Homélie

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Le 22ème dimanche A  Année 2017 A.D.

            La foi chrétienne: séduction divine, amour de la logique, logique de l’amour

(Jér 20, 7-9; Rom 12, 1)

(par P. P. Madros)

« Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé (ou: fait) séduire » (Jér 20, 7)

Quelle émouvante franchise de Jérémie et quelle respectueuse familiarité avec le Dieu « qui l’a eu »! Le prophète se plaint (autrement ce ne serait pas Jérémie!) de s’être « fait avoir » par le Seigneur! L’un des chrétiens palestiniens (naturalisé Suisse) répète à l’humanité: « Savoir ou se faire avoir! » Le prophète d’Anathôt aurait pu s’exclamer aussi: « Ah! Si j’avais su! » Mais là, il y avait peu ou rien à négocier: quand Dieu appelle, vous comprenez que lui résister ou faire la sourde oreille serait aussi stupide que lourd de conséquences néfastes!

La séduction, le charme de Dieu: uniques puisqu’il est le Créateur, le Maître, avec tous les transcendantaux à l’absolu: l’Etre, le Beau, le Bon, le Vrai; miséricordieux et juste, en un mot: infini. Dans le cas de Jérémie, Dieu a séduit le jeune homme pour être prophète: un peu de prestige, un peu d’élection, mais mille pépins et tracas, mille dangers et risques, jusqu’à finir dans un puits. Tiens! Jérémie était cistercien, si on lie le mot à « Cisterna », citerne, plutôt qu’à Cistercium, Cîteaux.

Notre  jérémiade à nous: « Nous les chrétiens, on s’est fait avoir! »

Avant de parler du christianisme en général, nous pouvons constater que des prêtres, religieux ou religieuses, autrefois (non plus maintenant!), après un certain nombre d’années dans la « consécration », regrettent d’avoir fait ce choix. Ils préconisent avoir été « victimes de la pression de la foi » ou de la famille, des « enjolivements et des idéalisations du Séminaire ou du noviciat », de la naïveté et de l’angélisme juvéniles. L’Eglise catholique a compris la leçon: elle demande aux responsables de ne pas faire pression sur les candidat(e)s, autrefois très candides! Depuis toujours, les ordres religieux féminins donnent plus d’une dizaine d’années avant les vœux perpétuels. Pour les futurs prêtres célibataires, depuis Vatican II, l’Evêque exige une demande par écrit du candidat, pour qu’il n’aille pas dire plus tard: « On m’a forcé la main »!

Maintenant, pour les chrétiens, en général: parfois, ils ont l’impression de s’être fait avoir par le christianisme qui « leur a été » imposé à leur naissance! Et puis cette histoire de croix, de sacrifice, d’amour pour les ennemis, de mariage monogame ou monotone! Et puis « tendre l’autre joue »!

Contrairement à l’Islam ou à des sectes comme les Mormons ou les Témoins de Jéhovah, ou à certaines associations à secrets, vous pouvez toujours abandonner le christianisme, à peu ou pas de frais! Personne ne vous condamnera à mort! Personne ne vous boudera! Jésus avait toujours laissé le choix: « Si quelqu’un veut me suivre… Si tu veux être parfait ».

Contrairement à l’Islam qui pense que « pour combattre dans le sentier d’Allah, il faut tuer et se faire ou se laisser tuer » (d’après Coran 9: 111), Jésus nous conseille et nous commande d’éviter la mort, de « fuir à une autre ville ». Et s’il faut mourir, malgré la légitime défense (Luc 22, 36), eh bien on le fait par amour, en espérant la vie éternelle, mais jamais en tuant délibérément et sans nécessité d’auto défense.

Pour la monogamie, elle a l’avantage inappréciable d’éliminer les conflits interminables entre co-épouses ou co-maris, et celui, inestimable,  d’avoir une seule belle-mère ou un seul beau-père, au lieu d’en avoir plusieurs (Excusez la méchanceté de vieux garçon!)

« Tendre l’autre joue » ne signifie pas être vil, mais provoquer l’agresseur et ne pas répondre par la violence à la violence. Gandhi était d’accord avec Jésus sur ce point aussi.

« On nous a fait croire en Jésus-Christ! »  Arrêtez de rouspéter: il n’est pas un mythe! Il est le plus grand bienfaiteur de l’humanité. Il a aboli l’esclavage, la discrimination, le dénigrement de la femme, la guerre sainte, la lapidation, la peine de mort, la supériorité d’un peuple sur les autres, les sacrifices d’animaux, les prescriptions et les chinoiseries des rabbins (ablutions, lois de purification, circoncision, excision)…    

Pour le choix  de « croire », l’Eglise propose la foi et ne l’impose pas ou ne l’impose plus. La devise n’est plus « T’as qu’à croire! » mais « que ton offrande à Dieu soit un culte raisonnable »,  l

Nos rapports avec le Seigneur: « un culte raisonnable »

Saint Paul, qui n’était pas le dernier venu en Judaïsme, hellénisme, philosophie, droit et rhétorique, nous donne l’exemple magistral d’un penseur qui choisit le Christ et l’Evangile! Vous allez tout de suite protester: c’est Jésus ressuscité qui l’a fait tomber du cheval, qui l’a coincé et obligé « à marcher »! C’est vrai pour le premier pas sur la route de Damas. Mais il aurait pu se rétracter! Comme Judas, il aurait pu trahir,  comme Pierre renier, et comme les autres apôtres, sauf Jean, il aurait pu s’enfuir ou, du moins, se plaindre comme Jérémie. En fait, il se déclare heureux d’avoir été « saisi par le Christ », tant et si bien qu’il veut « saisir », attraper d’autres, pratiquement tous! (Philip 3, 12- 13).

Culte « raisonnable » plutôt que « spirituel » (Rom 12, 1)

L’adjectif original grec est « logikè λογικη » « logique, raisonnable, rationnel », « mot favori des philosophes après Aristote ». Le Christianisme, dont Châteaubriand a célébré le génie, est et se veut une religion raisonnable, rationnelle, comme le signalait saint Augustin: « La foi cherche la raison, la raison cherche la foi ». Raison et foi, leitmotiv des Papes Jean-Paul II et Benoît XVI. Ce dernier a eu le malheur de dire la vérité, à Ratisbonne, à savoir que la violence est contraire à la nature de Dieu! Tollé général. Au bout de douze ans, il s’avère qu’il a eu raison. Mais « on n’apprend qu’à ses dépens », après des dizaines de morts en Europe, victimes de violence théocratique.

Le christianisme: amour de la logique dans la logique de l’amour

Quelques dogmes chrétiens, dits « mystères », sont paradoxalement raisonnables, précisément dans la « logique de l’amour ». Saint Jean l’écrit: « Dieu est amour », à l’école de Jésus qui a résumé les Commandements dans l’amour. Alors, les choses deviennent beaucoup plus simples, plus raisonnables: puisque Dieu est amour, et qu’il est infini, son amour infini va le pousser, de bon gré, jusqu’à l’infini de la bonté, de la beauté, de la tendresse, de la justice et de la puissance au service du plus bel Etre et de la plus belle réalité: l’amour! Cet amour indéfinissable et infini fait que Dieu s’incarne pour être proche des hommes, qu’il se laisse crucifier comme homme pour racheter et sauver, qu’il reste toujours auprès de nous dans l’Eucharistie. Ses commandements, ses béatitudes, ses conseils évangéliques sont autant d’expressions d’amour pour notre bonheur. Parfois, la route, pour celui-ci, contient des épines, pas toujours des roses. Mais c’est ce dont nous avons vraiment besoin: le secret de notre bonheur, félicité ou béatitude, ici-bas et dans l’au-delà!

Conclusion

Contrairement à la logique de l’amour se trouve celle de la haine! Regardons autour de nous! Quels ravages! Quelle série indéfinie de guerres civiles et internationales! Une différence entre le christianisme et d’autres « religions »: Jésus et l’Evangile donnent vie et amour, d’autres provoquent haine et mort. Et tandis que la haine provoque l’homicide (à l’exemple de Satan), le suicide et l’homicide, « l’amour est fort comme la mort ». Avec Jésus ressuscité (Celui qui avait terrorisé Saul, en un premier moment!), l’amour est devenu « plus fort que la mort »! Et, au fond, ce n’est pas nous qui nous sommes fait avoir, mais Dieu! Non seulement a-t-il bon cœur, mais aussi bon dos!

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