Le 6ème dimanche de Pâques A (2017 A.D.)

L’apologétique de l’apologétique !

(1 Pierre 3, 15- 18)[1]

(par P.P. Madros)

Ac 8 : 17 : la confirmation ?

La première lecture des Actes des Apôtres insiste, une fois de plus, après Ac 1, 5, sur la différence essentielle entre le baptême de Jean et celui administré et ordonné par Jésus : le premier dans l’eau seulement, pour la pénitence, exclusivement pour adultes pénitents ; le deuxième « en l’eau et dans l’Esprit », nouvelle naissance ou re-naissance, pour les adultes et les tout petits. Pastoralement, l’argument des Baptistes, Adventistes et des « Jéhovistes », contre le baptême des enfants ne tient pas debout. Ils disent : puisque Jésus a été baptisé à l’âge de trente ans, il ne faut pas baptiser les enfants, mais par contre attendre leur arrivée à la maturité ou à trente ans. Réponse : Jésus n’a pas repris le baptême de Jean : une simple préparation à la venue et au baptême que Lui, Jésus, instituera. Ce nouveau baptême, celui de la nouvelle alliance, constitue non seulement une purification externe, mais surtout interne, en effaçant, « par le feu », le péché originel (donc chez les petits aussi), en faisant renaître les personnes, enfants et adultes, « de l’eau et de l’Esprit saint : « car ce qui est né de la chair (les personnes non baptisées) est chair, et ce qui est né de l’esprit (les baptisés) est esprit » (Jn 3, 5- 6).

Les apôtres Pierre et Jean descendent en Samarie (Ac 8, 17). Non, l’auteur des Actes n’est pas nul en géographie ! Il sait que la Samarie se trouve au nord de Jérusalem. Mais, dans la Bible, la ville sainte constitue un sommet moral mais aussi topographique, puisqu’il faut monter les collines qui y amènent. Même désignation de « descente » de Nazareth ! (encore plus au nord, en Galilée) à Bethléem de Judée dans Luc 2, 4 a).

Pierre et Jean « imposent les mains » aux Samaritains baptisés, du moins du baptême de Jean. Cette imposition des mains des apôtres et de leurs successeurs est « la matière du sacrement de la Confirmation ». Aujourd’hui, c’est  une petite gifle sur la joue du confirmand. On a tout lieu de supposer que l’huile a été ajoutée plus tard, soit au baptême soit à la Confirmation. Pas étrange puisque les baptisés deviennent « christs », donc oints (cf Gal 3, 26 s).

Encore avec saint Pierre (1 P 3, 15- 18) : la défense de la défense de l’espérance chrétienne

Ecoutons le prince des apôtres, le chef des « pêcheurs d’hommes » : « Sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ ». Beaucoup de catholiques, consciemment ou inconsciemment, voudraient s’arrêter là, dans un saint quiétisme : voilà : il suffit de sanctifier le Christ et de nous sanctifier ! Fermons les yeux, parfois comme dans « la méditation de Pierre à Gethsémani », donc dans le sommeil, l’inertie et la somnolence ! Mais, l’Apôtre continue immédiatement après, de telle sorte que l’on ne saurait se dérober de la suite : « Toujours prêts (ah bon ? Toujours, pas parfois ?) à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous ! »

Franchement, beaucoup de catholiques ne tombent pas d’accord avec saint Pierre ! Surtout sous prétexte de Vatican II, il leur est difficile sinon impossible de « digérer » ce précepte de défendre l’espérance chrétienne ! Quoi, avec l’œcuménisme, le dialogue interreligieux, l’ouverture d’esprit, la bienveillance, l’accueil, le respect des autres, le pluralisme, le multiculturalisme,  « l’apologétique, c’est fini », comme me déclarait tout haut un Jésuite libanais en français. Parlant de la capitale de France, nous pouvons faire un petit jeu de mot (en priant pour le nouvel habitant, bien jeune, de l’Elysée) : « Oui à la Concorde, non à la Défense ! »

Toujours à propos de Jésuites, ceux de Beyrouth, dans leur traduction arabe de ce passage de la Lettre de Pierre, ainsi que la traduction œcuménique en arabe, ont choisi de rendre  « απολογία », « apologhia », par « réponse » plutôt que « défense ». La version américaine « The New American Bible » a manifestement fait le même choix « explication » !

Même la traduction « du monde nouveau », celle des Témoins de Jéhovah, a la décence de traduire honnêtement, ici, pour une fois, par « défense » ! Mais puisque l’honnêteté n’est pas son fort, elle falsifie la première partie du verset (1 P 3, 15) au lieu de : « Au Contraire, sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ » (Κύριον δέ τον Χριστόν»), cette version judéo-américaine ne manque pas l’occasion de diluer l’affirmation de la divinité du Christ : « Sanctifiez comme Seigneur le Christ ». Le stratagème, subtil, reste cousu de fils blancs !

Pourquoi fuir la défense et l’apologétique chez beaucoup de catholiques, surtout prédicateurs, catéchistes et formateurs ?

Parce qu’elles ne sont plus à la mode, et parce que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ! Or, dans le Nouveau Testament, tous les passages où il y le substantif « apologhia » et le verbe correspondant doivent être rendus par « défendre, défense » : Ac 22, 1 ; 1 Cor 9, 3 (et ce n’est pas saint Paul qui ne défendait pas soit sa foi soit sa personne ! Il ne laissait rien  passer, rien courir ! On ne plaisante pas avec l’Evangile !), défense au tribunal, pour Paul : 2 Tim 4, 16 ; Ac 25, 16 ; 2 Cor (comble de la défense, de l’apologie générale des apôtres et de l’apologie personnelle de Paul) 7, 11 et 16 ; défense de l’Evangile (donc il a bien besoin de défense !) : Phili 1, 7.

Logiquement, la défense n’est pas requise si la foi, l’espérance chrétienne ne sont pas agressées ! Or, notre foi chrétienne et catholique n’a jamais été aussi attaquée, contestée, vilipendée, ridiculisée. Depuis un demi-siècle à peu près, non grâce à Vatican II mais grâce à une incompréhension de ce concile, les catholiques, même quelques-unes de leurs hiérarchies, dans la catéchèse et la prédication, ainsi que dans la pastorale en général, ont souverainement et royalement ignoré le précepte de l’apôtre Pierre. En même temps, non catholiques et non chrétiens continuaient, et de plus belle, à attaquer la foi chrétienne. Beaucoup de fidèles, n’ayant alors aucune immunité, aucune défense, aucune « explication », aucune « réponse », se laissaient « persuader ». Le manque d’immunité et de prévention peut être décrit comme un « sida » spirituel. Des millions de catholiques ont abandonné l’Eglise  et le Christianisme.  Ils sont passés, par « conviction », ou plutôt par « dissuasion » ou « persuasion négative», respectivement (et respectueusement !) à l’athéisme, au protestantisme, à l’Islam (volontiers militant et violent, le tiers des jihadistes français étant des femmes !), au bouddhisme etc[2]. Or, Vatican II avait toujours souligné le Christ comme seul Sauveur, la Bible comme seule Parole de Dieu, l’Eglise catholique comme seule « maison de Dieu, pilier et angle de la vérité » (1 Tim 3,15) et « lumière des nations ». Le concile a affirmé que la charité,  l’amour du prochain, ne doivent jamais  diluer ni déformer la vérité de notre foi,  ni tolérer l’erreur et le mensonge (cf 1 Cor 13, 6 ; Eph 4, 15 ; Lumen Gentium 19, et le Décret sur l’œcuménisme, 11).

« La théologie fondamentale »

Puisque l’apologétique a été arbitrairement jugée « démodée », voire nocive, taxée de « fanatisme » et d’ «étroitesse d’esprit », (et ce faisant on niait et nie toujours le droit de légitime défense de notre foi !), quelques cercles ecclésiastiques, surtout de séminaires, ont préféré donner  des cours de « théologie fondamentale », fuyant toujours le mot bien apostolique d’apologétique. Dans ces cours, ils cherchent à prouver les éléments les plus importants de notre foi : l’existence de Dieu, l’historicité et la sincérité de Jésus-Christ, l’authenticité de la Bible etc… « C’est pas mal » !

« Ô apologétique : ‘Au secours’, pour 1 Pierre 3, 18 ! »

Juste trois versets plus loin, v. 18, les Témoins de Jéhovah (et toutes les dénominations de matrice jéhoviste, bien que moins connues), niant résolument la résurrection du Christ (donc leur prédication est vaine, 1 Cor 15, 14), traduisent : « Le Christ est mort une fois pour toutes en ce qui concerne les péchés (quel français barbare !), ayant été mis à mort dans la chair, mais ayant été rendu à la vie dans l’esprit ». Ils triomphent : « Voilà : Jésus est ressuscité en esprit », pas dans le corps ! »

Consultons de nouveau notre chère Bible de Jérusalem : « Le Christ est mort une fois pour les péchés », et non pas la traduction barbare, destinée à diluer la rédemption par la mort de Jésus ! Toujours la BJ : « Mis à mort selon la chair (grec σαρκί), il a été vivifié selon l’esprit (grec πνεύματι) ». Vous allez dire : « Mais, c’est la même chose, ou, en français arabophile : c’est kif kif ! » Si, il y a une belle différence : le Christ a été mis à mort en tant que chair, en tant que nature humaine, en tant que corps, «crucifié par faiblesse » (2 Cor 13, 4), et « vivifié, rendu à la vie » en tant qu’Esprit, en tant que Verbe de Dieu, ou, si vous voulez, par l’Esprit. En peu de mots : Jésus a été tué dans sa nature humaine, vivifié par sa nature divine et spirituelle.

L’interprétation malveillante et sophiste, ou sophistiquée, des jéhovistes : « Donc, il est ressuscité en esprit », est réfutée par le bon sens et l’honnêteté de la traduction et de l’explication. Il est injuste d’attribuer à saint Pierre ce qu’il n’a pas écrit : « ressuscité en esprit », mais « vivifié » ! Par ailleurs, l’esprit ne meurt pas. Donc, il ne peut pas davantage ressusciter ! « Ressusciter en esprit », c’est comme « marcher avec ses yeux et voir avec ses oreilles » ! « Vivifié par l’esprit » signifie : son corps tué a été rendu à la vie par l’Esprit !

Conclusion

Quand nous n’avons aucune catéchèse dans les écoles publiques, et un catéchisme « à l’eau de roses » dans des écoles dites catholiques, quand notre prédication ignore les objections et les défis, quand nous imaginons, à tort, que notre amour suffit sans connaissance, que notre bonne volonté remplace le réalisme ou la réalité, celle de l’existence et des intrigues des ennemis du Christ et de l’Eglise, semeurs d’ivraie et « faux frères », ne nous étonnons pas alors que dans les pièges de l’athéisme et de l’apostasie des milliers tombent ! Avons-nous vraiment, sans catéchèse et prédication sérieuses, éclairées et éclairantes, « conservé ou aidé à garder le dépôt de la foi » ?

[1] L’homélie partira seulement des deux premières lectures, laissant, cette année, à Mgr Pizzaballa la méditation sur l’évangile. Voir le site du Patriarcat Latin : www.lpj.org.

[2] Nous ne mettons pas toutes ces positions ou dénominations « dans le même sac ». Avec l’athéisme, ils ont en commun l’abandon , par ignorance et par inadvertance, de la foi chrétienne catholique. Or, « un homme averti en vaut deux ». Un non averti vaut moins qu’un !

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