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La fête de la Sainte Trinité A (2017 A.D.)

Une fois pour toutes : un seul Dieu avec Sa Parole et Son Esprit !

(2 Cor 13,13)

Une homélie « improvisée » à Jérusalem par son évêque-catéchiste, Saint Cyrille (+386)

Nous ne pouvons pas nous payer ce luxe ! Mais, de Jérusalem, sans prétention, nous offrons un peu des trésors de la prédication apostolique, apologétique et celle des Pères postérieurs de l’Eglise. Ce « poumon oriental », bien matraqué dans l’histoire ancienne et contemporaine, continue pourtant à porter de l’air frais aux pays « de tradition chrétienne », un peu vieillis, fatigués, « blasés », inconsciemment cherchant « d’autres dieux, d’autres maîtres » !

Mots durs de Saint Cyrille aux « chrétiens » ou aux adversaires qui « tombent en adoration » devant le « monothéisme » extra-chrétien

Autrefois, « dans le bon vieux temps » (quand on jouait aux billes !), il n’y avait pas de « diplomatie » en religion, pas de « politiquement correct », donc pas de mensonge, pas de lâcheté ! Ecoutons notre ancien Evêque de Jérusalem : « Notre foi « en un seul Dieu » brise net toute erreur polythéiste : c’est l’arme dont nous nous sommes servis contre les Grecs (païens)… En ajoutant, « un seul Dieu Père », nous nous opposons aux gens de la circoncision (note : les Juifs, fidèlement suivis par les Musulmans) qui nient le Fils Seul-engendré de Dieu » (Huitième Catéchèse Baptismale, 1).

Bons Catholiques, vous allez bondir et protester !

Vous allez dire : « Nous vivons le temps du dialogue, du pluralisme, de la tolérance. Finies ces batailles d’arrière-garde et ces controverses vieillottes ! » Bien sûr, mais le problème et la controverse sur la Trinité restent, malgré les sourires, les courbettes et les salamalecs. La différence réside seulement dans la manière gentille de se confronter ou de s’affronter : plutôt débattre que se battre ou combattre : ça oui ! Mais la divergence reste. Et éviter un problème ne le résout pas davantage.

Une pratique orientale chrétienne instructive

En arabe, en syriaque (et probablement en hébreu), notre signe de la croix est accompagné par la profession de foi trinitaire, mais nous y ajoutons : «Au nom du Père… du Dieu unique. Amen » ! Ainsi, nos jeunes générations et nos auditeurs Juifs et Musulmans comprennent que « Père, Fils et Saint-Esprit » n’est pas un monsieur, son fiston et un copain à eux, mais un seul et unique Dieu, avec Sa Parole et Son Esprit.

Une expression géniale de saint Cyrille de Jérusalem

En parlant du « Père » (Septième Catéchèse Baptismale, 1-2), le saint évêque s’écrie : « De la « monarchie » à la paternité » ! Puisse notre pensée s’élever plus haut… » que le seul monothéisme naturel. Le nôtre est aussi un Dieu unique. L’hébreu « ehad » אחד de « Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est un Seigneur-Yahweh unique » a été transcrit ou translittéré en arabe, dans le Coran, par « ahad » أحد, le même mot. Mais, en arabe, « ahad » signifie « l’un de… » et doit être suivi par un complément de nom, par exemple «l’un des seigneurs, l’un des maîtres ».

Le Dieu unique est un Père pour le peuple Juif, dans le Judaïsme. Il est seulement Seigneur dans l‘Islam (en supposant que « Allah », à l’origine dieu nabatéen, soit Dieu). Pour nous, Dieu est le Père, universel et absolu.

L’on ne saurait se lasser de répéter pourquoi Jésus a utilisé cette métaphore de Père-Fils. C’est parce que le peuple juif pouvait la comprendre facilement plutôt que des expressions philosophiques ou métaphysiques « à coucher dehors », telles « la substance de Dieu, Sa Parole ». A la fin du premier siècle, saint Jean n’hésitera pas, probablement pour éviter des malentendus grotesques et pénibles (comme celui qui objecte : « Allah ne peut pas avoir d’enfant puisqu’Il n’a pas de compagne ! »), à parler du »Verbe » de Dieu.

Le grand islamologue et historien Jay Smith nous explique que cette obsession de nier à Allah une paternité physiologique et une compagne féminine constitue une réaction aux origines nabatéennes de l’Islam où le dieu « Allah » avait une compagne ou une épouse (de nos jours, on ne sait plus !) qui s’appelait « Allaate » ou « Al-Ouzzah » et une fille, « Manaate » (on retrouve les quatre dans le texte coranique).

La Trinité, trine unité : un seul Dieu avec Sa Parole et Son Esprit

L’évangéliste Jean nous a donné la clef : « Au commencement était le Verbe ; le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1). « L’Esprit Saint » : nous avons emprunté l’expression du grec des Septante « πνεύμα άγιον ». Mais, en hébreu et en araméen, il s’agit bien de « ruah haqqodech, ruha di qudcha רוח הקודש רוחא די קודשא « l’Esprit de la Sainteté », celle-ci étant Dieu lui-même, trois fois saint. Donc, Dieu et Sa Parole et Son Esprit, nous les  ou Le trouvons dès le premier chapitre de la Genèse : « Au commencement Dieu créa… et l’Esprit de Dieu planait sur les eaux… et Dieu dit …»  A nos frères aînés dans la foi, les Juifs, nous pouvons poser innocemment la question : « Comment le seul et unique Dieu pouvait-elle se payer la tête de notre premier parent, en se parlant avec Lui-même et disant : « Ha ha ! Voici Adam devenu comme l’un de nous » ? Et qu’on ne vienne pas nous répondre qu’Il parlait avec les anges !

Les premiers apologistes chrétiens arabophones

Confrontés aux Musulmans qui, en arabe, reprenaient les objections juives contre la Trinité, l’Incarnation et la divinité du Christ, les premiers penseurs chrétiens arabes ou arabophones ont rédigé des réponses franches, claires et relativement simples. Pratiquement, ils ont repris le vocabulaire biblique sur Dieu, son Verbe et Son Esprit, sans s’embourber dans des considérations philosophiques. C’est dans ce sens que s’expriment, entre autres, Taodros bin Qurrah, Nicétas de Constantinople, Ibrahim de Tibériade. Le « Verbe est l’intelligence de Dieu », et l’Esprit son principe vital. Allez imaginer Dieu sans Intelligence et sans Vie !

L’objection islamique mortelle contre la Trinité !

La question de la Trinité ne relève pas de la pédanterie ni d’élucubrations d’intellectuels fatigués ! Jusqu’à nos jours, des chrétiens, par exemple dernièrement, dès le début de cette année, une cinquantaine de Coptes en Egypte ont dû payer leur vie pour rendre ce témoignage (en grec « μαρτυρία martyria », martyre). Les militants djihadistes qui ont attaqué trois églises et qui ont assailli les autocars des pèlerins de Anba Samuel, dans le département de Mynia, ont implicitement et explicitement exigé des « nazaréens » de renoncer à la Trinité et à la divinité du Christ ! Parmi les martyrs de Minya il y avait beaucoup d’enfants. Eux non plus n’ont pas renoncé à la Trinité ! En Occident, nous n’avons pas besoin de djihadistes qui tuent des enfants : les parents eux-mêmes en tuent des milliers, par l’avortement !

Pendant des siècles, l’objection contre la Trinité a fait confondre les « nazaréens » avec les « polythéistes, associateurs » (muchrikun مشركون) qui auraient associé à Allah Issa le Messie et sa mère.

 

Il faut répondre à cette charge et à cette objection : pour notre vie spirituelle et pour notre vie tout court !

En Occident, on n’a pas l’air d’être conscient de la gravité de cette objection et de ce malentendu, parfois intentionnellement nourri. Mais, sans diplomatie, toutes ces victimes tombées en Occident à Paris, Bruxelles, Madrid, Londres, Berlin etc…, malgré les tergiversations et les manipulations politiques et médiatiques, n’auraient pas été visées si elles étaient musulmanes sunnites. Donc, les agresseurs présumaient que ces personnes à tuer étaient soit des incroyants soit des nazaréens polythéistes. D’après le Coran 9 : 5 et 29, il faut soit les tuer soit les combattre jusqu’à les tuer, à moins qu’ils n’acceptent l’humiliation et ne versent la capitation جزية jizyah une taxe pour chaque mâle adulte et sain. Chronologiquement, ce chapitre 9 du Coran, et le texte dit « le verset du sabre », constituent le dernier mot du Coran qui abroge bien 124 textes bienveillants. Position unanime des exégètes musulmans anciens et autorisés. Les savants musulmans contemporains cherchent à diluer cette attitude ou à la nier, par souci de plaire, d’apaiser et d’attirer.

Le Coran critique des triades, pas notre Trinité !

« Savoir pour ne pas se faire avoir » ! En sachant ceci, nous sauvons notre foi, notre coexistence et notre peau. Brièvement, le Coran se déchaîne en accusant de blasphème celles et ceux qui professent que « Allah est l’un de trois » ou « le troisième de trois ». Jamais de la vie : pour nous, Dieu est un avec Sa Parole et Son Esprit !- Dans une ironie que le Père Gallez trouve cinglante, Allah demande à Issa, Messie, Fils de Maryam : « As-tu dit aux hommes : Prenez-moi et ma Mère comme dieux en dehors (ou : en dessous) d’Allah ? » (Coran 5 : 116). Le pauvre Issa, ahuri, se dérobe : « Comment aurais-je pu dire ce qui, pour moi, n’est pas vérité ? Si j’ai dit cela, Tu le sais ( !) ». Le même P. Gallez, se fondant sur des textes apocryphes gnostiques et autres,  identifie « l’Esprit d’Allah » (Esprit étant féminin en hébreu et en araméen) comme « Mère du Christ », plutôt que Maryam, une maman humaine. Malgré la documentation parfaite du Père, le Coran ne prend l’expression « mère de Issa » que dans le sens physiologique, par exemple : « Et sa mère était une sainte ; tous les deux (Issa et sa mère) mangeaient des aliments »(Cran 5 : 75).

Conclusion

Supposons que les attentats djihadistes en Occident ne contiennent aucun moteur ou facteur religieux, comme le voudraient faire croire politiciens et journalistes, dans la ligne des apologistes musulmans qui s’empressent toujours de déclarer : « Ceci n’a rien à voir avec l’Islam ». Supposons. Mais, en Orient, en Syrie, en Irak, en Egypte, au Nigéria, au Pakistan, dans les Philippines… on tue les chrétiens parce qu’ils sont chrétiens. Ceux-ci ne se lassent pas de prier pour leurs agresseurs et de déclarer avec fierté au Seigneur-Trinité : « C’est à cause de Toi que l’on nous met à mort tout le long du jour, nous avons passé pour des brebis d’abattoir» (Ps 44 (43), 22 ; Rom 8, 36).

Que le Seigneur nous affermisse dans la foi et le témoignage, jusqu’au sang ! Et si beaucoup d’entre nous n’éprouvent aucun enthousiasme pour le martyre, eh bien qu’ils prient pour les pauvres chrétiens persécutés en Orient, en Asie, en Afrique ! Nous autres, nous avons existentiellement besoin « de la grâce de Jésus Seigneur,  de l’amour de Dieu le Père, et de la communion du Saint-Esprit » ! (2 Cor 13, 13).

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