Candeur de l’Agneau et horreur du péché

(Is 49, 3, 5-6 ; 1 Cor 1-3 ; Jn 1, 29- 34)

(par P. P. Madros)

La Terre Sainte et le reste du Moyen-Orient  n’ont aucune envie de quitter les célébrations de Noël de si tôt ! Elles commencent le 25 décembre pour reprendre à la même date selon le calendrier julien, avec nos frères les Orthodoxes d’Orient, à savoir le 7 janvier. Et ce n’est pas fini ! Les Arméniens orthodoxes (qui jusqu’ici ont eu peu d’occasions de se réjouir !) arrivent le 18 janvier triomphalement.  Ils fêtent en même temps Jésus « né et baptisé ». Ils se saluent ainsi : « Christ est né et apparut ». Et l’interlocuteur répond : « Pour vous, pour nous, une grande nouvelle ». A côté de cette éloquence dévotionnelle, notre « heureux Noël » s’avère bien tiède. Et dire que les « laïcistes » ne veulent même pas que nous prononcions ce souhait, pourtant pas trop fanatiquement chrétien  et inoffensif!

Se trouvant donc encore, un peu, dans l’atmosphère de Noël et de l’Epiphanie, l’Eglise latine de Terre Sainte, surtout à Cana de Galilée, commémore, ce dimanche,  les noces où Jésus « a montré sa gloire » (Jn 2, 1-11).  Le Seigneur manifeste sa splendeur dans le mariage, sous-entendu célébré devant Jésus et Marie, à l’église. En arabe chrétien, nous appelons ce mariage sacré « iklil إكليل », « couronnement ». Les rites orientaux n’hésitent pas à placer deux couronnes sur la tête de l’époux et de l’épouse, et à chanter, en procession avec le célébrant, les versets 6-7 du psaume 8, en les mettant au duel (dans les langues occidentales : au pluriel) : « Couronnes-les  de gloire et de beauté,  pour qu’ils dominent sur l’œuvre de tes mains » ! Est-ce superflu d’ajouter que c’est la démographie qui fait régner sur terre et qui peuplera le paradis, et que le manque de démographie constitue le plus grand pilier, après les guerres, « de la culture de la mort » ?

  

A nos lectures d’aujourd’hui : « le salut de Dieu jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49, 6)

Le deutéro-Isaïe répète les oracles divins sur l’universalité du salut, fondée logiquement sur celle de la création. En d’autres mots, l’adage « ton Rédempteur étant ton Créateur » s’applique à tous les êtres humains, malgré une certaine réticence chez certains qui auraient préféré un Seigneur aux dimensions de la Terre de Canaan et d’un « peuple élu » privilégié. Dieu proteste et déclare sans ambages : « C’est trop peu (ô  Israël) que tu sois pour moi un serviteur pour relever les tribus de Jacob (i.e. quelques milliers ou millions) … Je fais de toi la lumière des nations (ces goyim   גויםgénéralement perçus comme idolâtres et impurs) pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre » !

A partir de cette prophétie isaïenne, le peuple Juif doit être le salut de tous les autres, par la grâce de Dieu. Impossible de réaliser cette prophétie, sauf dans le sens, pour nous chrétiens, que des Juifs porteront la bonne nouvelle du salut aux païens, donc les judéo-chrétiens de l’église primitive, dont les apôtres et bien de premiers disciples, même des « prêtres » juifs. Plus spécifiquement, Jésus l’a dit clairement à la petite pécheresse Samaritaine, tout à coup intéressée par des questions théologiques pour fuir de l’embarras de sa conduite peu édifiante : « Le salut vient des Juifs ! » (sans méchanceté à l’égard de leurs faux-frères les Samaritains, ni des occupants romains !) Là, les choses s’éclaircissent : par Jésus, Yehochoua’ יהושוע « Yahvé Sauveur », -telle est la signification étymologique de son Nom-, Israël devient, ontologiquement, sémantiquement  et spirituellement, « le Salut (Yechou’ah ישועה ) de Yahvé jusqu’aux extrémités de la terre ».

 

Les chrétiens : « sanctifiés et appelés à être saints » qui « appellent et sont appelés » : c’est à n’y rien comprendre ! (1 Cor 1, 1- 3)

Pas si difficile à saisir, pourtant,  en y réfléchissant un tout petit peu : sanctifiés, au passif, par Dieu, à travers le baptême et la confirmation, et surtout par la communion au Corps et Sang du Christ,  ils sont appelés à se sanctifier eux-mêmes, par la foi et les bonnes œuvres, toujours cependant avec le coup de pouce du Saint-Esprit (Phili 2, 13).

« Avec tous ceux qui appellent (invoquent) le Nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur » επικαλουμένοις το όνομα του Κυρίου ημων Ιησου Χριστου ». Le substrat hébreu saute aux yeux : le Nom de Jésus invoqué signifie clairement sa divinité. On ne saurait invoquer « le nom » d’une créature, pas même d’un prophète. Aucun voyant ni messager de Dieu n’a jamais accepté que son nom fût invoqué. Il n’a pas davantage parlé en son nom à lui. Donc, quand Jésus dira : « Tous vous haïront à cause de mon Nom », il déclarera sa divinité.

L’expression typiquement hébraïque « invoquer le Nom de YHWH » trouve « Jésus » remplaçant dignement Yahvé. Rien de blasphématoire : lui et Yahvé sont Un. En hébreu, on lit littéralement dans Joël 3, 5 : « Quiconque invoque dans (par) le Nom de Yahvé sera sauvé ».  Cette préposition, après le verbe « qr’ », appeler, invoquer, se retrouve dans le Coran, après le même verbe « qr’ » qui ne veut pas dire « Appelle (Récite) au nom de ton Seigneur » (sourate 96 : 1) mais plutôt : « Invoque le Nom de ton Seigneur ! » Dans la première version, le verbe « appelle » reste incomplet, sans complément d’objet direct.

Morale pour nous chrétiens : sanctifiés dans les Sacrements, nous devons nous sanctifier. Appelés à la sainteté et au kérygme, nous devons appeler les nations au salut, au Sauveur, en  annonçant les merveilles de Celui qui nous a transférés des ténèbres à sa lumière admirable (1 P 2, 9 ; Col 1, 13), en nous comportant comme « enfants de la lumière » (Luc 16), « avisés comme des serpents, doux comme des colombes » (Mat 10, 16).  Et, devant le désarroi du monde contemporain, n’ayons pas peur d’invoquer le Nom de Jésus, seul Sauveur.

 

« Voici  l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29- 34)

Le Sauveur est l’Agneau, à la fois sacrifié comme au Temple, immolé en Egypte, pascal, « passé » de la mort à la vie (cf 1 Cor 5, 7-8). Sa pureté lave l’impureté de la race humaine. Pour pouvoir faire ce nettoyage salutaire et ce sauvetage radical, le protagoniste doit jouir de la nature divine, créatrice et salvatrice. La laideur du péché ne peut avoir le dernier mot. Déjà tout de suite après la chute, nos premiers parents reçoivent la promesse-prophétie retentissante : « La descendance de la Femme écrasera la tête du serpent » (Gen 3, 15). Cette descendance est Jésus-Seigneur-Sauveur, et la Femme, par excellence, Sa Mère ! L’Eglise n’a jamais enseigné que la Sainte Vierge était Salvatrice mais la plus grande accompagnatrice du Rédempteur.

Conclusion

« La descendance d’Abraham, c’est le Christ », écrit saint Paul aux Galates. Et nous sommes la descendance du Christ : « Quant à ceux qui L’ont reçu, Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu ». Demandons la grâce de mériter un tel titre et d’agir en conséquence !

 

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