Emigration, transformation et transfiguration

(Gen 12, 1- 4 ; 2 Tim 1, 8 – 10 ; Mt 17, 1- 9)

(par P. P. Madros)

Abram : appelé à émigrer pour Dieu et pour une nouvelle patrie (Gn 12, 1- 4)

« Yahvé dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays ( ?) que je t’indiquerai ». Ici éclate le génie de l’auteur sacré : dans le ton inexorable, à dessein, du Dieu unique, intransigeant et jaloux par nature ! Comment Dieu se manifeste-t-il à un païen ? Comment celui-ci reconnaît-il le seul vrai Dieu ?

Depuis quelques décennies, des savants mettent en doute l’existence même d’Abraham ! Le Nouveau Testament, dans ce sens, reste le moins vulnérable et le moins attaquable, pour la bonne raison que, contrairement au Coran, par exemple, il ne fait que de rapides allusions au patriarche, sans se noyer dans des détails de sa biographie, le plus souvent empruntés aux sources rabbiniques légendaires. D’abord Jean-Baptiste, ensuite le Christ, plus tard saint Paul nous fournissent la seule attitude raisonnable par rapport à la paternité d’Abraham ! Le Baptiste, dévaluant l’ascendance et la descendance physiologiques du patriarche, déclare que « Dieu est capable, de ces pierres, de susciter des fils à Abraham ». Jésus proclame sa préexistence au patriarche : « Avant qu’Abraham existât, Je Suis » (Jn 8, 58). L’ex pharisien de Tarse nous tranquillise : « La descendance d’Abraham, c’est le Christ ! » (Gal 3, 14). Le peuple Juif a besoin d’un ADN pour établir sa filiation abrahamique. Les Musulmans arabes se réclament à tort du patriarche qui n’était pas Arabe pour trois sous ! En effet, Abraham « était un Araméen errant » (et l’arabité n’entra en Mésopotamie que 28 siècles plus tard). Et Agar, la mère d’Ismaël, n’était pas davantage arabe mais pharaonique. Là aussi, l’arabité n’entrera dans la terre des Pharaons et des Coptes que 26 siècles après Agar !

Enfants d’Abraham en esprit, par le Christ, les chrétiens sont les plus raisonnables (pour une fois !) et les moins agressifs ! Malheureusement, ils sont les plus désintéressés et les plus désaffectionnés par rapport à la « Terre promise » !

L’émigration d’Abraham : un pèlerinage du polythéisme au monothéisme, de l’exil à la patrie !

Pour les compatriotes païens, Abraham est « hanfa » en araméen [1]חנפא, un renégat qui avait rejeté leurs divinités ancestrales. Quittant son pays, il laisse aussi son patrimoine polythéiste. Malheureusement, de nos jours, beaucoup de Musulmans imaginent que leur émigration en Occident est une mission auprès des « kouffaar », des mécréants, des infidèles, des impurs incirconcis, pour leur porter « la lumière du monothéisme ». Par ailleurs, le dévergondage, les lois immorales, le libertinage, la promiscuité que l’on attribue, à tort, au christianisme, semblent justifier la prétention islamique de convertir les païens occidentaux immoraux au monothéisme et à la fine fleur de l’éthique !

Avec charité, nous pouvons relever  une incohérence, de plus, d         ans la position islamique : en effet, comme principe, il ne faudrait jamais émigrer aux pays des infidèles, pour ne pas se laisser contaminer par leur polythéisme et leur immoralité (vieille idée rabbinique) ! Donc, l’alternative après l’émigration : celle de diffuser l’Islam et d’imposer la chari’ah, halakhah islamique. D’ailleurs, logiquement, beaucoup de jeunes, même femmes, passés à l’Islam ont « émigré au pays du Califat » : en Syrie, en Irak etc., quittant « l’Occident corrompu et infidèle » !

En Terre Sainte

Nous souffrons tous les jours du conflit interreligieux et international sous prétexte d’appartenance à Abraham : encore un cas tragique de « nécrocratie » où les morts tuent facilement les vivants ! Nous suggérons timidement l’idéologie de Jésus de Nazareth, sans imposer le Christianisme : nous sommes tous enfants de Dieu ! Abraham est le modèle spirituel de la foi, de la soumission et de l’abandon à Dieu, sans regarder nos diverses généalogies (où nous risquons d’avoir des surprises désagréables !)

La Transfiguration de Jésus (Mt 17, 1- 9)

Avant la « métamorphose » du Christ a eu lieu la transformation d’Abraham : de païen à croyant monothéiste, d’ignorant à « scribe du royaume », d’étranger à patronyme, patriote et patriarche !

L’église latine, au milieu de l’ascèse et de la pénitence du carême, nous donne une lueur de joie en nous faisant lire l’évangile de la Transfiguration. Au Mont Tabor, en Terre Sainte, nous pouvons imaginer un peu « la gloire de Dieu  sur la face du Christ Jésus » ! La majesté du Nazaréen éblouit les trois apôtres privilégiés. Le premier pape y perd son latin ! Il ne sait pas ce qu’il dit. Pêcheur qualifié, il s’offre pour « construire trois tentes » ! Il n’a pas besoin d’une quatrième pour lui, Pierre, parce qu’il aura le Vatican (d’après une vieille blague romaine) !

Origène note : « Le Seigneur se transfigura devant eux », les trois qui étaient en haut, avec Lui, sur la sainte montagne (l’Hermon pour certains), pas devant ceux qui sont restés dans la vallée !

Si nous voulons donc lier les lectures de ce dimanche, nous pouvons affirmer que le Seigneur veut que nous « émigrions » de notre polythéisme, matérialisme, relativisme, et de notre comportement païen, pour nous transformer et nous transfigurer, au lieu de « défigurer » l’image de Dieu et de Christ en nous ! Ne méritons-nous pas, parfois comme certains Hébreux, le reproche divin : « C’est à cause de vous que mon Nom est blasphémé parmi les nations » ? (Rom 2, 24).

Conclusion

L’Administrateur Apostolique du Patriarcat Latin de Jérusalem vient de l’écrire dans son message de Carême : « Dieu qui a ordonné que, des ténèbres, la lumière jaillît, c’est lui qui a illuminé nos cœurs ». Donc, nos cœurs, en soi ténébreux, sont capables, avec la grâce de Dieu, de luire, de briller, en somme de refléter un tout petit peu « la lumière du Christ Jésus », « Lumière du monde » !

[1] C’est fort probablement le sens du mot arabisé   حنيف« hanif » qui, comme hanith signifie « renégat ».

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