Le « roi sage » crucifié

                        (2 Sam (R) 5, 1-3 ; Col 1, 12-20 ; Luc 23, 35- 43)

 

David, « figure » du Christ, oui, mais…(2 S (R) 5, 1-3)

Les Anciens du peuple hébreu demandent à David, souverain à Hébron, de devenir leur roi. Il était beau, dehors et dedans, jusqu’au jour où la concupiscence pour la femme du pauvre Urie le Hittite, d’un côté, et la vanité d’un recensement pour se pavaner, de l’autre, l’ont perverti. Oui, il est l’un des prototypes de Jésus, en tant que roi et prophète, berger bethléemite et judéen, deux fois « oint »-messie, mais certainement pas dans son comportement peccamineux d’adultère, de polygame, d’homicide, et d’occupant militaire (de la ville cananéenne de Jébus vers l’an 1000 avant Jésus-Christ). Le royaume de Jésus, qui « n’est pas de ce monde », commencé dans une mangeoire et culminant sur une croix, semble ne pas attirer bien des Juifs (ni des Musulmans).  Et si, comme dit Racine,

« mais sans argent, l’honneur n’est qu’une maladie »,

sans fortune, ni harem, ni intrigues, ni conquêtes, ni butin, ni pouvoir, la royauté paraît piètre et sans lendemain ! Mais, il s’agit de la souveraineté de ce qu’on appelle « monde » qui, étymologiquement, signifie « pur » en latin mundus. Jésus le véritable roi « du monde » pur, du κόσμος « cosmos » qui veut dire « beau », est « le roi des siècles  מלך העולם, Dieu incorruptible, invisible (mais incarné en Christ), unique ». Corruptibilité, immortalité, justice, paix et amour caractérisent son règne. De nos jours aussi, refuser la royauté de Jésus ruine les nations et détruit les peuples, mine la famille, tue l’enfant et dénature les couples !

 

 

Le roi de la lumière, créateur et, comme homme, « image du Dieu invisible » (Col 1, 12-20)

Nous venons d’énumérer les bases morales de la royauté du Christ. Saint Paul nous en fournit le fondement ontologique, théologique et philosophique. Le Verbe incarné est roi parce que Parole créatrice : tout a été fait par lui, pour lui. L’on rejette sa royauté dès qu’on refuse sa divinité et, d’autre part, en repoussant sa croix et son dénuement, ainsi que sa chasteté parfaite et sa pauvreté volontaire. Dans ce sens aussi, ces trois « religions » sont irréconciliables (voir le livre de Jacques Ellul). Inutile de préconiser  « une religion universelle ». Jésus est « irréductible », un peu comme les Gaulois de Petibonum !

 

« Drôle de roi » sur la croix ! Un personnage à tout casser (Luc 23, 35- 43)

Ainsi s’expriment « les Juifs » et « les Grecs » païens en donnant respectivement (et irrespectueusement) à Jésus de Nazareth crucifié l’étiquette de « pierre d’achoppement » et de « fou » (1 Cor 1, 18- 23). L’évangile de ce dimanche nous présente Jésus sur le trône de la croix, pour ainsi dire. Il  semble bien que Jean l’évangéliste insiste sur cette royauté du crucifié à tout bout de champ (Jn 12, 32). Bref, la souveraineté de Jésus éclate au moment de la plus grande humiliation et honte. Nu entre ciel et terre, entouré de deux larrons, Jésus entend la supplication du bon bandit, bon non pour avoir volé et tué, mais pour son repentir et sa reconnaissance du Messie dans le visage et le corps meurtris d’un compagnon de gibet : « Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton royaume ! » (v. 42).

Il faut une foi de fer, une espérance d’acier, une « chance de pendu » pour déclarer la royauté d’un supplicié ! Belle leçon pour nous qui ne reconnaissons plus Dieu quand les choses ont l’air sombre et macabre ! Leçon pour le monde chrétien : ne pas se laisser entraîner par l’appât du luxe,  de la luxure, de l’esprit de domination.

 

Un mot éloquent d’un Syrien païen : Mara Bar Sérapion

Vers l’an 73 A.D., de sa prison où il a été injustement jeté, le philosophe stoïcien syrien Mara écrit à son fils Sérapion sur les justes, victimes d’oppression et précisément d’injustice. Il dessine un triple tableau des habitants d’Athènes, de l’île de Samos, et des Juifs. Tous ont fait du tort à leurs grands hommes, respectivement Socrate (en le condamnant à boire la cigüe), Pythagore, et « le roi sage des Juifs », sous-entendu Jésus de Nazareth. L’injustice de ces peuples ne leur a pas porté bonheur !  Mara se demande : « Quel avantage pour les Juifs d’avoir exécuté leur roi sage ? Leur royaume fut anéanti peu après ».

Paradoxalement,  même le traité « Yoma 39 b» (abréviation de « Yoma rabba ») du Talmud babylonien déclare que « les sacrifices ne furent plus acceptés par le Saint, béni soit-il, quarante ans avant la destruction du Temple », ce qui coïncide avec la mort expiatoire et sacrificielle de Jésus ! Certes, des rabbins trouveront une échappatoire pour ne pas « tomber » sur Jésus, et encore crucifié ! N’empêche que ce texte énigmatique a été littéralement accompli en l’an 30, celui de la crucifixion salvatrice !

 

Conclusion

A Jésus peu importent les richesses et les plaisirs de la chair et de la domination. Ce qui l’intéresse « jusqu’à en mourir », c’est régner sur nos cœurs, pas pour son avantage à lui (il n’a besoin de personne ni de rien) mais pour nous : le servir, c’est régner, à notre tour ; l’aimer c’est vivre ; même mourir pour lui, c’est « être éternellement entraînés dans le cortège de son triomphe » (2 Cor 2, 14).

Disons-lui, supplions-le : « Que ton règne vienne ! »

Bonne fête !

P. P. Madros

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