Réduire le Précurseur au silence : tenter d’empêcher la venue ou le retour du Messie !

(Is 11, 1-10 ; Mt 3, 1-12)

 

Fils de David, oui, mais comment ?

« Un rejeton sortira de la souche de Jessé (père du roi David), un surgeon (hébreu netser נצר) poussera de ses racines ». Jésus est ce rejeton, surgeon physique, physiologique de la tribu de Juda, du clan « Ephratha ». Pas question ici de paternité ou de filiation légale ou symbolique seulement. Si l’on peut utiliser ce texte comme prophétie sur l’origine davidique du Messie Jésus, il élimine toute hésitation sur le lien charnel entre Jessé-David et Jésus. La conclusion s’impose : il ne suffit pas de se contenter d’une filiation légale davidique grâce à saint Joseph, père adoptif du Christ. Et, comme le chante la liturgie byzantine, la Vierge Marie était « fille de David », sans nier sa parenté avec Elizabeth, de la tribu de Lévi. A deux reprises, au moins, pratiquement dans la lettre aux Romains (1,3 ; 9, 5), l’apôtre des nations, qui s’entend en généalogies, déclare que Jésus est « de la descendance de David (le mot concret σπέρμα), selon la chair κατά σάρκα», pas « selon la Loi », comme le serait la filiation légale par saint Joseph. Paul distingue très bien entre « chair » et « loi ». En parlant plus loin des « pères », des patriarches, l’apôtre signale à nouveau la double nature du Christ : « d’eux vient le Christ, selon la chair το κατά σάρκα, celui qui Est (littéralement «l’Etre ») au-dessus de tous Dieu béni éternellement. Amen ».

 

La paix utopique de l’ère messianique ?

L’on a pu noter, historiquement, la « paix romaine » qui a régné pendant le séjour de Jésus sur cette terre. Encore faut-il remarquer que la paix ne saurait coexister avec l’occupation, la colonisation, et la répression. Mais il est facile de conclure que la bonne nouvelle de Jésus constitue littéralement et profondément « l’évangile de la paix », paix avec Dieu, paix avec le prochain, paix avec le lointain rapproché en Christ, et paix même avec les ennemis. Malgré les défauts, les vices et les crimes de la chrétienté au parcours des siècles, l’idéal et la réalité fondamentales chrétiennes de la réconciliation, de la fraternité universelle, de la non violence, bref, de « la douceur du Christ », s’impose. Il suffit de constater l’enthousiasme mortel des non chrétiens pour émigrer en pays chrétien, ou de culture chrétienne, avec mille risques et périls, par monts et par vaux. Athées et non chrétiens ne se rendent pas compte, ou ne veulent pas se rendre compte, que cette paix et cette « civilisation de l’amour », dite « occidentale », viennent directement de Jésus, de Marie, de l’Evangile et de l’Eglise !

 

L’un des protagonistes du temps de l’Avent : Jean-Baptiste : prophète « inacceptable » aujourd’hui ! (Mt 3, 1-12)

Il parle à l’impératif en utilisant la seconde personne du pluriel : « Repentez-vous » ! Jésus fera de même ! Nous autres, pauvres apôtres, nous ne pouvons plus dire « vous » mais « nous » : « Repentons-nous ! » Le verbe hébreu-araméen pour « se repentir » est « revenir » שוב תוב, le verbe grec signifie « chambarder ou révolutionner sa pensée », donc son comportement. Ce Jean, fils de Zacharie, se déchaîne, apparemment, contre des Pharisiens et des Sadducéens, les mettant indistinctement dans le même sac de l’hypocrisie. Un Raphaël Draï y verrait, comme dans les invectives de Jésus contre ces messieurs, de l’antisémitisme, de l’antijudaïsme  aussi maladroit que répréhensible !

Bien que certaines réflexions de ce politicien méritent considération et approfondissement, sa thèse reste à rejeter en pensant aux dures invectives des prophètes Juifs contre le peuple et ses rois ! A côté d’elles, celles de Jean-Baptiste et de Jésus font figure de petite bière !

Mais attention ! Ni le Baptiste ni Jésus ne sont contre les personnes ! Ils stigmatisent le mal, critiquent le péché ! Or, l’un des pièges de la vision contemporaine, c’est de confondre les personnes et les principes,  dans le but final- conscient ou pas- de refuser tout reproche, de repousser toute critique. La devise de « l’abbaye de Thélème » « Fais ce que voudras » fait toujours école.

Jean reprend de plus belle : « Engeance de vipères ! » Heureusement que le discours s’adresse seulement à « beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens », pourtant ennemis déclarés entre eux, mais avec dénominateur commun la volonté de « sauver la face », en faisant semblant de se repentir, devant les foules ! Imaginez un prédicateur, du haut de la chaire, traiter « les gens » comme cela ! Que de prêtres et d’évêques ont été récemment dénoncés pour « homophobie », « misogynie », « opposition aux droits de la femme » (pour l’avortement), « islamophobie », « antisémitisme »… Le « Conseil Européen contre le racisme et l’intolérance », sous prétexte d’éviter un éventuel nouvel « holocauste », entend réduire au silence les critiques (même justifiées) contre les non chrétiens et les étrangers. Bien sûr, aucune loi européenne n’interdit de critiquer le bon Dieu, le Christ, l’Evangile, l’Eglise ou les chrétiens !

 

Plutôt que « prophète », on voudrait un « pro-phète » !

Le pauvre Baptiste est dans de mauvais draps. Il est « prophète », étymologiquement « il parle à la place de » Dieu  : sens de la préposition grecque « pro » προ, à la place de, par mandat de… Mais les gens préfèrent le «pro » latin, dans le sens de : pour, en faveur de…C’est gentil, par exemple de la part de Donald Trump, d’être « pro life », pro – vie. Alors, comment peut-on en même temps être pro avortement, pro « unions » etc… Le Christ nous sauve une fois de plus : Dieu aime ses enfants, toujours. Il réprouve leurs péchés. Il n’est jamais contre sa créature mais pour son bien. En somme, nous chrétiens nous devons être « pro », pour tous, mais pas pour tout, parce que le bien et le mal existent encore ! Et ce n’est pas la charité qui va les confondre ou les brouiller (cf 1 Cor 13, 6).

Embarras du prédicateur, de l’éducateur, du dirigeant devant l’humanité contemporaine, si susceptible ! Que de prétextes pour esquiver les reproches ?! « Vous complexez l’enfant ! » « Vous éloignez la paroisse ! » « Vous faites un discours haineux, offensif, provocateur ! » « Votre style est inadmissible ! » « Vous exagérez ! » « Vous ne voyez que le négatif ! » « Vous êtes rétrograde, fanatique, forcené ! » Pouvons-nous honnêtement faire de telles remontrances aux prophètes (authentiques), y compris le Baptiste et le Christ ?

 

Conclusion : ne soyons plus « pierres » mais « enfants » !

Ce baptiste nerveux est aussi éloquent, s’il vous plaît ! Répétons notre admiration pour son jeu de mots, en araméen : « Ne vous gargarisez pas en disant « Nous sommes les fils d’Abraham », araméen BANIN בנין parce que Dieu peut, de ces pierres ABANIN אבנין, susciter des FILS  BANIN בנין à Abraham ». Que le Christ transforme nos cœurs de pierre en cœurs de chair, d’enfants !

(par P.P. Madros)

Image d’illustration : Saint Jean-Baptiste prêchant la foule dans le désert, oeuvre de Pieter Brueghel le jeune.

 

 

  

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