Homélie

Le 21ème dimanche A année 2017 A.D.

La papauté d’aujourd’hui : toujours le Rocher ?

(Matt 16, 13- 20)

(par P. P. Madros)

Que de pirouettes à propos de la « pierre » sur laquelle  l’Eglise est construite !

Des Pères de l’Eglise et des exégètes tombèrent dans l’erreur ou la confusion à cause du grec et du latin, ne sachant pas l’araméen. De fait, nous lisons : « Et moi (Jésus), je te dis (à toi Simon) : « Tu es Pierre (le français est parfait ! En grec et en latin : Petros Πέτρος), et sur cette pierre (grec et latin : petraπέτρα), je bâtirai mon Eglise ». Même le génial saint Augustin y « a perdu son latin », s’imaginant candidement qu’il fallait s’arrêter à cette langue ! Alors, thèse épousée par beaucoup de Protestants, l’Eglise « n’est pas fondée sur Petrum mais sur petram », cette Pierre étant Jésus-lui-même. Heureusement que le saint évêque d’Hippone se rétracte et déclare non seulement que Jésus « est la Pierre de Pierre » (« Petra Petri ») mais que, par révélation et par grâce, Simon fils de Jonas est devenu « pierre ».

Au fond, – est-ce superflu de le répéter à satiété ?- Jésus a parlé araméen. Et comme note Paolo Brezzi[1], le caractère araméen, sémitique, spontané, « naturel »  de la tournure devrait sauter aux yeux ! La Peshitto (version syriaque ancienne) va nous donner un coup de main. En bref, Jésus a employé un seul mot, masculin, « KEFA כאפא ». Et la « pierre » sur laquelle Jésus bâtira son église n’est autre que Pierre lui-même. La logique et le bon sens imposent cette interprétation :

Voici le dialogue en schéma :

Simon fils de Jonas                                                      Jésus Seigneur

Je te dis : « TU ES le Messie »                                   Et Moi je te dis : « TU ES Pierre »

Il serait absurde que Jésus ait voulu dire : « Tu es Petros et sur cette Pierre = Moi-même Jésus je bâtirai mon Eglise » ; comme si vous disiez : « Tu es Robert, et de ce verre je vais boire » ! Aucun rapport !

Mais revenons à l’araméen. Voici « le substrat araméen » que le syriaque reproduit :

 » אנת הוכאפא ועל הדא כאפא אבניה לעדתי »

Donc : « Tu es Kefa (« le Rocher », ensuite nom propre) et sur CE Rocher je construirai mon Eglise ». Un seul mot, le même, toujours au masculin. Pour le traduire en grec, le pauvre évangéliste ne pouvait pas donner une terminaison féminine en grec à un nom et un attribut d’un homme au masculin ! Il ne pouvait pas faire désigner Pierre par la forme féminine « Petra » mais plutôt « Petros », en inventant ce terme devenu aussi nom propre en grec. On n’en était encore ni à « l’unisex » ni au transgender » !

Le discours coule logiquement : Toi Simon tu m’as dit, alors maintenant c’est mon tour à moi de te dire. « Tu m’as dit que j’étais le Messie ; moi je te dis : Tu es pierre (Pierre) ». Le démonstratif « cette » ne peut désigner que Pierre-pierre, pas Jésus qui n’est pas du tout mentionné dans la phrase !

Les pirouettes, cette fois-ci « dirigées », voudraient noyer ce texte  dans celui de la 1 ère aux Corinthiens où « le Rocher était le Christ » (1 Cor 10, 4) ! Eh bien, on n’a pas le droit de « miner » un texte par un autre : dans la première aux Corinthiens, il s’agit du séjour des Hébreux au désert, quelque douze siècles avant la naissance charnelle de Jésus et de celle de Simon- Pierre.

Quelques Pères, par exemple un Théodore de Mopsueste, ont cru que « c’est sur la confession de Simon  et sa foi » que Jésus bâtira l’Eglise. On le regrette infiniment : le Christ n’a pas dit ça ! Il avait bien dit : sur cette pierre » qui n’est autre que toi. D’ailleurs, a-t-on oublié que le changement de nom dans la Bible, depuis la Genèse, signifie un changement de vie, de mission, d’identité ? Et comment se fait-il que Jésus ait changé le nom seulement à Simon fils de Jonas ? Conclusion sémitique biblique : tu ne seras plus « Simon », de l’hébreu « shim’ônשמעון », « Ecoute », mais « Kefaכאפא » : Pierre, Roc, Rocher : les autres apôtres et les fidèles, que tu vas paître (Jn 21, 15 s), vont devoir t’écouter. Lisons le récit de saint Jean, témoin oculaire et auriculaire, qui nous explicite cette idée encore davantage : «Jésus regarde (Simon, frère d’André) et dit :

« TU ES Simon, le fils de Jonas, TU T’APPELLERAS  CEPHAS », ce qui veut dire Pierre ! »

Là, que personne ne nous tracasse avec « Petros » et « petra » ! L’araméen est ici rapporté et traduit : Cher Simon, je sais bien ton nom ; eh bien, je vais te le changer : « tu seras appelé Kefa(s) », c’est-à-dire « Pierre, Roc, Rocher » : en bon français : « Tu seras Pierre ». Et « ce n’est pas pour rire que je t’ai aimé »[2], et pas pour plaisanter que je t’ai changé de nom !

Objection : quelques minutes plus tard, Jésus appellera le même Pierre « Satan » !

Saint Augustin explique : « Dans les deux désignations, Jésus donne la raison, la cause :

« Tu es heureux et tu deviens Pierre PARCE QUE …mon Père t’a révélé (Ma messianité). Tu es Satan parce que tu as les pensées des hommes ».

Donc, quand les papes se mettent à combattre comme des guerriers, à faire de l’argent comme des banquiers, ils deviennent « satans ». Mais quand ils enseignent ex cathedra, ils sont Pierre, Roc, Rocher, non  de par leur force ou intelligence, mais parce que « le Père a révélé ».

Bon ! On a compris, mais la papauté d’aujourd’hui : toujours solide ?

Le principe inébranlable : puisque la personne de Pierre n’était pas éternelle, il fallait que cette « solidité » continue (ou « continuât » !) dans ses successeurs, « jusqu’à la fin du monde » (Matt 28, 20). Pas de doute jusqu’à Pie XII, diront quelques-uns. Avec Jean XXIII, avec « trop » d’ouverture sur les non catholiques et les non chrétiens, le « rocher » semble chanceler ! Non, pas du tout, car les textes de Vatican II sont clairs : l’amour pour les non catholiques et les non chrétiens ne signifie pas l’autorisation de changer la vérité  (pour leur faire plaisir). « Bien que les fidèles sachent que l’Eglise catholique possède toute la vérité (sans blague !), ils doivent être délicats avec nos frères séparés » (« Décret sur l’œcuménisme, nr. 4, 7ème paragraphe). Le document magistral « Christus Dominus » (« Le Christ Seigneur »), en l’an emblématique 2000, réaffirme Jésus seul Sauveur (ni Bouda ni Confucius ni Joseph Smith !) et l’Eglise catholique comme la seule fondée et bâtie par le Christ ! Beaucoup n’étaient pas contents ! Or, notons que chaque religion, et chaque dénomination, si petite ou récente soit-elle, affirment d’elles-mêmes la même chose ! Seulement, ce qui est permis « aux autres » est interdit aux chrétiens, surtout aux catholiques, et ce dans beaucoup de domaines !

Et les déclarations du pape François sur l’Islam ?

Là, il exprime un avis personnel, lui le pape venu de la lointaine Argentine où les Musulmans moins de deux pour cent. Il ne parle pas ex cathedra : cette restriction fondamentale signifie que le souverain pontife n’est infaillible que s’il parle solennellement au nom du Christ, de la Bible et de la Tradition, seulement dans des questions de foi et de morale chrétiennes.

Et cette histoire du chapitre 8 d’ « Amorislaetitia », « Joie de l’amour » ?

Il s’agit des divorcés remariés, malheureusement trop nombreux. On comprend la préoccupation du pape et sa sollicitude pour ces personnes, assez souvent victimes de surprises et de situations désagréables et tragiques. Toutefois, il n’est pas question de leur administrer la communion mais d’examiner cas par cas. Certes, on ne saurait encourager cette pratique, même au niveau individuel, à cause du principe inchangé et inchangeable : la communion exige l’état de grâce ; vivre ensemble sans mariage béni à l’Eglise crée une situation irrégulière et un péché public. Nous parlons du principe, sans juger les personnes. D’ailleurs, l’Eglise orthodoxe est aussi intraitable sur ce principe (clairement énoncé dans 1 Cor 11, 27). 

Et sur la question de l’homosexualité ?

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique est on ne peut plus clair : « Elle ferme la porte à la complémentarité entre les deux sexes et à la transmission de la vie » (article 2357 ss). Le document distingue entre les personnes (qu’il ne faut pas juger), l’orientation ou la tendance, et enfin les actes d’homosexualité, certainement condamnables, donc a fortiori à plus forte raison une vie intime en commun est répréhensible. On comprend l’intention du pape François quand il a dit : « Qui suis-je pour les juger ? » Personne n’a le droit de juger personne, mais les actes et la tendance, objectivement, en soi, sont intrinsèquement mauvais. Aucun pape ne peut changer cette loi divine et naturelle. Maintenant, qu’un évêque brésilien (dont le nom ne finit jamais [3]!) ait dit : « L’homosexualité est un don de Dieu », là, il ne représente pas l’Eglise. Probablement, il a voulu parler des personnes qui naissent avec cette tendance. Leur attraction pour le même sexe « n’a pas été  un choix » ! Oui, mais… Le prélat doit remercier le ciel que le Brésil n’est pas régi par la Loi mosaïque et islamique d’après laquelle il faut tuer les personnes qui accomplissent un ou plusieurs actes d’homosexualité !

Conclusion

Jésus a tout dit, tout prévu : « Les portes de l’enfer ne prévaudront point sur elle », l’Eglise ! Et nous avons confiance en Lui et en elle !

[1]« La papauté », version anglaise, p. 4.

[2]Expression empruntée au mot du Seigneur à la Bienheureuse Angèle de Foligno.

[3]Le prélat s’appelle pas Pierre mais Antônio Carlos Cruz Santos.

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