Pêcheurs de pécheurs, « ténèbres » qui éclairent !

(Sophonie 2, 3- 13 ; 1 Cor 1, 26- 31 ; Mt 5, 1- 12)

(par P. P. Madros)

Sophonie se trouve dans le recueil unique« des  douze petits prophètes ». Pour nous, catholiques et orthodoxes, il fait partie des treize petits prophètes, avec Baruch. Sa courte prophétie, bien que celle d’un disciple du grand Jérémie, a été supprimée, ainsi que son dernier chapitre, intitulé « La Lettre de Jérémie », par le concile rabbinique de Jabné (Jamnia, à l’ouest de Jérusalem) en l’an 90 de l’ère chrétienne. Et en 1520, dans son livre en latin « De canoneSacrarumScripturarum », Andreas Bodstein surnommé « Karlstadt », a suivi le canon juif.

« Petit » commentaire inattendu à propos de cet illustre inconnu : Sophonie devrait être le patron de… l’Espagne, sans limoger toutefois saint Jacques de Compostelle ! En effet, le nom « Espagne » semble venir du cananéen-phénicien « forger des métaux », ou plutôt, de la racine cananéenne « Spnצפן » qui signifie : «garder, protéger, tenir en réserve » (Ex 2, 2 ; Ps 27 (26), 5 ; 31 (30), 20…). Que le bon Dieu protège l’Espagne, et, si vous voulez, tous les pays de langue espagnole, surtout l’Argentine, berceau de notre cher pape  François ! Nous avons besoin, pas de nouvelles  « colonies » espagnoles, mais de « reconquête » pacifique de la foi chrétienne !

 

Sophonie  2, 3- 13 : la douceur, la justice, la tranquillité

Le vocabulaire biblique, en hébreu, n’a pas l’air d’avoirla notion de « l’humilité » ou de la « douceur »,sans prétentions et avec patiente ! Les lexiques de terminologie biblique nous informent que, selon la mentalité hébraïque, l’origine partait de la pauvreté, oui, de l’indigence, matérielle : la pauvreté tout court, pour ne pas dire toute nue. Voilà : quelqu’un est, malheureusement pour lui ou elle, tout simplement et cruellement « ‘aniהעני », misérable, indigent, pauvre. Jésus y reviendra. Maintenant, comme dit quelque maître spirituel : « Il faut beaucoup d’humiliations pour atteindre l’humilité ». Sociologiquement et sémantiquement, il paraît qu’une évolution a eu lieu : à coups de pauvreté et de misère, le ‘ani עניest devenu « ‘anawענו » : humilié, il devient humble ; matraqué, il devient gentil ; malmené, il n’exige rien et supporte tout. Donc, il passe de « ‘oni », pauvreté, à « ‘anwahענווה », douceur, gentillesse et, du coup, tranquillité aussi ! Cette dernière a une autre condition : la justice. Le P. Thomas Stransky disait, à propos de la Terre Sainte : « En général, les Hébreux insistent sur « la sécurité » ; les Palestiniens sur la justice ! » Jusqu’ici, aucune des deux n’a été complètement réalisée !Le prophète Isaïe avait pourtant transmis l’oracle divin : « Fruit de la justice sera la paix, et mon peuple vivra dans l’oasis de la paix » (Is 32, 17- 18).

La pauvreté, la basse condition sociale, la folie, l’impuissance, l’insignifiance : en deux mots « la croix » (1 Cor 1, 26- 31)

« Classique de l’hellénisme », fin pédagogue, pasteur délicat, Paul utilise des euphémismes : « Chers Corinthiens, qui ne vous estimez pas de petites entités, parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de bien-nés (littéralement : «  eugène »s, ευγενεις !) Pas beaucoup : en pratique presque personne, malgré la présence d’écoles de philosophie et de rhétorique. La plupart des Corinthiens étaient des esclaves, travaillant dans deux ports. Vous avez tout compris.

Les braves Corinthiens, ombrageux et susceptibles (sans compter une dépravation proverbiale), ne doivent pas se formaliser ni se sentir offensés ! Voici « le Seigneur de la gloire » lui-même qui s’est fait tuer comme un esclave et le pire des criminels. Horrible objet de supplice et de honte, la croix fait précisément partie de « ce qui est fou, faible, méprisé, de basse condition » ! Et c’est par elle et sur elle que le Seigneur, crucifié, s’il vous plaît, a vaincu tout « ce qu’il y a de riche, de raisonnable, de philosophique, de fort, de puissant, de glorieux ». Par Jésus, toujours crucifié, devenu « sagesse, justification, sainteté et rédemption », vous « êtes dans le Christ » : nouvelles créatures, enfants de Dieu, re-nés de l’eau et de l’Esprit, cohéritiers avec Jésus! Et saint Pierre de spécifier : « Vous êtes devenus une race élue (le fameux γένος que les esclaves de Corinthe n’avaient  pas par naissance, mais par adoption divine), un sacerdoce royal (grâce au Christ Grand-Prêtre, pas besoin de généalogie lévitique, cfHébr 5, 1) ; une nation sainte (humm, avec toutes les iniquités corinthiennes, il faut que le sang du Christ ait bien lavé cette foule pourrie !), un peuple acquis ». Le bon Dieu, Père clément, est heureux et fier d’avoir racheté, récupéré les enfants prodigues ! (Jésus étant l’Enfant-Prodige, cf Isaïe 9, 5). Par contre, des fois, dans l’Ancien Testament, Yahweh semble avoir « vendu » son peuple « à vil prix », quitte à ne rien gagner « de cette mauvaise affaire » ! (Cf Ps  (Ps 44 (43), 13).

 

Les béatitudes : bonheur de ceux qui sont pauvres, indigents, faibles, humiliés, opprimés, méprisés, innocents, ingénus, « impuissants » (Mt 5, 1- 12 a)

Au fond, saint Paul, dans la lecture précédente de la première aux Corinthiens, reflète l’esprit des béatitudes, résumées, elles aussi, par la croix, non subie mais assumée. En effet, Jésus avait dit : « Celui qui veut me suivre, qu’il prenne sur lui sa croix ».A cause de l’au-delà, où « règnera la justice » certainement, les situations les plus tristes des braves croyants se changeront en joie. Mais, dès maintenant, sous la croix, ils sont heureux, au moins à cause de leur bonne conscience. Le moindre que l’on puisse dire c’est qu’ils n’ont pas commis d’injustice, le péché étant l’iniquité par excellence. « Plutôt souffrir quemourir », nous dit la Fontaine. Et Jésus : « Plutôt souffrir que faire souffrir » ! D’autres fondateurs de « religions » ne l’entendaient pas de cette oreille.

 

Les béatitudes :une marche de bonheur, un dynamisme de félicité

L’un des évêques (émérites) de Terre Sainte souligne que le bonheur chrétien n’est pas de l’inertie, de la paresse qui jouit de la vie en pantoufles, « assis auprès du feu ». En « araméen », nous dit-il, le mot « bienheureux »signifie « la marche ». Pardon, Monseigneur, c’est en hébreu « achrei », « marcher, probablement pendant la nuit » (comme l’arabe israa’). Donc, la croix est  dynamisme ! Nous rejoignons la première aux Corinthiens (ou vice versa) : Jésus crucifié, et, pour nous, la croix, sont « la force de Dieu, la sagesse de Dieu » qui confond ce qui est noble, glorieux, fort… En araméen, le Seigneur a fort probablement utilisé l’expression « toubayhoun » טוביהון, « il est bon pour eux », les misérables etc., écho des versets 65 et suivants du Psaume 119 (118), « alphabet de l’amour divin » : «Tu as fait du bien à ton serviteur… Les superbes m’engluent de mensonges (cf Mt 5, 12 a), moi de tout cœur, je garde tes préceptes… Il est bon pour moi  que d’être affligé (cf Mt 5, 4), afin d’apprendre tes volontés. Un bien pour moi que la loi de ta bouche plus que millions d’or et d’argent » (cf Mt 5, 3).

 

Bienheureux les pauvres ou « les pauvres en esprit » ? (Mt 5, 3)

Jésus s’adressait normalement à ses contemporains en style direct et concret, comme nous lisons dans les béatitudes chez saint Luc : « Bienheureux, vous, les pauvres », les indigents qui étaient devant lui, et le reste des indigents du monde. Tertullien et saint Cyprien traduisent avec sagesse : « Bienheureux ceux qui ont l’esprit de pauvreté ». En effet, être pauvre et avili, faisant du vinaigre, révolté contre les riches, et, indirectement, contre Dieu, ne saurait être félicité par Jésus.

 

La liquidation de la pauvreté dans « le monde nouveau », bible falsifiée des Témoins de Jéhovah  en Mt 5, 3 !

« Pauvres d’esprit » ne signifie pas pauvres en intelligence, au contraire, comme « purs de cœur » ne veut pas dire « imbéciles ». Pour Mt 5, 3, la Bible de Jérusalem traduit magnifiquement: « Bienheureux (ou « heureux ») ceux qui ont une âme de pauvre ». L’administration de Brooklyn, pleine de sous et n’ayant rien d’autre, comme institution qui imprime et vend livres, revues et fascicules, s’est trouvée bien gênée par cette « béatitude ». Profitant du mot « esprit », elle a essayé de diluer, « de mouiller l’acide »,de volatiliser la forte, et la première, félicitation aux pauvres ! Avec une circonlocution qui semble ascétique et mystique, elle fait béatifier « ceux qui sont conscients de leurs besoins spirituels ». Avec le même « esprit » manipulateur, elle atténue la déclaration implacable de saint Paul (1 Tim 6, 10) : « L’amour de l’argent est la racine de tous les maux » en « la racine (en anglais : uneracine)  de toutes sortes de choses ennuyeuses » (ou « mauvaises »).

Conclusion

Encore attention ! Pas de « victimisme », pas de « paranoïa », complexe de persécution, à tort et à travers et à tout bout de champ ! Pas de « masochisme », dans le sens de plaisir malsain dans la souffrance ; ni stoïcisme, résignation artificielle ou calculée, ou « impuissante » fataliste, « à l’arabe », devant la souffrance et la mort ! Dynamisme de bonheur, marche vers l’au-delà, parfois pendant « la nuit obscure », la croix cache et révèle le secret du bonheur ! Nous pouvons ajouter : « Bienheureux ceux qui assument la croix, ils ressusciteront glorieux » !

 

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