premier dimanche de l'Avent

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Le premier dimanche de l’Avent B – année 2017 A.D.

« Ah, Seigneur, si Tu déchirais les cieux et descendais ! »

(Is 63, 16- 64, 8 ; 1 Cor 1, 3- 9)[1]

(par P. P. Madros)

Dieu n’agit pas sur commande, mais quand même ! (Is 63, 19 s)

Le Seigneur inspire à Isaïe cette invocation : « Seigneur, Tu es notre Père ». Nous n’en sommes pas encore au « Notre Père » de Jésus ! Bien entendu, notre Papa à nous, les Juifs. Dieu est  un Père, pas encore « le Père », ce qui est déjà pas mal par rapport à la régression que l’Islam présentera et représentera : là, Allah n’est que Seigneur, pas Père, pas même « pour les fils d’Israël ». En pleine confiance filiale, un peu comme des enfants gâtés (par Dieu lui-même !), le prophète Isaïe et le reste du  peuple élu  de l’Ancienne Alliance ne se gênent pas de demander hardiment, dans l’optatif, à Dieu de se décarcasser. Nous n’avons pas la formule timide du « Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry : « S’il vous plaît, dessine-moi un mouton ! » Ici, la familiarité avec le Seigneur-Père exprime un souhait, un rêve, une velléité : que Dieu en personne descende sur terre !

Ici, Isaïe fait preuve d’une mémoire courte. Il semble avoir oublié que les « descentes » du Seigneur ne sont pas généralement agréables ! Une fois- c’est la Genèse qui nous le raconte- Il « descendit pour voir la ville » (Babel). Et, en cette occasion, Il  s’était fâché et déclara résolument : « Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage ! » (Gn 11, 5- 7). Et il y a eu de la casse ! Morale : quand les enfants se rebellent contre le Père, il brouille leurs idiomes ! Plus moyen de se comprendre : problème des diverses langues, que « l’Esperanto » n’a pas pu résoudre. Qu’on nous permette, en passant, une méchanceté tradi : « Il y avait bien le latin pour les Catholiques ! On l’a envoyé promener ! » Oui, on a perdu son latin ! Fermée la parenthèse.

Or, le plus drôle, c’est que Dieu accepte ! Il descend  pour sauver et pour unir !

Il va adopter tous les peuples ! Il va gâter toutes les nations ! « Toutes les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu ». Oui, « le Verbe se fera chair et plantera sa tente parmi nous » (Jn 1, 14). Et « nous », c’est tout le monde.  Isaïe est prophétiquement ahuri des merveilles que Dieu fera :

« Jamais œil n’a vu ce que Tu fis  (ou : fais) en faveur de qui a confiance en toi »

Saint Paul appliquera ce verset à la Rédemption faite per le Roi-Messie, grâce à la crucifixion de Jésus de Nazareth (1 Cor 2, 9). Notons, du point de vue exégétique, spirituel, pastoral et inter- religieux, qu’il ne s’agit pas du tout ici des joies du paradis.[2] Donc, dans Isaïe 63- 64, ce que Dieu a préparé est encore plus inimaginable  que ce que le peuple avait osé : non seulement Dieu descendra-t-il, mais, non content de déchirer les cieux,  son corps sera-t-il déchiré. Il sera crucifié pour le salut de tous !

L’Eglise nous présente déjà, en ce premier dimanche de l’Avent, l’Incarnation et la Rédemption, réalités difficiles à saisir et magnifiques à constater ! Nous ne pouvons que rendre grâces, comme le fera Saint Paul.

Grâces à la grâce du Christ ! (1 Cor 1, 3- 9)

L’apôtre combine le souhait grec de « la grâce Χάρις » avec le vœu sémitique de « paix שלום-שלם ειρήνη ». Il écrit aux Corinthiens, frais chrétiens, venus du Judaïsme et du paganisme, non sans résidus. Paul constate, avec reconnaissance, qu’ils ont été enrichis…Attention, pas financièrement, la plupart d’entre eux étant de condition modeste d’ouvriers dans les deux ports. (Mais l’apôtre n’a pas fait « le prêtre ouvrier » !) Enrichis, oui, spirituellement et intellectuellement : en effet, ils ont eu des trésors de « parole  et de connaissance ». Le compliment n’est ni insignifiant, ni insipide, ni anodin. A Corinthe, il y a avait des écoles, des académies, si vous voulez, d’éloquence (il suffit de penser à Démosthène) et de philosophie (sans oublier le grand Diogène Laërce).

Alors, cher Saint Paul, la richesse était déjà là, à Corinthe, bien avant son évangélisation ! Donc, aucun mérite du Christ, de Paul ni du Christianisme ! L’objection paraît forte. Notre saint, « classique de l’hellénisme », en a pleine conscience. Comme un bon philosophe, il distingue, clarifie et spécifie : « Vous avez été comblés en Lui-même, i.e. en Christ εν αυτώ de toutes les richesses », à raison même καθώς de la fermeté qu’a prise en vous le témoignage du Christ » (vv. 5-6). Il en convient : en soi, horizontalement parlant, éloquence et philosophie sont une richesse. Mais, avec la lumière du Christ-Soleil, et de l’Evangile, Lampe de l’humanité, ces disciplines gagnent une valeur verticale et éternelle, puisque « la connaissance passe, mais pas l’amour »   (toujours 1 Cor 13). Et Paul de se déchaîner, en donnant quelques exemples irréfutables : bien parler, quel don ! Et il y en a qui l’exploitent pour s’enrichir ! Mais « parler de la croix » : ça en bouche un coin à tout le monde ! On reste bouche bée devant le Crucifié ! (1 Cor 1, 18 s). La philosophie ? Qu’elle aille comprendre comment la délivrance se fait par l’effusion du sang ! Ce sacrifice de Jésus en fin de vie ne fait que couronner une série infinie de contrastes et de paradoxes. Dans la vie et l’enseignement de Jésus, Dieu devient homme et invite l’homme à « participer de la nature divine » ; la grandeur devient petitesse et la petitesse grandeur ; les premiers passent derniers et les derniers premiers ; les miséreux sont proclamés heureux, et le « bien-être » produit un malaise ;  le pouvoir est service et le service un pouvoir d’amour ; la loi de l’amour remplace et évince l’amour de la Loi

Conclusion pour notre civilisation

Christ étant l’Homme parfait, le Christianisme est « l’humanisme intégral » (J. Maritain). L’avènement de Jésus a changé l’histoire et en est devenu le centre inaliénable et irremplaçable, malgré toutes les tentatives des athées et des ennemis de l’Eternel Nazaréen. Contrairement aux Corinthiens enrichis dans le Christ, notre civilisation occidentale, pourtant fondée essentiellement sur l’Evangile (même si la Constitution Européenne s’en dérobe avec ingratitude), s’appauvrit et s’avilit en s’éloignant du Christ, de l’Evangile et de l’Eglise. Nous n’avons qu’à voir ce que sont devenus l’art, la musique( !), l’orthographe, la philosophie (facteur principal des suicide dans les universités), les langues modernes . Mme Claire Polin vient de critiquer « l’écriture inclusive » qui entend toujours introduire la terminaison féminine, par féminisme, par exemple les « lecteur-ice-s » ! Et tout ceci n’est que de la petite bière à côté des aberrations contre le couple, la famille, le fœtus, la génétique etc…

On nous dit de toutes parts : « La chrétienté est en pleine décadence ! On vend les cathédrales et les églises (quel crime contre Dieu et l’humanité !) . Donc, nous avons plus que jamais besoin du Christ, seule Voie, et du Christianisme, « vie abondante » (cf Jn 10, 10).

[1] Nous laissons le commentaire sur l’Evangile à Mgr Pizzaballa, Administrateur Apostolique de notre Patriarcat Latin. Les lecteurs peuvent trouver notre homélie des années précédentes, du cycle B, dans notre site : www.petermadros.net, et www.kefapetrosdiakonia.com.

[2] C’est ce qu’un Hadith (Tradition islamique) déclare.

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