle fois esclaves de la confiance en nous-mêmes. L’épreuve se traverse et se dépasse en demeurant à l’écoute humble et patient de la vérité du Père, en ayant confiance en Lui.

Sur la croix aussi, au cœur de la dernière tentation, Jésus utilise ces armes. Ainsi ses dernières paroles (Lc 23,46) seront une citation d’un psaume (Ps 31,6), d’une prière capable de dire une nouvelle fois sa totale confiance dans la relation avec le Père : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ».

+Pierbattista

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