Pauvres riches !

(Am 6, 1-7 ; 1 Tim 6, 10 -16 ; Luc 16, 19 – 31)

                                 

Le prophète Amos se déchaîne dans son invective contre les nantis qui n’ont aucun sentiment, aucune solidarité avec le reste souffrant du peuple. Comme le note saint Jérôme à propos de la parabole de l’homme riche et de l’indigent Lazare, Jésus ne blâme pas l’homme opulent (sans nom ni visage, car ce qui compte c’est son argent !) ni pour malhonnêteté ni pour impureté, mais pour égoïsme et imperméabilité affective et caritative  (Sermon 86).

Pourtant, avant de casser davantage de sucre sur le dos des « pauvres » riches, il nous convient de respecter les opulents généreux et solidaires. D’autre part, toute pauvreté n’est pas automatiquement louable, surtout si elle vient de la paresse ou du manque de sagesse ! Toujours est-il que les pauvres « en esprit » sont béatifiés, celles et ceux qui, même matériellement riches, demeurent détachés des biens de la terre et les offrent volontiers à ceux qui en ont besoin.

 

« Ô homme de Dieu, fuis l’amour de l’argent » (1 Tim 6, 10- 16)

Pour les « hommes de Dieu », les consacrés, saint Paul conseille fortement de fuir la cupidité, car « la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent » (1 Tim 6, 10-11). En allemand, l’un des synonymes de « prêtre » est « Geistlicher », « le spirituel ». Donc, au moins pour les Allemands, un « prêtre matérialiste » constitue « une contradiction dans les mots » ! Mauriac écrivait qu’il ne comprenait pas un prêtre avare ou cupide.

Parmi les douze apôtres, Judas Iscariote (quoi qu’en disent les sources gnostiques) illustre magnifiquement le malheur et la trahison que la cupidité engendre.

Le pape François, à juste titre, dénonce toute mondanité chez le clergé, toute vénalité chez les hommes politiques, toute cupidité chez les producteurs et vendeurs d’armes. « L’argent est le nerf de la guerre » : et pour vendre des armes, de plus en plus sophistiquées et chères, il faut constamment immoler de nouvelles vies humaines. Dans la ligne de la trahison à base de cupidité, nous pouvons voir le « flirt » de divers « dirigeants » politiques prêts à vendre leur patrie et leur patrimoine pour « trente sicles d’argent » ou de pétrodollars !

 

La parabole de Lazare et de l’homme riche (Luc 16, 19 – 31)

Nous pouvons nous attarder sur quelques éléments de la parabole, précisément « trop riche » ! L’homme opulent (appelons-le Harpagon !) n’a pas de compassion pour Lazare, et moins encore le désir de le soulager ! Les chiens, oui, les chiens lèchent les plaies du malheureux pour réduire sa souffrance (Saint Cyrille d’Alexandrie, sur l’évangile de Luc 111) ! Là, Jésus fait preuve d’une grande sévérité ! Pour les Juifs, les chiens n’étaient pas des animaux admirables (contrairement à nos jours peut-être, chez certains). D’après le midrash, Goliath « mourut comme un chien » : pas flatteur ! Les Grecs aussi seraient ici aussi démentis : en effet, l’adjectif peu qualificatif « cynique » vient de «κυνός,  kunos », chien ! Or, ici, c’est l’homme riche (plus riche qu’homme) qui est cynique contrairement aux « braves » quadrupèdes ! Quand l’homme « a » ou « possède » trop pour ne plus « être », il perd son humanité et l’image et la ressemblance de Dieu !

 

Une petite bataille d’arrière-garde !

En feuilletant divers commentaires sur cette parabole, l’on tombe, en espagnol, sur une virulente attaque contre l’Eglise catholique, par un prêcheur probablement adventiste ou témoin de Jéhovah. Il accuse l’Eglise (qu’il décrit avec force épithètes peu reluisantes) de vouloir à tout prix conclure, de ce texte, à l’éternité de l’enfer. Le Magistère n’a jamais pris cette position, laissant aux exégètes et aux pasteurs le soin de bien expliquer ce passage d’ailleurs symbolique. L’éternité de l’enfer se trouve, bien explicite, dans d’autres textes évangéliques, à commencer par Mt 25, 46 « les méchants s’en iront à une peine, un châtiment, éternel κόλασις (que la direction de Brooklyn falsifie en rendant ce vocable par « retranchement » !).

 

Conclusion

L’équilibre chrétien nous interdit de bannir complètement l’argent de notre vie,  d’un côté (sauf si on se fait moine ou ermite, et encore !) et de l’adorer, d’autre part. Bon serviteur, il est un mauvais maître.

Que le Seigneur nous accueille « dans le sein d’Abraham », loin des tourments du feu !

   (par P. P. Madros)

 

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