arالعربية

Le 24ème dimanche A année 2017 A.D.

Dieu a bon dos!

(Matt  18, 21- 35)

(par P.P. Madros)

« Pas de rancune entre ‘frères' » (Siracide ou Ecclésiastique 27, 33- 28, 1-9)

Le Livre de Ben Sira est dit aussi « Ecclésiastique » parce qu’on le lisait régulièrement dans les églises. Il semble bien que le Siracide ait disparu presque complètement de la piété juive après le 4ème siècle A.D.  Depuis 1520, il ne figure pas dans le canon protestant des Saintes Ecritures.

Même si Ben Sira et la Sagesse représentent un peu une partie de la fine fleur de la littérature vétérotestamentaire, ils véhiculent discrètement le signe de l’imperfection de l’Ancienne Alliance. Tout porte à croire que le Siracide réprouve fortement la rancune « entre frères », c’est-à-dire entre Juifs seulement. Jésus élèvera le tout à la perfection : pas de rancune envers personne, pas même les goyîm (païens) ni les ennemis ! Le président actuel d’une secte pseudo-islamique dite « ahmadyyah » (fondée en 1906 en Inde) a une devise volée de l’Evangile : « Amour pour tous; haine pour personne ! »  Cette formule ne se retrouve nullement dans le texte coranique qui n’entend pas du tout les choses de la même oreille indienne. Mais nous les chrétiens, nous avons entendu cette devise il y a bien quelque vingt siècles. Et ce n’est pas un « Calife Srour » qui va nous l’enseigner de Londres (avec tout le respect) ou nous faire imaginer qu’il en est l’auteur original. Il n’est pas inutile de souligner que l’Islam ne reconnaît absolument pas cette secte.

La parabole du serviteur, débiteur insolvable et  impitoyable (Matt 18, 21- 35)

Comme le fait remarquer un site français remarquable de commentaire sur l’évangile du dimanche, la somme exorbitante requise par le « patron » ou le « maître » du premier serviteur est astronomique et féérique. Pour la rendre, « il aurait fallu plusieurs siècles de travail ! »  L’autre somme, que le deuxième serviteur devait à son collègue, le premier, était insignifiante et aurait pu « être réglée par le salaire d’une journée de travail ».

Mais c’est la conclusion qui est plus ahurissante encore: nos dettes à nous envers Dieu ! Nous sommes des débiteurs insolvables, surtout si on fait la somme des transgressions et des iniquités de notre humanité depuis « maître Adam » ! Et Saint Anselme repart de plus belle : « Nos péchés envers Dieu sont infinis (! La seule chose « infinie » que nous ayons !) pour la bonne raison que Dieu est infini ! Or, on mesure l’offense non par l’offensant mais par l’offensé ! » Là, nous sommes dans de mauvais draps ! Et Luther paraît s’être obsédé par cette histoire de nos dettes insolvables, de notre nature inguérissable et incorrigible, de notre concupiscence indomptable, même dans le mariage !

Mais alors la rédemption et le salut apportés par le Christ, « Agneau qui nous enseigne que les agneaux sauveront le monde, avec le Christ et comme lui, pas les bourreaux » (Benoît XVI) ? Luther a trouvé une formule (nulle part repérable dans l’Ecriture): « Jésus a jeté un voile pudique sur nos péchés » ! Comme quoi, un voile n’enlève rien mais ne fait que le cacher. Or, Jésus est « l’Agneau de Dieu qui enlève ou porte sur Lui le péché du monde ». Malheureusement, le grec ici est pauvre quand il traduit par « kosmou  κόσμου, du monde », et le français « monde » est aussi maladroit, car « kosmos » (d’où ‘cosmétique’) signifie « beau », et « monde » du latin « mundus » veut dire « pur » ! Fort probablement, le mot employé par le baptiste était « ‘alaam « עלם » qui signifie à la fois « univers » et « siècles ».

Jésus porte sur lui-même les péchés des siècles. Le bon Dieu nous pardonne toujours et partout, depuis le commencement jusqu’à la fin des siècles ! Il est infiniment miséricordieux. « Son Nom est Miséricorde », lettre du Pape François. Lui et son Verbe incarné ont décidément bon dos! Et nous ne manquons pas d’en profiter !

Mais Jésus  a quand même mis des limites à notre désinvolture !

Attention, les enfants, nous dit-Il à peu près : « Pas de pardon pour vous si vous ne vous pardonnez pas les uns aux autres ! » Et nous qui croyions que Dieu était inconditionnellement « miséricordieux, compatissant et pardonnant » !? Il l’est toujours, mais Il n’est pas dupe ! Et « on ne peut pas Le tromper » ! A Pierre, et à nous à travers lui,  Jésus commande que nous pardonnions toujours, soit 70 fois 7 fois ! Même si vous n’êtes pas fort en mathématiques, vous comprenez que l’expression signifie beaucoup beaucoup de fois ! Et puis, Jésus « nous fait le coup » dans le Notre Père: « Pardonne(z)-nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ! » Les Harpagons ou les « chiches  » et avares parmi nous ne sont pas contents de lire dans la formule du Notre Père en Matthieu 6: 9 ss la tournure araméenne pour dire « péchés, offenses », à savoir « dettes » : « Dispense-nous de nos dettes, comme nous dispensons nos débiteurs » !

Conclusion: Dieu n’est pas limité, mais quand même !

Dieu est miséricordieux ! Pas de doute ! Mais ce n’est pas son seul attribut ni le seul mot qu’Il a à dire ! « Miséricorde et justice (ou: vérité) s’embrassent » ! Ne profitons pas trop de sa miséricorde, pour ne pas tomber sous le coup de sa justice !

image_print
Designed and Powered by YH Design Studios - www.yh-designstudios.com © 2017 All Rights Reserved
X