Ou Jésus-Messie ou « un autre » !

(Mt 11, 2- 11)

Jean-Baptiste, dans sa prison de Machéronte à cause d’Hérodiade (« Cherchez la femme » !) envoie demander à Jésus ce dont il sait la réponse : « Es-tu, cher cousin, le Messie ? » C’est pour le compte des disciples de Jean et des foules.  Le brave saint Augustin, pourtant perspicace et génial,  s’est déchaîné contre le Baptiste : « Comment, après avoir désigné Jésus comme « agneau de Dieu », demandes-tu maintenant s’il est le Messie ?! »  L’évêque d’Hippone, nord africain (pas arabe), n’a pas saisi ici la mentalité orientale, sémitique, qui parfois fait des pirouettes : dans certains cas, les Orientaux préfèrent plutôt  faire dire que  dire directement, conscients que le message serait  mieux écouté. D’autres fois, leur discours s’adresse à un personnage mais avec l’intention de le faire parvenir, indirectement et gentiment, à un autre, d’après le proverbe arabe populaire : « Je parle à la voisine pour que la belle-fille entende ! » بحكي مع الجارة تتسمع الكنّة  Quelques siècles plus tard, Ernest Renan, pas plus oriental que saint Augustin, va tomber dans la même erreur. Bref, le Baptiste qui, dès avant sa naissance, déjà au sein maternel, avait reconnu Jésus comme le Messie-Seigneur, et l’avait plus tard proclamé tel, n’avait jamais hésité sur l’identité du Sauveur. Pouvant mourir à tout moment, il a tenu à faire entendre, à ses disciples et aux foules, par la bouche de Jésus lui-même l’affirmation de la messianité du cousin Galiléen.

 

Quand nous-mêmes nous tergiversons…

Chrétiens, catholiques, sans l’ombre d’un doute, malgré mille difficultés, comme dirait Newman, nous avons de temps en temps des attitudes d’incohérence. Oui, Jésus est le Seigneur et le Sauveur. Mais… En psychologie, nous informent les psychiatres, « oui mais » signifie « non ! » Jésus, oui, mais, inconsciemment, pourquoi pas en chercher « un autre », essayer « autre chose » ? Le Christ ne va pas nous couper la tête si nous cherchons « ailleurs », « le plus beau mot de la langue française » et de toutes les langues ! C’est là sa force et notre faiblesse ! Il ne condamne pas à mort les apostats (contrairement au monde musulman).

Ayant prévu nos hésitations, Jésus s’est empressé d’ajouter : « Bienheureux celui pour qui  je ne suis pas une pierre d’achoppement ». Ce qui nous fait trébucher peut se classer en deux catégories : les dogmes et les prescriptions morales difficiles de l’Evangile, d’un côté ; les théories plus ou moins scientifiques ou « historiques » qui mettent Jésus et son message en doute ou dans des prismes inconnus et choquants, de l’autre.

 

  • Dogmes et éthiques évangéliques peu commodes !

L’ex pharisien de Saul de Tarse avait déjà repéré, identifié et illustré la pierre d’achoppement relative à Jésus : étymologiquement le « scandale » σκάνδαλον de la croix et, partant, de l’évangélisation (cf 1 Cor 1, 17 s, surtout v. 23). Le concept du Messie souffrant, pourtant bien documenté dans Isaïe 53, ne plaît pas trop à des yeux hébreux qui souhaitent un Empereur Juif de ce monde. Mais une analyse rapide de la condition humaine impose la souffrance, donc la croix,  comme l’un des éléments les plus profonds et les plus purificateurs. Devant la mort, la croix est l’un des rares symboles et étendards qui tiennent. Saint Jérôme y encourageait l’un de ses correspondants : « Les yeux secs, vole vers l’étendard de la croix ! »

Un autre scandale, dans Jean 6 : les paroles indigestes de Jésus sur sa chair pain de vie et son sang ! Même les disciples, sauf rares exceptions, ont fait marche arrière ! Heureusement que le premier pape a eu la bonne réaction : « Seigneur, chez qui irions-nous ? Toi seul as les paroles de la vie éternelle » ! Bravo, Sainteté ! Toujours la même histoire : ou Jésus ou « un autre » ! Allez trouver un autre ! Bouddha, Confucius, Ghandi, Lénine,  Che Guevara, Castro… ?

Toujours dans l’évangile de Jean (chapitre 8) : la déclaration de la divinité de Jésus  fait choc! « Franchement, il aurait pu l’éviter ! » « Nous casser la tête avec « Père, Fils et Saint Esprit » ! (Mt 28, 19 ; 2 Cor 13, 13). Là aussi, le pauvre saint Augustin y a perdu son latin jusqu’au moment où un enfant angélique lui a démontré l’absurde et le ridicule de mettre l’océan (figure de la Trinité) dans un petit trou près de la plage (la raison humaine). Au fond, dès la Genèse (1, 1-3), la Trinité se manifeste : Dieu, Sa Parole et Son Esprit.

Une jeune italienne, passée à l’Islam, a ainsi justifié son passage : « Je cherchais une religion plus raisonnable ». Faisant probablement allusion à la Trinité, elle a oublié que le Coran, à deux reprises, qualifie Allah de « meilleur des créateurs », supposant qu’en dehors de lui il existe au moins deux autres créateurs. En outre, elle n’a probablement jamais su que, d’après les hadiths (« Traditions »), « la femme a moins de raison  et moins de religion que l’homme ». Donc, au double point de vue de « religion raisonnable », elle est abondamment « servie » et doublement en désavantage théocratique et immuable !

Difficulté de l’éthique évangélique : aimer ses ennemis ; tourner l’autre joue ; la monogamie (malgré l’avantage inestimable de n’avoir qu’une seule belle-mère), le célibat consacré… Or, ce sont précisément ces hauteurs morales qui prouvent l’origine céleste de l’Evangile que personne ne pourrait jamais accuser de matérialisme, machiavélisme, machisme, arrivisme, cupidité, domination-esclavagisme. On ne pourra jamais reprocher à Jésus « de suivre ses instincts » et de « ne se soucier que de s’unir à des femmes » (reproche facilement fait à un Joseph Smith ou un Brigham Young, respectivement le fondateur des Mormons et son premier successeur).

 

  • Théories pseudo-scientifiques ou « historiques » qui entendent miner le Christ et l’Evangile

Depuis près de vingt siècles, de telles théories négatives, venant de tous bords et de toutes directions, n’ont pas pu secouer l’Eternel Galiléen, pas plus que son église, pourtant humainement fragile et parfois répréhensible. L’internet vous présente, avec documents, manuscrits, images à l’appui, une infinité de « découvertes » niant le « Jésus de l’histoire » ou démystifiant  « le Christ de la foi ». Tantôt les évangiles gnostiques sont cités : Jésus mari de la Madeleine ! Absurdité sensationnelle pour la bonne raison que les gnostiques, puritains pathologiques, considéraient le corps humain comme un mal, donc le mariage un mal double et la procréation comme la multiplication de ce mal à l’indéfini !

En 2008, le couple Elkington croit voir dans un code en métal, en paléo-hébreu, paraît-il, découvert en Jordanie, la véritable nature de la mission du Christ : il aurait fait partie d’une secte juive, née un millier d’années auparavant, dans le but de restaurer le culte du Temple de Salomon où on aurait vu Dieu qui aurait été mâle et femelle à la fois.

Pas besoin de génie pour démentir la théorie et disqualifier le code en question : aucune source juive ne fait état d’une telle secte. Nos évangiles brillent, en comparaison avec ce document, par l’exactitude de leurs prédictions sur la destruction du Temple (encore actuelle en 2016 !) Le Dieu mâle-femelle, presque « gender » ou transsexuel ( !), ne trouve aucun appui dans la littérature biblique, pas même rabbinique où il s’agit parfois de la « Demeure » shekinah  שכינה et d’une « Matronite » (du latin « matrona »), aspects rabbiniques féminins de la présence de Dieu.

 

Conclusion : nous sommes « plus grands »  que Jean-Baptiste le grand !

Cette fois-ci, citons saint Augustin qui pertinemment nous explique cette réalité : le Baptiste « constitue la frontière des deux Alliances » « limes Testamentorum duorum » », écho de la lettre aux Hébreux qui souligne la sublimité de la nouvelle alliance, fondée sur un nouveau sacrifice et un nouveau médiateur, définitifs et éternels.

Ne doutant jamais de Jésus, nous vivrons un bonheur que rien et personne ne pourront jamais nous arracher (cf Jn 16, 22).

 

 

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