Pour ressusciter, dans tous les sens, il faut être « ami de Jésus » !

(Ezech 37, 12- 14 ; Rom 8, 8- 11 ; Jn 11, 1- 45)

(par P. P. Madros)

Bien placés en Terre Sainte, à Béthanie, aujourd’hui Al ‘Eyzaryyeh, de « Lazare », العيزريّة, pour commémorer la résurrection de Lazare, nous nous plaignons de la difficulté d’arriver au sanctuaire, à cause des péripéties autour du mur. Dû aussi aux vicissitudes de l’histoire, comme pour le site de l’Ascension, le tombeau de Lazare, encore vide, est dans les mains de l’organisme islamique  des Lieux-Saints, sans aucun droit pour les communautés chrétiennes. Cet organisme exige une taxe d’entrée, aux frais de Lazare et de Jésus thaumaturge, ainsi que pour l’édicule de l’Ascension.

La présence chrétienne autochtone au Mont des Oliviers avait commencé à diminuer tragiquement déjà sous le calife « tolérant » Omar qui avait décrété en 638 de faire casser toutes les croix qui se trouvaient au-dessus des églises et des édifices[1] de ce mont. De nos jours, une dizaine de maisons religieuses et églises, un hôpital luthérien, et des projets franciscains d’habitations pour les paroissiens catholiques latins, continuent timidement notre témoignage pour le Christ vivant. Oui, « témoignage-martyre » de « martyria μαρτυρία » : d’abord au sens strict : le Mont des Oliviers a vu l’assassinat d’un moine byzantin orthodoxe, et, quelques années auparavant, d’un père de famille chrétien ; et martyre au sens large de vexations  pour les chrétiens locaux. Ceci n’empêche pas de traiter les touristes et les pèlerins avec gentillesse, pas réellement désintéressée, quoi que récemment des gestes agressifs et offensifs (par exemple cracher sur la croix) n’épargnent pas ces « étrangers » pourtant si précieux ! Oui, le Mont des Oliviers aussi fait parfois partie, métaphoriquement, de celui du Calvaire ! Rien d’étonnant pour les disciples d’un Crucifié !

Pas de fausses conclusions !

Haine ? Jamais de la vie chrétienne ! Mais plutôt « réjouissons-nous parce que nous participons aux souffrances du Christ ! » (1 P 4, 13). « Mourant avec Jésus, avec Lui (et grâce à Lui) nous ressusciterons ! » « Bénissant ceux qui nous maudissent », nous essayons d’être « avisés comme des serpents, doux comme des colombes ». L’idéal et l’idéalisme de Jésus n’ont jamais paralysé son réalisme.

La vision d’Ezéchiel : les ossements desséchés et ravivés ! (Ezech 37, 1- 14)

Il paraît qu’il ne faut pas interpréter ce passage d’Ezéchiel comme l’affirmation de la résurrection des corps à la fin des temps. En tous cas, le Seigneur, Dieu de la vie et Dieu de vivants, va ressusciter non seulement le peuple hébreu, symbolisé par les os desséchés, mais aussi tous les êtres humains. Préfigure de Jésus ressuscité et ressuscitant, Elie, avec l’aide du Seigneur, va réveiller de la mort le fils de la veuve de Sarépta en Phénicie-nord du pays de Canaan.

Le Coran fait allusion au miracle divin de qui « vivifie les ossements désagrégés », dans le cadre du défi lancé par un mécréant qui « oublie (verbe « nsa ») qu’il est créature » (Coran 36 : 78), à moins de prendre le verbe « nsa »  نسى d’après l’hébreu et l’araméen avec la signification de « tenter », en ajoutant une longue lettre « alef ». Ainsi le sens deviendrait : « tentant son Créateur »  et demandant cyniquement s’Il était capable de faire revivre des ossements desséchés !

Ce passage d’Ezéchiel a fourni – et fournit toujours- à bien de dénominations « évangéliques », ainsi qu’à la direction américaine des Témoins de Jéhovah, une explication mondaine et territoriale, d’un néo-messianisme hébreu triomphaliste. Ils ont vu dans la vivification des ossements desséchés la renaissance moderne, ethnique, politique et militaire du peuple Juif, désagrégé par les catastrophes et la diaspora[2]. Rien dans le contexte ne permet une telle interprétation fantaisiste. Au maximum, il s’agirait du retour de l’exil. En effet, la vision d’Ezéchiel se place près de « Tel Abib », pas le Tel Aviv contemporain (fondé en 1909), mais en Mésopotamie (Ezch 3, 15). Ce retour-là était comme une renaissance du peuple déporté par les Babyloniens, au sixième siècle avant Jésus-Christ ou, si vous préférez, « avant notre ère », comme voudraient les athées et les antichrétiens « laïcistes ».

La résurrection de Lazare de Béthanie (Jn 11)

Tandis que le rite byzantin consacre « le samedi de Lazare » à la résurrection de l’ami du Christ, avec mémoire des défunts,  et tandis qu’à Larnaca (Chypre) une cathédrale orthodoxe porte le nom de Lazare, des « laïcs » français seraient capables d’enlever le « Saint » de la gare « Saint Lazare », toujours par tolérance pour les autres, et intolérance pour le Christianisme ! Pire encore, des « exégètes », en Occident, dont quelques prêtres catholiques, mettent en doute cette résurrection sensationnelle de Béthanie, arrivant jusqu’à la nier (tel un P. Léopold Sabourin, jésuite). Même et surtout dans une homélie ou une méditation sur l’évangile de ce dimanche, il est capital de répondre, de défendre la réalité de ce miracle (toujours d’après 1 P 3, 15). Pour Sabourin et pour d’autres, « le récit de la résurrection de Lazare ne constituait qu’une mise en scène littéraire  (donc imaginaire et artificielle) pour expliquer le complot contre Jésus lequel n’a simplement pas réveillé Lazare de la mort  ». Un jeune exégète allemand, catholique aussi ( !), fait de la surenchère, gros calibre : « Jésus n’a été condamné que parce qu’il a prédit la destruction du Temple » ! Donc, pas de résurrection de Lazare ! Là, le jeune expert se heurte frontalement avec d’autres ‘experts’, dont quelques-uns du Moyen-Orient, qui affirment le caractère postérieur des prophéties de Jésus sur la destruction du Sanctuaire ! Les apôtres et les disciples auraient  ajouté ces prédictions après l’an 70 ! Mais, alors quelle conscience, quelle probité chez nos évangélistes ! Et quel besoin avait Jésus de prédire la destruction du Temple, même s’il « ne parlait que de la destruction-reconstruction du temple de son corps » ? N’y avait-t-il pas assez de raisons ou de prétextes, chez les anciens, les scribes et les pharisiens, de le tuer ? 

Nécessité d’affirmer la résurrection de Lazare : par la raison et la Révélation

Certes, quelques lecteurs trouvent non avenu de mentionner ces tâtonnements et ces doutes qui sont autant de pierres d’achoppement. Mais, « un homme averti en vaut deux ». D’ailleurs, la force d’un doute ou d’une objection réside dans la surprise. Au moins nos lecteurs ne seront pas pris à l’improviste ! Espérons leur donner de quoi affronter le défi.

Si ces « experts » croient en Jésus-Christ, incarnation du Verbe créateur de Dieu, on voit mal qu’ils rejettent chez le Seigneur Jésus un miracle qui a un équivalent, assez pâle mais évident, chez un simple homme et prophète, Elie !  S’ils croient que « par le Verbe tout a été fait », ils ne peuvent s’empêcher de conclure logiquement avec saint Augustin (qui n’était pas moins intelligent qu’eux !) : « Le Christ, étant le Créateur, ressuscite ici sa créature ». En français, nous pouvons dire : « Jésus futur Ressuscité ressuscite son ami ». Le verbe peut être transitif et intransitif.  Saint Grégoire de Nazianze part d’une autre prémisse : « Jésus, la Vie, étant absent et loin de Lazare et de ses deux sœurs,  la mort a eu son libre cours ».

D’autre part, en niant la résurrection de Lazare, rien ne garantit l’acceptation des autres résurrections effectuées par le Maître ! Et, dans le cas de Béthanie, il faudrait que ces exégètes effacent ou diluent la solennelle déclaration du Nazaréen : « Je suis la Résurrection et la Vie ! »

Conclusion

Sans l’établissement de la plausibilité de ce miracle, sans la réponse logique aux doutes et aux objections, difficilement justifiables pour des croyants, le fondement de notre médiation et des leçons spirituelles qui en découlent sécroulerait !

Seigneur, ressuscite notre foi et notre confiance ! Face au scepticisme arbitraire, au rationalisme niant le surnaturel, nous prenons « le bouclier de la foi », non celui d’un fidéisme naïf et dupe, mais celui « d’un culte logique, raisonnable » selon la recommandation de saint Paul (Rom 12, 1).

Emouvante restauration du Saint-Sépulcre

De nos jours, le « Tombeau du salut » vient d’être restauré à Jérusalem. Mme Maria Maropoulou, ingénieur grecque et orthodoxe, n’a pas manqué de signaler des phénomènes humainement et scientifiquement inexplicables. Avec toute la réserve qu’il faut avoir pour les moyens de communication sociale, on ne saurait nier des faits uniques et miraculeux lors des différentes phases de cette restauration. Il s’agit d’un signe  (σημειον) au sens johannique de « miracle » ! Puisse le Christ qui a ouvert les yeux de l’aveugle-né et ressuscité des morts réveiller fortement notre foi endormie ou morte, surtout dans un Occident qui a toutes les intentions d’enterrer l’Eternel Nazaréen !

[1] D’après la Chronique de Théophane le Confesseur, et Michel le Syrien

[2][2][2] Dans la littérature des  « Etudiants de la Thorah », futurs « Témoins de Jéhovah », « le récit illustré de la création », p. 53, fait référence explicite à la vision d’Ezéchiel : les ossements desséchés rendus à la vie symbolisent « la nation moderne d’Israël ».

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