Soeur Graziella Albert Dager

Dans le diocèse patriarcal latin de Jérusalem

Fête de Notre-Dame de la Palestine 2017 A.D.

Le plus important à propos de la Palestine historique : la foi chrétienne et le salut éternel

(Gal 4, 4 ; Lc 1, 47 s)

(P. P. Madros)

Pas de politique!

Il ne s’agira ici que de la Palestine historique, nommée pour la première fois, semble-t-il, par Hérodote, au cinquième siècle avant Jésus-Christ, et bien plus tard constituée en province romaine par l’empereur hispano romain Hadrien, de 132-135 A.D., comme réaction à la révolte juive de Bar Kokhba. L’empereur voulut appeler la province « Palaestina », en l’attribuant aux Philistins, pourtant minoritaires et vaincus.

L’Eglise Catholique et la chrétienté de Terre Sainte, en général, ont une vocation : celle de naître au Pays du Christ, et une mission : celle d’annoncer l’Evangile, directement ou indirectement, et surtout de continuer à être « la mère de toutes les églises », en communion « avec la très sainte église des Romains qui est comme le luminaire de toutes les églises sous le soleil » (Saint Sophrone de Jérusalem, dans sa Lettre Synodique, c. 3188 D- 3189 B). « Les saints » de la ville sainte ont été appelés, les premiers, après les apôtres et les disciples, à  être les témoins de Jésus, « à Jérusalem, en Judée, en Samarie, (en Galilée), et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 7 ss). Tragiquement et providentiellement, leur émigration forcée (en particulier sous régime ottoman à partir du XVI ème siècle) a porté l’Evangile et le témoignage de l’Eglise-mère jusqu’aux confins du globe. Aujourd’hui, les églises de la Syrie, de l’Irak, et de l’Egypte, après celle du Liban, nous précèdent dans le témoignage-martyre !

Une première conclusion pour nous : clergé et fidèles de Terre Sainte, surtout les Palestiniens et les autres Arabes : le royaume de Dieu avant tout et tous !

Nous ne sommes pas d’abord Arabes ensuite chrétiens ! Cette affirmation ne correspond pas du tout à la vérité, pas même sur le plan chronologique ! En effet, nous étions des Cananéens, des Philistins et même des Juifs christianisés, de langue araméenne, avant l’arrivée des « Arabes » ou des « Ismaélites » ou des « Hagariens » en 637 à Gaza, 638 à Jérusalem (les termes « Musulmans, Islam » apparaîtront plus tard). Donc, nous étions chrétiens avant d’être « palestiniens » au premier siècle après Notre-Seigneur, et avant d’être graduellement arabisés et massivement islamisés, plus ou moins violemment.

Du point de vue moral, certains laïcs chrétiens, plus ou moins sécularisés et nationalistes, se définissent « d’abord Arabes Palestiniens, ensuite chrétiens », donnant plus d’importance à la patrie (dans le souci de l’unité nationale avec les compatriotes musulmans et le reste du monde arabe ou arabisé) qu’à la foi chrétienne, pourtant privilégiée dans la terre même de la Rédemption ! A notre humble avis (que personne n’a demandé), il est inadmissible pour le clergé d’avoir une telle position ultra nationaliste (même si la cause nationale est juste et légitime) aux dépens du ministère sacerdotal. Cette façon terrestre et horizontale de s’identifier, chez certains laïcs et membres du clergé, en reléguant au dernier lieu l’identité chrétienne des citoyens de la Terre du Christ, rappelle la grave omission, dans la Constitution de l’Union européenne, des « racines judéo-chrétiennes », pour n’insister, à tort, que sur les racines gréco-romaines.

 

Comment le Seigneur et sa Mère regardent cette terre et ses habitants

Ils voient d’abord la foi, le progrès ou la régression du « royaume de Dieu » dans Sa terre, royaume qu’il « faut chercher tout d’abord » (Mt 6, 33) ! Ensuite viennent les considérations «  des droits de la personne humaine » où il semble bien que les Palestiniens font partie d’infra peuples qui n’ont pas ou pas encore droit à la souveraineté, un peu comme les Kurdes ou les Catalans…

Jésus nous pose donc, à nous tous, mais surtout à ses compatriotes : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? » (Luc 18, 8). Le mot terre «ar’aa ארעא en araméen, et arets ארץ » en hébreu désigne le globe mais aussi « le pays ». Et la Sainte Vierge se demande toujours combien des habitants de ce pays reconnaissent-ils Jésus, son Enfant, comme Seigneur et Sauveur, avec les Bergers et les Mages. Combien d’habitants « exaltent-ils le Seigneur », et combien le nient-ils ? Combien de « chrétiens » « La proclament-ils bienheureuse » ? Combien d’habitants de la Terre Sainte et de la terre tout court dirigent-ils vers sa poitrine de mère « un glaive qui la transperce » ? Qui trahit le Christ comme Judas, et qui reste fidèle comme Jean ? Qui s’échappe comme la plupart des apôtres, reniant comme Pierre, et qui est lâche comme Pilate, perfide comme quelques membres de « l’aristocratie du Temple » ? Et « les marchands du Temple » : ne sont-ils pas toujours vivants et actifs ?

« Evangélisez toutes les nations, en en faisant des disciples » (amalgame de Mt 28, 19 et Marc 16, 15), à commencer par le pays du Christ ! Mais comment ? Discrètement, en proposant non imposant la foi, sans jamais « rougir de l’Evangile » (Rom 1, 16).

Avec Saint Cyrille de Jérusalem, en particulier à propos des lectures de cette fête (Gal 4, 4)

Cette fois-ci, nous allons nous laisser guider par le saint évêque catéchiste hagiopolite, dans sa XII ème catéchèse baptismale (nn. 31 et 32), puisque, dans Jérusalem, nous avons tous « nos fonts » : nos fonts baptismaux et nos fontaines, nos sources, nos racines, d’après la prophétie du psaume 87 (86), 7 b.

« Dieu, en effet, dit Paul, a envoyé son Fils, non pas né d’un homme et d’une femme, mais « né d’une femme » (Gal 4, 4) seulement, et il faut entendre d’une vierge… D’une vierge est vraiment né celui qui virginise les âmes. »

« Mais cette conception t’étonne : elle étonnait aussi celle-là même qui a conçu ! Elle dit en effet : « Comment cela arrivera-t-il puisque je ne connais point d’homme ? » Et l’ange de dire : « L’Esprit Saint viendra sur toi… »… L’emplacement de la crèche qui a reçu le Maître confondra (les renégats). Les bergers témoigneront, qui en ce temps-là reçurent la bonne nouvelle, et l’armée des anges, dont l’hymne de louange disait : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux… » Le temple où il fut apporté le quarantième jour, les couples de tourterelles offertes pour lui, et Siméon qui le porta dans ses bras, la prophétesse Anne enfin qui se trouvait là (témoigneront de même).

La Terre Sainte elle-même témoigne et témoignera, comme un « cinquième Evangile » !

Conclusion : « Une terre qui dévore ses habitants » (Nombres 13, 32 )

Que cette Terre Sainte dévore nos corps, après notre mort, pas notre foi  ni notre charité ! Que nous ne nous dévorions pas les uns les autres ! Voici ce qui a effrayé les espions israélites à propos du pays de Canaan : « Tous ceux que nous y avons vus sont des hommes de haute taille ! »  Tirons la conclusion, nous autres chrétiens de Terre Sainte et chrétiens tout court : soyons grands, pas seulement « longs » (comme dirait Charles de Gaulle), grands dans la foi, l’espérance et la charité, jamais nains dans la la piété, en particulier dans une région où « tout est religion » !

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