Libres du péché, esclaves de l’amour

                  (1 R 19, 16-21; Gal 5, 1 et 13-18; Lc 9, 51-62)

                               (par P.P. Madros)

Suivre Elie, suivre le Christ!

Se mettre à la suite de Dieu à travers un « prophète » est l’idée qui relie la lecture du premier livre des Rois et celle de l’évangile, avec la différence essentielle que le Nazaréen à suivre n’est autre que l’incarnation de Dieu en personne. Signalons d’abord une force d’attraction, suivie par une conviction et un engagement. Quel bonheur quand on suit la personne juste! Quelle illusion et quelle perdition quand on s’imagine suivre Dieu et poursuivre la vérité lorsque, par contre, on a été entraîné dans l’erreur! Pensons avec compassion à celles et ceux qui ont abandonné l’Eglise, précisément quitté le Christ, pour suivre un Bouddha ou un Confucius, un Joseph Smith ou un Moon, en croyant à l’un ou l’autre d’eux, dur comme fer! Songeons avec tristesse aux jeunes gens et surtout aux jeunes filles devenus djihadistes et déjà tués pour la cause d’un Etat islamique. Malheureusement, par ailleurs, de tout temps, les sectes, à l’intérieur du Christianisme, ont toujours fait croire à leurs adeptes qu’ils « suivaient » le Christ et l’Evangile, qu’ils étaient eux la véritable église, cachant soigneusement l’identité de leurs fondateurs et l’histoire – récente- de leurs mouvements. Ayant laissé tomber de notre catéchèse, dans beaucoup de diocèses, l’histoire de l’Eglise (omise aussi par les manuels d’histoire), nous avons indirectement augmenté les occasions d’erreur et de confusion.

Or, des malentendus, à tort attribués à Vatican II, ont imposé la fausse idée: « Toutes les religions, toutes les églises se valent; Jésus et Bouddha, c’est kif kif » (pour parler arabe maghrébin); Bible et Coran sont la même chose! » Jamais, car le Christ a été formel : « Je suis la voie, la vérité et la vie » et non pas « une voie, une vérité et une vie ». L’article défini à l’infini est absolu, non soumis à « la dictature du relativisme » et au confusionnisme sous prétexte d’ouverture. A ce propos, on peut lire avec beaucoup d’intérêt et de profit spirituels l’ouvrage de Jacques Ellul « Islam et judéo-christianisme; une parenté impossible ».

C’est dans le sens de ce confusionnisme que va par exemple, même sans être intentionnelle, « une rupture du jeûne de ramadan  » dans une église belge, à deux pas d’un terroir de terrorisme! Les lecteurs peuvent ne pas partager cette opinion mais personne ne peut nier le danger de profanation et de triomphalisme musulman évident qui, de son côté, n’accepterait jamais une célébration chrétienne, surtout mixte, dans une mosquée…pas plus que le chant de l’Evangile à la Mecque (comme parallèle du chant du Coran dans les jardins du Vatican).

Morale : avec tout notre respect pour les autres personnes et religions, Jésus est le seul Sauveur. Il nous a commandé d’aimer les autres et d’honorer la vérité ! Nous avons l’honneur de Le suivre. Témoignons pour lui sans équivoques, sans formules ambigües. Sa croix nous attire comme un aimant; sa résurrection nous éclaire; sa déclaration sur l’amour, résumé de la Loi et « définition » de Dieu, nous enchante et nous entraîne « dans le cortège de sa victoire »: celle de la justice, de la vérité et de l’amour (Préface du Christ Roi).

Libres, mais comment? Vraiment libres ou faussement libres, donc esclaves! (Gal 5, 1 et 13-18)

Saint Paul illustre ici deux sortes de liberté chez les chrétiens, et parallèlement deux sortes d’esclavage, en y ajoutant une douce servitude: celle de l’amour!

« Les enfants: vous n’êtes plus esclaves de la Loi mosaïque » (Gal 5, 18)

Que des judaïsants cessent de vous imposer un joug que « ni nous ni nos pères n’avons pu porter, facilement » (Ac 15, 10 dans le même esprit). Les Dix Commandements: oui! Ils sont inaliénables, incontournables et inchangeables! Mais les prescriptions externes: circoncision, ablutions, règles diététiques, façon d’immoler les bêtes de somme (kasher-hallal), sacrifices d’animaux, règles de « pureté » pour l’élément féminin… eh bien, non! Tous ces éléments faibles ont été dépassés par le Christ, dans le baptême et dans l’idéologie de la pureté du cœur et de l’œil éclairé! Notons avec lucidité, et loin de tout confusionnisme, que tous ces éléments sont revenus dans et par l’Islam, avec la polygamie, la guerre sainte, l’esclavage social, et les peines capitales…

« Liberté ne signifie pas libertinage » (Gal 5, 13 et 16-17)

Il n’y a pas de liberté morale mais bien, malheureusement parfois, une liberté psychologique. Nous faisons ce que nous voulons, des fois ce que nous ne devrions pas faire! Voici l’un des inconvénients de la « liberté » en pays de tradition chrétienne où existe incontestablement la liberté religieuse, dite de conscience (inexistante en monde musulman où, dans le meilleur des cas, il y a liberté de culte mais jamais celle d’abandonner l’Islam ou de le critiquer). « Que la liberté ne soit pas un prétexte pour la chair » σαρξ: l’apôtre ne mâche pas ses mots! Or, depuis un demi-siècle à peu près, en Occident, la liberté psychologique a dégénéré en libertinage, même et surtout dans les lois de la plupart des Etats! Liberté dans la promiscuité; liberté de la femme de tuer son bébé. « L’avortement a été le passeport des aberrations successives », a dit quelqu’un. L’on peut supposer que l’antichambre de ce passeport a été « la contestation » et pratiquement le rejet de la morale et des valeurs, et surtout la promotion de la promiscuité. Jouer avec la vie pour la refuser cruellement ! Il n’est pas étrange, pour des gouvernements qui nient à l’enfant son droit primordial à la vie, qu’ils aient fini par lui refuser les seuls deux êtres dont il a besoin, la tendresse harmonieuse de ses géniteurs: un papa et une maman, en proposant des tuteurs ou des protectrices contrairement à la nature, personnes dont au moins une n’est pas « géniteur » ou « génitrice », la numéro un ou la numéro 2 (d’après leur vocabulaire).

L’esclavage de l’amour, surtout dans le joug « conjugal » (Gal 5, 13)

L’apôtre a cette formule splendide et émouvante : « Par l’amour, rendez-vous esclaves les uns des autres » ou « servez-vous les uns les autres ». Ailleurs, il dira: « Portez les uns les fardeaux des autres, et vous accomplirez la Loi du Christ » (Gal 6, 2). La terminologie chrétienne est significative: à propos du mariage (bien entendu entre une femme et un homme), nous parlons de lien « conjugal », où deux personnes (pas trois ni quatre à la fois) portent le même joug. Ce joug libère de l’égoïsme, de l’égocentrisme. Et l’égoïsme à deux est vaincu par la procréation où l’enfant est littéralement l’incarnation de l’amour de deux devenus un. Salasar, le président portugais, profondément catholique, répétait: « Dieu et la famille sont intouchables! »

 

De la liberté religieuse, lancée par Jésus : « Si quelqu’un veut me suivre… Si tu veux être parfait », est née la démocratie chrétienne, qui couronne la grecque de l’Antiquité. Du manque de prescriptions matérielles et concrètes chez Jésus vient la flexibilité chrétienne et son ouverture au progrès. De l’amour universel prêché et pratiqué par Jésus vient la cordialité du monde chrétien et son adaptation à tout pays et culture, sans puritanisme ni discrimination. C’est pourquoi, des non chrétiens émigrent volontiers en pays chrétien, en recherche de dignité et de liberté, signe que leurs dénominations sont un fiasco au point de vue anthropologique et social, au moins. Certes, certains cherchent le libertinage qui est contraire à l’Evangile! Mais beaucoup de non chrétiens sont aussi capables de critiquer « la corruption et l’immoralité des Nazaréens », quitte à être les premiers à en profiter!

Conclusion

« Voici la liberté que le Christ nous a donnée »! Nous affrontons cependant une difficulté, nous qui avons été libérés du péché et des prescriptions externes de la loi mosaïque et rabbinique: nous subissons souvent l’esclavage des mass médias et du « politiquement correct ». Ils nous empêchent souvent de proclamer la vérité et la justice; nous avons la frousse d’offenser ou d’offusquer X ou Z, surtout certains groupes qui sont devenus, eux, tabou! Notre seule crainte: passer pour des rétrogrades, bornés, xénophobes et toute espèce de « phobes », vieux jeu… « Attention! Vous vous mouillez; vous vous brûlez! Vous vous faites exclure! On vous cite en justice! » Nous n’avons plus le droit d’ouvrir la bouche, sauf chez les dentistes! Des évêques sont poursuivis en justice (en Espagne et en Irlande, par exemple) pour avoir défendu la famille! « Même » aux Etats-Unis, l’on se plaint que, de la liberté, il ne reste que la statue (don de la France).

Que la dictature du « politiquement correct » ne nous paralyse plus! Jean-Baptiste, que nous fêterons bientôt, a un message pour nous! Pas de compromis avec la morale et la vérité, n’en déplaise à Hérode Antipas et à sa dulcinée d’Hérodiade, sa « belle »-sœur!

Notre saint Paul avait aussi prévu le coup : « Si je devais plaire aux hommes, il y a belle lurette que je n’aurais plus été serviteur du Christ » (traduction libre de Gal 1, 10).

 

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