Le 5ème dimanche de Pâques A (année 2017 A.D.)

Identité, discrimination et subsidiarité ; rejet et surprise

(Ac 6, 1 s ; 1  P 2, 4- 9)[1]

(par P. Madros)

Différence, distance, divergence, diversité, distinction, discernement, discrimination

Notons la particule « di- » qui marque, en latin,  la séparation, forcément, entre personnes et communautés. La diversité va bien vite produire des problèmes, avec les avantages qu’elle apporte, dans la première église hagiopolite et jusqu’à nos jours ! Dès le début, les veuves chrétiennes de culture grecque sont discriminées ! Pas de FEM pour les défendre, avec toute la  « discrétion » et la « modestie » que nous connaissons ! Suivons l’épisode d’Actes 6, significatif presque pour tout temps et tout lieu !

“Le nombre des disciples (de Jésus) augmente”! Quel bonheur que nous n’avons pas en Orient où les chrétiens risquent l’extinction, et en Occident, dans les pays « de tradition chrétienne », aujourd’hui de plus en plus paganisés et quelque peu islamisés, grâce  aux « convertis », aux « réfugiés » et aux immigrés ! Forts conscients du danger de l’athéisme, du matérialisme et du néo-paganisme, beaucoup de membres du clergé occidental ne semblent pas être aussi alertes, ou pas du tout, au danger de l’islamisation qui, par définition, aux points de vue théologique, moral, pastoral et civil, signifie une déchristianisation supplémentaire et difficilement réversible, non seulement démographiquement mais idéologiquement.  L’évangélisation des musulmans, impossible et périlleuse en Orient, serait possible en Occident, mais trop de Catholiques n’ont aucune intention de l’effectuer.  Cette « impossibilité » vient donc de l’absence de notre volonté, et du manque de connaissances et de méthodes de dialogue évangélisateur, ouvert « aux pierres d’attente de l’Evangile » chez eux, et les autres.

Différence, diversité, discrimination contre les veuves judéo-chrétiennes hellénistes (toujours Actes 6, 1 s)

Même dans la situation idéale et idyllique de la première église de Jérusalem, la « vita apostolica », où « tout le monde était beau, tout le monde était gentil », et c’était vrai en plus, quelque chose commençait à grincer ! Figurez-vous : entre chrétiens tout frais, fervents à tout casser, entre judéo-chrétiens, « le conflit des cultures » de Samuel Huntington éclate, d’abord à table. La beauté de la charité et du vrai socialisme chrétiens fraternels frappe Juifs et païens. Ce que saint Jacques, le premier apôtre-évêque de Jérusalem, louera et marquera comme élément essentiel de la « religion vraie et pure » (une expression que des chrétiens n’apprécient pas, refusant de désigner le Christianisme comme « religion[2] »), se pratique ici d’une façon spontanée et authentique : « s’occuper des orphelins et des veuves dans leurs épreuves » (Jc 1, 27).

Mais, à l’intérieur de la « maison de la foi », le petit complexe de supériorité hébreu se signale. Il relève la tête et la crête ! Consciemment ou inconsciemment, la position un peu hautaine s’exprimait ainsi : « Nous les Juifs de langue hébraïque, d’expression araméenne (le Nouveau Testament ne se gêne pas de décrire l’idiome araméen ou judéo-araméen comme « hébreu »), on est le nec plus ultra ! On est la crème de l’humanité, la fine fleur du peuple élu et évangélisé ! Nous sommes les héritiers de la culture et de la langue sacrées, celle des prophètes, des hagiographes et de Jésus ; nous sommes le summum de la race bénie ! Les juifs (en minuscule) hellénisés, un peu contaminés par la langue païenne, sont de deuxième classe. Leur séjour au milieu des païens ne nous garantit plus la pureté de leur race et de leur foi ! » Oui, c’est précisément cette allergie « à la langue non sacrée », le grec, qui a servi de prétexte, pour les rabbins de Jamnia en 90 A.D. pour éliminer les livres deutérocanoniques parce que rédigés ou censés rédigés en grec, pas dans la « langue sacrée », lshon haqqodesh לשון הקודש.

Paradoxe et dérision de l’histoire, certains semblent détecter ce petit complexe de  supériorité chez les Grecs Hellènes orthodoxes contemporains (maintenant c’est le contraire !) sous prétexte qu’ils parlent la langue de l’Evangile !

Toujours est-il que la diversité existe et que, facilement, elle peut engendrer de la discrimination. Attention ! Ne jetons pas tout de suite la pierre ! Un peu de justice et un peu de bon sens ! La diversité ne devrait pas annuler l’identité ! Un chant négro-spiritual, peut-être aujourd’hui inadmissible à coup d’allergie et de démagogie, disait : « Le nègre est nègre, le blanc est blanc ; Dieu n’est pas nègre, Dieu n’est pas blanc…  Au paradis, il n’y a pas de saints nègres, il n’y a pas  de saints blancs ». Mais, en attendant d’aller au ciel, les personnes sont diverses, pour dire le minimum. Et rien de plus naturel et de plus légitime que de se sentir à l’aise chez soi (Ste Jeanne d’Arc trouvait que Dieu aimait les Anglais « chez eux » ! Et le Brexit le confirme !), avec les personnes qui nous sont les plus proches : par la langue, la culture, la foi, le dialecte, les coutumes, l’histoire et la souffrance en commun. Pour le mariage, les Italiens vous conseillent d’épouser une femme de votre hameau ! « Moglie vuoi, dei paesi tuoi ! » L’homogénéité vient de l’harmonie et la produit.

Jusqu’ici nous avons noté deux phénomènes (si vous n’avez pas perdu le fil !) Le premier : une discrimination à base de langue et de culture, dans la même religion. Et, à Jamnia, une discrimination et une animosité religieuses contre le Christianisme ! Inutile de dire que le « racisme » et la « xénophobie » (dont on accuse si souvent et si injustement les peuples européens occidentaux) ne sont rien ou sont de la petite bière (alcoolique) en comparaison avec le fanatisme religieux (en l’occurrence islamique) antichrétien ! Le premier est horizontal, donc contestable, critiquable, et curable ; le deuxième est vertical, « théocratique », donc sans appel et incurable.

 

Equilibre entre accueil et identité

Le Christ nous a donné la prescription : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu » ! Notre premier souci : est-ce que l’accueil, l’islamisation même démographique, va favoriser le royaume de Dieu, pour le bien de l’Eglise et des citoyens ? Non ! Donc, comme dit le pape François, « Accueillir, mais seulement dans la mesure des possibilités ; accueillir, oui, mais avec discernement ». Accueillir et naturaliser des personnes qui, tôt ou tard, avec frictions et conflits, produiront violence et guerres civiles, n’est pas du tout de la charité chrétienne.

Seule une communauté ou une nation forte de sa foi et de son identité chrétiennes et humaines devrait accueillir, tout en distinguant entre cultures différentes et mentalités contradictoires, et, partant, irréconciliables. Il ne faut pas s’étonner : la pensée de Jésus a été irréconciliable et irréductible à celle des Pharisiens ; le Christianisme a été persécuté (et l’est toujours) par le paganisme. Et c’est la grâce du Ressuscité et l’évangélisation qui ont transformé les cœurs des Juifs et des païens, et n’ont certainement pas favorisé la judaïsation ou la paganisation des chrétiens !

« Les Douze dirent : ‘Il ne sied pas que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables ! »

Est-ce téméraire ou injuste de constater que beaucoup de « Catholiques » font exactement le contraire : plutôt donner à manger qu’évangéliser ? Un pauvre évêque catholique brésilien, malgré sa bonne volonté, a fait l’expérience ou les frais de ce manque d’orientation apostolique évangélisatrice résolue ! Il s’était mis en quatre, après s’être retroussé les manches, pour construire des appartements pour les personnes démunies, en les sortant des favelas. Le dimanche, il veut commencer la messe, sur le site même de ses constructions. Presque pas d’âme qui vive ! « Où sont les gens ? », demande-t-il à un enfant de chœur. « Padrezinho, ils sont allés assister au service chez les Protestants ! » « Mai pourquoi ? », se demande l’évêque avec amertume. Et le petit de répondre : « Vous, vous nous construisez des maisons ; eux, ils nous parlent de Jésus et de la Bible ! » L’évêque comprit alors qu’il ne fallait jamais se contenter d’une évangélisation silencieuse, indirecte, lointaine et implicite. « Malheur à moi si je n’évangélise pas », directement, explicitement !

Une solution provocatrice chez saint Pierre du problème du racisme et du fanatisme vétérotestamentaires  surtout hébreux (1 P 2, 4- 9)

Nous lisons platoniquement, laconiquement notre Nouveau Testament, sans nous rendre compte, parfois – souvent- des bombes qu’il contient ou contenait pour des yeux et des oreilles fiers des Juifs contemporains du Christ et des apôtres. Voici notre premier pape, Pierre. Ecoutons attentivement ce qu’il écrit aux néo-chrétiens, des ex païens, à peine convertis, donc gardant quelque peu, si vous permettez, çà et là quelque virus de « goyim » ! En effet, la Rome païenne n’excellait pas par sa moralité, pas même celle de ses divinités !

Première bombe, adressée probablement aux judéo-chrétiens romains : Jésus de Nazareth, petite pierre négligeable, rejetée par les bâtisseurs, les grands-prêtres du « peuple élu » ! Le voici devenu « pierre d’angle » (citation du psaume qui souligne le salut et la victoire) et, pire, pierre d’achoppement. Saint Pierre est bien placé pour parler des diverses « pierres » !

Deuxième bombe, à plusieurs explosions, adressée toujours indirectement aux judéo-chrétiens et directement aux pagano-chrétiens, venus de la Gentilité, des infortunés « goyim » : « Vous autres, oui, vous (les non Juifs !), vous êtes une race élue (l’apôtre chambarde toutes les généalogies, les « douze Tribus », et l’ADN de la race juive pure ! Le monopole hébreu part dans le décor !), un sacerdoce royal (Parti le sacerdoce tribal lévitique !), un peuple acquis (jusqu’à tout récemment ce superbe titre de gloire était l’apanage et le privilège exclusif des Juifs !).

Conclusion

Voici donc la réponse chrétienne à la discrimination : tous ceux qui croient et sont baptisés en Christ « sont un dans le Christ : il n’y a plus de Juif et de Grec, d’homme et de femme, d’esclave et d’homme libre » (Gal 3, 26 s). En fait, tous, libérés par le Christ, sont libres !

[1] L’Administrateur Apostolique du Patriarcat Latin fait le commentaire de l’évangile dans une homélie hebdomadaire. Voir le site du Patriarcat www.lpj. Org. Nous nous concentrons donc sur les deux premières lectures.

[2]  Or, le Christianisme est étymologiquement et théologiquement la plus grande « religion », du latin « re-ligare », lier de nouveau, puisqu’elle lie Dieu à l’homme, dans l’Incarnation, l’homme à Dieu, et l’homme à l’homme. Elle est éminemment inclusive non exclusive !

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