Homélie

Le 23ème dimanche A 2017 A.D.

La susceptibilité et la charité

(Ezek 33, 7- 9; Rom 13, 10 s; Matt 18, 15- 20)

(par P. P. Madros)

Le devoir antipathique d’avertir et de réprimander (Ezek 33, 7- 9)

Le Seigneur s’adresse à Ezéchiel en gros ainsi: » Tu dois avertir le pécheur. Sinon, s’il périt, c’est aussi de ta faute! » Nous pouvons facilement nous dérober en alléguant que l’exhortation a comme destinataire le prophète ou les prophètes, pas nous autres, commun des mortels. De nos jours, allez réprouver quelqu’un, même un petit! Vous n’en avez pas le droit: « Vous le complexez »! Et les grands? Pire encore! La susceptibilité, le « sens de la dignité’, l’orgueil, la vanité, le narcissisme des autres nous empêchent d’ouvrir la bouche, sauf chez le dentiste! Et quand d’autres s’avisent à nous « faire des remarques », nous nous formalisons et nous nous crispons, même ou surtout quand ils ont raison, car « il n’y a que la vérité qui blesse ». Alors, en psychologie et en anthropologie, on insiste plus sur le style que sur le contenu: dire gentiment des choses désagréables,  ou ne rien dire du tout!

Quand il s’agit d’un pécheur, d’un « inique », il sait très bien qu’il fait mal. Mais gare à qui le lui dit! En outre, à un niveau social et mondial, l’on nous interdit- arbitrairement et unilatéralement- de critiquer « les autres »: en bon français: les non chrétiens et les non catholiques! Là, on nous place l’étiquette, désormais facile et passe-partout, de « réactionnaires, fanatiques, antisémites, xénophobes, islamophobes, homophobes… ». N’oublions pas, sous peine d’être excessivement bons et naïfs, que les autres ne se gênent pas, non seulement de critiquer nos personnes (ce qui est compréhensible), mais aussi le Christ, la Bible et l’Eglise!

Dans le for externe, par ailleurs, la loi et la Constitution ne tiennent pas compte de votre avis (probablement de circonstances atténuantes ou aggravantes) quand vous avez commis une transgression.

« On n’apprend qu’à ses dépens! » Fort dommage! Si nous pouvions apprendre des fautes des autres! Nous pourrions nous économiser beaucoup de tracas, de problèmes, de situations désagréables et parfois irréparables! Eh bien, non! Nous on est plus malin, plus intelligent, plus calé! Et puis, re-belotte! Nous y tombons aussi!

La charité « ne fait point de mal au prochain » (Rom 13, 10 a)

L’apôtre commence par une déclaration équilibrée: « N’ayez de dette (grec οφείλετε opheilete) envers personne, sauf votre amour les uns pour les autres ». La charité est une dette: quelque chose que nous devons aux autres, et que, aussi, les autres nous doivent. Mais, attention! La réciproque ne s’applique qu’aux chrétiens! Une connaissance objective des autres « religions », et un peu de réalisme nous font constater un déséquilibre « divin », si l’on peut ainsi parler: nous devons, comme chrétiens, aimer aussi ceux qui ne nous aiment pas, bénir ceux qui nous font du mal! Mais les autres ne sont pas tenus à nous aimer et à nous bénir!

Pourtant, le Saint-Siège nous rappelle, à juste titre, que les Etats et les  églises ne devraient pas donner aux étrangers des droits déniés par les autres Etats et religions à leurs citoyens: par exemple, à l’érection de mosquées en pays non musulman, il faudrait la possibilité de construire des églises en pays musulman. Sans justice ni vérité, s’exclame le même saint Paul, il n’y a pas de véritable  charité mais injustice débonnaire et suicide (cf 1 Cor 13, 6; Eph 4, 15).

La charité du chrétien ne fait pas de mal au prochain, certes, mais elle ne doit pas davantage faire du mal au chrétien lui-même! Dénigrer la foi chrétienne, la Bible, l’Eglise, critiquer le Pape, détruire notre civilisation, notre tranquillité, la dignité des jeunes filles et des femmes chrétiennes, et tout ce « par amour » pour les non chrétiens est injuste, et fait partie d’une fausse « charité antichrétienne ». Plusieurs fois, à cette fausse charité de quelques « chrétiens » (qui devrait « être bien ordonnée, et commencer par eux-mêmes », « Charity begins at home ») s’ajoute la peur, la frousse, la peur, la trouille d’être taxés de racisme, xénophobie etc…

Jésus revient à la charge d’Ezéchiel (Matt 18, 15- 20)

Nous avons trouvé moyen d’objecter que le devoir d’avertissement incombait aux prophètes, tels un Jérémie (qui a failli y laisser la peau) ou Ezéchiel… Isaïe a eu un sort peu enviable: d’après la Tradition, on l’a tout simplement scié! Les « scribes et les pharisiens hypocrites » n’ont jamais pardonné au Nazaréen de les avoir critiqués!

Le Maître nous dit: « Si ton frère pèche (à ton égard) va et fais-lui des remontrances ente vous deux », « à quatres yeux », quoi! Origène, les Saints Basile et Cyrille d’Alexandrie, ainsi que quelques manuscrits coptes, ont lu « Si ton frère pèche », tout court. Nous connaissons le reste du passage: s’il ne veut rien entendre (à peu près comme beaucoup de nos contemporains), appeler un ou deux témoins (de préférence au masculin, en Orient et dans le monde musulman!!!), autrement alerter l’église, la communauté! S’il n’y a toujours rien à faire, il faut le considérer « comme un païen (ce qu’il y avait de pire pour un Juif et pour un chrétien convertis du paganisme!), et un publicain » (pécheur public, collabo des Romains, voleur et escroc professionnel)!

Conclusion

« Qui aime bien châtie bien! » On n’est plus tellement d’accord! Qui aime bien devrait ou bien se taire ou bien passer de la pommade ou encenser! Ces restrictions, au niveau individuel, collectif et désormais international, éloignent les personnes et les nations de la vérité et de la moralité! Après ceci, on est capable de se plaindre de l’insécurité, de l’immoralité, du désordre, du déséquilibre, du dérangement, du renversement des valeurs… Et le chantage continue: « Si, Eglise, tu condamnes l’euthanasie (par exemple), tu seras vilipendée! » Le stratagème ne sonne pas nouveau: quelques rois Juifs avaient fait le coup à des prophètes qui, pourtant, n’ont jamais cédé, à leurs risques et périls. Hérode Antipas, qui normalement aimait bien écouter Jean-Baptiste, appréciait beaucoup moins le discours de l’homme de Dieu quand celui-ci lui reprochait « d’avoir la femme de son frère ». Le tétrarque aurait préféré  couper la langue du Baptiste plutôt que sa tête! Cela n’a pas marché! Et Jésus alors!? Aucune diplomatie, aucun compromis avec le mal; mais toujours amour et pardon pour les pécheurs repentis!

Que le Seigneur nous aide toujours à nous juger nous-mêmes plutôt que juger les autres, à faire du bien aux autres sans nous faire du mal à nous-mêmes: à notre Eglise, à notre patrie, à notre civilisation. Une charité suicidaire est foncièrement antichrétienne, lourde de lâcheté, de complicité, et de trahison camouflées en « amour du prochain »!

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