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Le 31ème dimanche A année 2017 A.D.

Père, Abbé, Pape, Patriarche

( Mt 23, 1- 12)

(par P. P. Madros)

La paternité spirituelle (Mt 23, 9)

Comment s’adresser aux détenteurs du sacerdoce chrétien, dans la prêtrise et l’épiscopat ? De tout temps, à commencer par l’âge apostolique, les apôtres, leurs successeurs les évêques, sont appelés – ou se considèrent eux-mêmes-  « Pères ». C’est le sens du terme « Abbé » de l’araméen « abba אבא » qui signifie « papa » ou « le père ». Chez les Ethiopiens, c’est le titre du prêtre,  tandis que l’évêque est « abouna » « notre père » (titre en arabe aussi pour le prêtre أبونا). Quant au mot « pape », il vient du grec « πάπας » « papa », avec l’accent à la première syllabe, tandis que l’accent à la dernière donne « papàs παπάς », terme du grec moderne pour désigner « le prêtre ». Un autre vocable, plus hiératique et liturgique, est « hiereus, hierea ιερέυς, ιερέα ». Le titre « patriarche » (à ne pas confondre avec les pères du peuple hébreu dans l’Ancien Testament) est un mot grec composé de « patr » et de « arkh » πατριάρχης signifiant « le pouvoir du père » ou bien « le pouvoir sur la patrie ».

Mais alors, tous ces chrétiens n’ont rien compris ! Christ dit : « N’appelez personne votre père sur la terre, car vous n’en avez qu’un seul, le Père céleste » (Mt 23, 9)

En plaisantant, nous pouvons remarquer que beaucoup de catholiques francophones n’appellent plus le prêtre « Mon père » mais « Père » !

Cité parfois en bonne foi, d’autres fois avec mauvaise intention antichrétienne et anticléricale, ce verset (Mt 23, 9) gagne à être bien expliqué, une fois pour toutes, sans prétention. Inutile de dire que des « laïcs », des adeptes de « mouvements religieux libres », beaucoup de non chrétiens, ne s’adressent jamais ainsi à un prêtre chrétien, sans avoir besoin de connaître ce verset !

Voyons voir ! L’objection ou la question, bon gré mal gré, fait au fond abstraction du contexte. Mais commençons par lire le texte pour voir si nous pouvons l’appliquer généralement, globalement, en vrac, tel quel. N’appeler personne, mais personne, sur terre « papa, père » est impossible et ridicule ! Votre géniteur, au masculin, comment allez-vous vous adresser à lui, sinon « père, papa, petit père, « petit papa c’est aujourd’hui ta fête » !? Pour pousser un peu la chose au plus ridicule, nous allons nous abstenir d’appeler nos pères « papas » tant qu’ils vivent sur terre, mais après leur mort, quand ils seront sous terre, alors nous pouvons ! Voici les inconvénients du littéralisme !

Sans le vouloir, certains gouvernements ou établissements occidentaux semblent avoir pris ce verset comme devise, interdisant au commun des mortels d’écrire, dans les formalités, « père » et « mère » mais « géniteur 1 » et « géniteur 2 », non seulement réduisant des personnes à des nombres (certains sont de vrais « numéros » !!!), mais niant carrément la paternité et la maternité, sous prétexte de « respect » pour les couples homosexuels. Le procédé ne manque pas de mensonge ni de fausseté, car dans de tels couples au moins une des parties, sinon les deux, n’est pas « géniteur » ! Donc, impossible génétiquement et physiologiquement d’avoir deux géniteurs ou « parents » de même sexe.

 

L’interdiction de Jésus ne se comprend que dans le contexte (Mt 23, 2 ss)

Le verset 9 ne tombe pas du ciel, comme un logion séparé ! Il arrive dans un contexte de réquisitoire, ou si vous préférez, de critique par Jésus, avec objet direct « les scribes et les pharisiens ». Pour l’information, ils obligeaient les fidèles à les appeler « rabbi רבי » « mon maître » et « avi אבי », « mon père ». Jésus commence une nouvelle alliance. Il interdit à ses apôtres, disciples et aux futurs chrétiens d’appeler « maîtres et pères » les scribes et les pharisiens Juifs. Le Christ s’adresse à ses apôtres et disciples : « Vous autres n’appelez pas pères etc … » Il ne s’agit jamais, pour les fidèles chrétiens, de ne pas appeler « pères » les apôtres et disciples de Jésus portant le sacerdoce ministériel, en plus du sacerdoce royal universel (1 P 2, 9 ; Rom 15, 16).

Et les apôtres et premiers disciples ont bien compris la différence essentielle entre la « paternité » des scribes et pharisiens, et la leur.

Affirmations apostoliques apodictiques de paternité spirituelle

Nous en avons pour notre rhume ! Oui, les apôtres n’hésitent jamais à se définir « pères ». Et, par-dessus le marché, dans la deuxième lecture de ce dimanche, de 1 Thess 2, 7s, saint Paul se voit comme une mère (sans infiltration d’homosexualité ou de transgender) : « Nous nous sommes faits (donc il généralise la chose aux autres apôtres aussi) tout aimables au milieu de vous. Comme une mère nourrit ses enfants, et les entoure de soins, telle était notre tendresse pour vous… »

Le père-pape Pierre (1 P 5, 13)

Il écrit : « Celle qui est à Babylone, élue comme vous (i.e. l’église de Rome) vous salue, ainsi que Marc, mon fils »

Le père Paul

Comme toujours, notre apôtre, ex pharisien, se caractérise par sa fougue. Il revendique tout simplement sa paternité, et gare à qui la nie ou la met en doute ! Nous n’en sommes pas encore au style « gentil », quelque peu « mou », de certains membres du clergé, trop timides parfois pour affirmer « la vérité du Christ » et leur dignité sacerdotale ! Ecoutons Paul de Tarse : 1 Cor 4, 14- 15 : « Ce n’est pas pour vous confondre que j’écris cela : c’est pour vous avertir comme mes enfants bien-aimés. Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ, que vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Evangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus ».

Les Lettres « Pastorales » à Timothée et à Tite, que nous pouvons aussi décrire comme « paternelles », commencent toujours par : « Paul apôtre… à Timothée, mon véritable enfant dans la foi (pas dans la physiologie)… »( 1 Tm 1, 1-2) ; « Paul apôtre… à Timothée, mon enfant bien- aimé » (2 Tm 1, 1-2) ; « Toi donc, mon enfant, fortifie-toi… » (2 Tm 2, 1) ; et à Tite : « Paul, serviteur de Dieu… à Tite mon véritable enfant en notre foi commune… » (Tite 1, 1- 4).

Dans le billet à Philémon, la paternité de saint Paul à l’endroit de l’esclave Onésime devient pathétique. Dû le comportement peu catholique de ce dernier, l’apôtre aurait pu facilement s’en laver les mains, disant (comme font souvent les musulmans et les politiquement corrects) que lui Paul « n’avait rien à voir » avec ce « type »-là ! Eh bien, non ! Paul, à l’école de Jésus-Christ, se déchaîne davantage pour récupérer la brebis perdue ou galeuse ! Ecoutons-le qui pleurniche auprès du brave Philémon, personne de bonne composition : « La requête est pour mon enfant, que j’ai engendré dans les chaînes, Onésime… » On a peine à voir un prisonnier, hermétiquement bouclé, engendrer ! Donc, paternité spirituelle ! « Je te le renvoie, et lui, comme mon propre cœur ! » Mais est-ce que cet Onésime-là en valait la chandelle ou la peine ? Pour Jésus et pour Paul : oui ! Plus les enfants sont terribles ou misérables, et plus ils ont besoin de paternité et de maternité ! Un proverbe chinois le dit (Ne nous demandez pas le texte original !) : « Aime-moi  quand je ne le mérite pas ; car c’est là que j’en ai le plus besoin » !

Le père Jean le bien-aimé affirme sa paternité à tout bout de champ !

« Mes enfants… mes petits enfants… » (1 Jn 1, 12, 14, 18; 3m 7, 18; 4, 4; 5, 21…). Là aussi, on a peine à croire qu’il s’agit d’un des deux « fils du tonnerre » ! Pourtant, c’est le même apôtre : colérique, nerveux, plein de hargne avant d’avoir rencontré Jésus ; « doux et humble de cœur » après la rencontre du Maître qui n’a pas changé ni supprimé l’affectivité de son disciple, mais l’a orientée vers l’amour ! La véhémence de Jean fils de Zébédée a été réorientée, redressée, sublimée. Désormais, cette véhémence et cette violence sont au service de la charité !

Objection : « Mais les apôtres appellent aussi les fidèles « frères » !

Comme chrétiens, ils sont frères des autres fidèles ; comme apôtres, évêques et prêtres, ils en sont les pères spirituels (cf 1 Cor 4, 14-15 // 1 Cor 1, 10). Saint Augustin le dira : « Pour vous je suis évêque (prêtre) ; avec vous je suis chrétien » (Sermon 340).

Conclusion

Quand les prêtres se sentent et se comportent comme pères, il sera plus facile pour les gens de les voir comme tels.

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