« Quel est le fils que son père ne châtie pas? »

                    (Is 66, 18-21; Hé 12, 5-7, 11-13; Lc 13, 22-30)

                             L’interrogation de l’auteur de la lettre aux Hébreux avait une réponse claire et évidente: tous les enfants bien-nés et bien éduqués sont châtiés par leurs papas. En somme, en bon français (d’autrefois!) : « Qui aime bien châtie bien ». De nos jours, comme dirait Molière à propos de l’emplacement du cœur à droite ou à gauche: « Nous avons changé tout cela! » Quel est le père qui ose châtier, punir, réprimander son enfant, sans que celui-ci ou la mère ou les conseillers pédagogiques ou les avocats ne protestent? Il y a une bonne trentaine d’années, un « psychologue » Américain nous a fait interdire de punir les enfants, « par peur qu’ils ne deviennent complexés ». On n’a pas tardé à voir les résultats dévastateurs: gâter les enfants, plutôt humilier parents et enseignants (donc aussi religieux et religieuses), en partant de la devise: « Mon enfant a toujours raison même quand il a tort! » « Au fond, mon enfant, c’est moi, et moi je ne tolère pas qu’on me marche sur les orteils! »

 

Un gros malentendu sur l’éducation (Hé 12, 5-8)

Toujours avec Molière, dans « les femmes savantes », relançons une formule peu populaire: « Pour l’amour du grec ». « Nous avons perdu notre latin » et notre grec. Désormais, l’ignorance linguistique règne. Dans bien de livres, d’articles, de messages électroniques, les fautes de français pullulent. Bref, nous avons tout intérêt à revenir au texte grec original de l’épître aux Hébreux. Sans être pédant, voici un vocabulaire sommaire: pais, paidos παιςπαιδός : enfant; Paideia παιδεια éducation; paideuein παιδευειν châtier et, partant, éduquer en châtiant! Pratiquement, la langue et la philosophie grecques conçoivent le châtiment comme l’acte fondateur et fondamental de l’éducation. Il semble bien que « pédagogie », toujours du grec « paid- agein », conduire un enfant, soit un néologisme où la tentation reste forte, au lieu de « conduire l’enfant », de se laisser conduire par le peuple, littéralement « la démagogie », de « demos », peuple. En d’autres mots, au lieu de conduire son enfant, se laisser mener par le bout du nez, par la démagogie: « On fait comme tout le monde », succombant au chantage: « T’es vieux jeu! T’es plus dans le coup! T’es réactionnaire! T’es moyen âge! »

L’auteur de la lettre aux Hébreux, qui n’était pas le dernier venu en éloquence, en philosophie et versé dans les Ecritures, reprend l’avertissement des Livres sapientiaux: « Ne méprise pas le châtiment! » Le verbe grec est « oligorein », « ne tiens pas pour peu de chose le châtiment ». Avec un jeu de mots tout à fait fortuit et accommodatrice, nous pouvons dire: » Ne fais  pas attention à ce qu’une minorité, une oligarchie, dit! » Oui, malgré les apparences, les attitudes et les positions grégaires, à la « moutons de Panurge », ce que tout le monde dit et fait n’a été orchestré et programmé que par une oligarchie de penseurs, de journalistes, de théoriciens, souvent athées militants et franchement antichrétiens. Et tout le monde a suivi par peur d’être discrédité et vilipendé comme rétrograde, raciste, homophobe…

L’auteur va plus loin précisément dans le verset 8  qui ne figure pas dans le lectionnaire d’aujourd’hui: « Si vous refusez le châtiment, vous n’êtes pas des fils mais des νόθοι ». Qu’est-ce que ce mot peut bien vouloir dire? Là, c’est du solide et du désagréable: du peu commode! Chez les Athéniens de l’Antiquité, un « nothos » était un enfant de deuxième catégorie car fils d’un citoyen et d’une mère étrangère. Par extension, le terme en vint à désigner en général le fils d’une esclave (à l’Ismaël) ou d’une concubine. Saint Paul n’a pas manqué de déclarer que le baptême, contrairement à la circoncision (Gal 3, 27), éliminait à jamais toute discrimination à base de naissance (où l’enfant n’est pour rien!) et tout « eugénisme » de « bons Ariens » qui n’est « bon à rien »! La théorie dictatoriale et oligarchique du « gender » reprend d’une façon camouflée cette sélection génétique hitlérienne, mais déjà dès avant la naissance artificiellement programmée et « formatée ». Le pape François n’a pas hésité à la dénoncer comme « la destruction du genre humain ».

En peu de mots, un homme au masculin, nous dit à peu près l’épître, qui ne châtie pas un enfant, démontre indirectement que celui-ci n’est pas vraiment le sien ou du moins pas son héritier! Un proverbe arabe, bien méchant, dit: « Quant à l’enfant qui n’est pas sorti de ton flanc, plus il devient fou (ou: dingue), et plus tu dois te réjouir pour lui! »

 » الولد اللي مش من صُلبك، كل ما انجنّ إفرح لو »!

Note: le texte arabe a été ici légèrement modifié par souci de décence!

 

Le châtiment « promis » par Jésus à beaucoup de Juifs (Lc 13, 22-30)

Vous venez de lire ou d’entendre la lecture de l’évangile! Quoi? Jésus, « le doux et l’humble de cœur », le descendant du roi David, fait des déclarations et des prophéties simplement horribles sur le peuple juif! Et il ne met pas de bémols! Hop! Tous dans le même sac! Il fait deux généralisations inexorables, sans nuances. Contenu: vous les Juifs, enfants du royaume, dehors; des païens des quatre vents: dedans, dans le Royaume avec Abraham, Isaac, Jacob, les prophètes! (C’est pas « gentil » ou plutôt « pro Gentils » signifiant « ethnophile », pro Païens!)

Ah! C’est de l’antisémitisme, du « racisme à rebours », comme celui que nous trouvons chez beaucoup d’Occidentaux aussi: discrimination contre « les blancs, les français souchiens, les chrétiens, les catholiques… » On l’a vu parfois même chez des dignitaires, musulmans et « catholiques », après certains attentats: ils blâmaient directement ou indirectement la victime chrétienne, en excusant ou en défendant l’agresseur ou l’assassin non chrétien!

Dans une autre occasion, Jésus, Galiléen de provenance géographique non généalogique, donc Juif à l’eau de roses pour les puritains judéens, flirte avec les Samaritains, en présentant l’un comme modèle de miséricorde et d’amour du prochain, incommensurablement meilleur que le nec plus ultra du peuple hébreu: les prêtres et les lévites (Lc 10, 25 s).

Ne cachons pas que, de nos jours, un responsable politique ou religieux n’aurait jamais pu s’exprimer ainsi négativement à l’endroit des Juifs! Quelle levée de boucliers! Mais ridiculiser Dieu lui-même (pas « Allah », c’est pas le même Etre ni la même conception), offenser Jésus-Christ, l’Eglise, le Pape: aucun problème!

 

Jésus dans Jn 14, 6: « Je suis la voie, la vérité et la vie »

Avant l’évangile, la liturgie nous propose ce verset. Littéralement: « Moi je suis εγώ ειμι » la voie …, donc Moi Christ et pas un autre. Le « suis » est celui d’Exode 3, 13 s, correspondant à l’hébreu « ehyeh  אהיה« : Je suis celui qui est: l’Etre divinement subsistant et éternel. Seul Jésus, d’après sa propre déclaration, est la voie, la vérité et la vie! Vous pouvez mettre tous ces trois mots en « v », en majuscules! Dieu a parlé « par les prophètes, mais dans les temps derniers en Lui, son Fils, reflet de Sa gloire » (Hé 1, 1). Après Lui, pas de prophétie ni de révélation vraies. Dieu a parlé dans la Bible. C’est son dernier mot. Il n’est pas vrai que « Dieu parle d’une manière ou d’une autre » dans divers livres que des fidèles de diverses religions sanctifient, surtout si des textes postérieurs contredisent « l’Evangile de la paix ». Il n’est pas davantage vrai que toutes les religions veulent la paix. Il suffit de lire leurs textes. Probablement l’intention était de signaler la bonne volonté de beaucoup de personnes de diverses religions et leur désir de voir s’installer la paix et la concorde.

 

Conclusion

Enfants de Dieu, nous le devenons par le baptême, après avoir accepté Jésus-Christ (cf Jn 1, 12  s). Mais il ne s’agit pas d’un privilège de naissance, pas plus que de « renaissance baptismale » (cf Jn 3). Il s’agit d’un « trésor que nous tenons dans des vases d’argile »: trésor non mérité mais que nous pouvons facilement perdre, si nous nous laissons gâter! Acceptons les épreuves, surtout celles que nous avons en quelque sorte méritées. L’année de la miséricorde ne devrait pas nous encourager à pécher davantage – comme avertit le Pape. N’oublions jamais que si Dieu n’était pas juste, il ne serait pas du tout véritable père! Et si nous pouvions « nous ficher de Lui », à coup de « familiarité » indue,  il ne serait pas Dieu! Saint Paul nous prévient: « On ne se moque pas de Dieu! Et ce que l’homme a semé, c’est cela qu’il récoltera! » (Gal 6, 7 s).

 par P.P. Madros

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